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Damrau et Petrenko à la Philharmonie de Luxembourg

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Luxembourg. Grand Auditorium de la Philharmonie. 13-IX-2016. György Ligeti (1923-2006) : Lontano. Richard Strauss (1864-1949) : Vier letzte Lieder, Symphonia domestica. Avec : Diana Damrau, soprano. Bayerisches Staatsorchester, direction : Kirill Petrenko.

diana-damrau_2_photo-sbastien-grbilleAccueil triomphal à la Philharmonie de Luxembourg pour , et le . La tournée européenne se poursuit dans un programme cette fois-ci exclusivement consacré au XXe siècle.

Nous faisions récemment état dans nos colonnes du concert que donnaient les mêmes interprètes, la veille, au Théâtre des Champs-Élysées. Ce soir, pour le concert inaugural de la Philharmonie du Luxembourg, le programme retenu était consacré à trois œuvres majeures du XXe siècle, dont plusieurs tendances bien contrastées se voyaient ainsi représentées. Avec Lontano de Ligeti, c’est la densité toute arachnéenne d’une polyphonie complexe mais d’un extrême raffinement, ainsi que la recherche de subtils effets de spatialisation, qui sont mis en avant, créant un halo sonore d’une incroyable richesse sur le plan harmonique, rythmique et structurel. Avec , retour évidemment à une écriture plus conventionnelle, autant pour les crépusculaires Vier letzte Lieder, triomphe du postromantisme finissant, que pour l’exubérance et la fougue orchestrales de la fameuse Symphonia domestica, véritable poème symphonique sachant si bien mettre en valeur les mille couleurs d’une instrumentation particulièrement soignée. Avec ce narcissisme tellement caractéristique de Strauss, le était évidemment en terrain conquis, autant pour la rutilance presque clinquante des timbres – ah, ces pupitres de cors, également mis en avant chez Ligeti ! – que pour l’intériorité presque sirupeuse des pages les plus apaisées : magnifique solo de violon, et cela autant dans le poème symphonique que dans le toujours très attendu « Beim Schlafengehen » des Vier letzte Lieder. Sous la baguette musclée mais parfois un peu raide de , garant en tout cas de l’équilibre structurel des trois œuvres programmées, l’orchestre s’en est certes donné à cœur joie, n’hésitant pas parfois à donner dans le tonitruant non sans quelque complaisance, mais sachant toujours préserver au bon moment ce soupçon de légèreté et de futilité toujours indispensable chez Strauss. Donné en bis, l’inénarrable « Stürmisch in Lieb’ und Tanz » de confirme la capacité de la formation à faire preuve d’humour, de frivolité et surtout de souplesse.

Dotée d’un instrument de texture naturellement diaphane, , pour qui la tournée était l’occasion d’aborder pour la première fois le grand cycle vocal de Strauss, apporte la preuve que sa voix s’éloigne de plus en plus du registre de soprano léger d’autrefois, pour évoluer vers les emplois lyriques auxquels elle va très vraisemblablement accéder dans ces prochaines années. Mais si elle n’est sans doute plus une Zerbinette – davantage peut-être de par le tempérament que par la voix –, elle n’est pas encore tout à fait une Ariane, et il est vrai que l’instrument manque encore de corps si on le compare à celui des grandes chanteuses qui ont marqué cette sublime partition. Le public, en tout cas, aura été sensible à la conduite de ces longues phrases straussiennes chantées sur le souffle, et qui permettent de faire miroiter les mille couleurs argentées d’un timbre délicat à l’infinie douceur. Chanteuse de lieder confirmée – et qui, de nous jours, affronte encore le grand récital vocal sans partition ? –, aura donné une nouvelle fois la preuve que ce n’est pas tant l’opulence des moyens que le raffinement de la musicalité qui font d’une chanteuse d’opéra d’exception une grande straussienne. Les Schwarzkopf, Della Casa, Söderström, Popp – chacune une Sophie avant d’avoir été une grande Maréchale – en savent toutes quelque chose…

Crédit photographique : Diana Damrau © Sébastien Grébille

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