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Le Beethoven Quartett décevant dans Brahms et Webern

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Johannes Brahms (1833-1897) : les deux quatuors à cordes op. 51 ; Anton Webern (1883-1945) : quatuor « 1905 ». Beetohven Quartett. 1 album comprenant un CD et un Blu-ray BMN. Enregistré à la Hans Huber Saal de Bâle en 2014 et 2015. Textes de présentation en allemand et anglais. Durée : 79′ (CD) et 126′ (blu-ray).

 

brahms-quarteteVoici un projet éditorial original qui reprend sous deux angles d’approche distincts le même programme consacré à Brahms et Webern.

Nous trouvons un CD audio où Brahms se taille la part du lion face au quatuor de jeunesse de Webern, et un Blu-ray complétant les mêmes œuvres avec une longue conversation autour de cette œuvre de Webern (en allemand uniquement, hélas) et l’exécution de celle-ci superposée à la vision du triptyque du peintre Giovanni Segantini qui l’a inspirée. Malheureusement ce projet ambitieux est quelque peu oblitéré par une réalisation musicale un peu frustrante.

Peu d’œuvres coûtèrent autant d’énergie et de volonté à Brahms que ses deux premiers quatuors à cordes op. 51. Il aurait détruit selon ses dires les partitions et esquisses d’une vingtaine d’essais avant de parvenir à achever ce diptyque où planent les ombres tutélaires de Beethoven pour le premier et Schumann pour le second. L’écriture en est parfois chargée et moins spontanée que celle, par exemple, de ses plus juvéniles sextuors à cordes : des œuvres secrètes dont le richesse un peu plus abstraite que de coutume ne se dévoile qu’au fil d’écoutes répétées.

Le quatuor de jeunesse composé en 1905 par est inspiré par le triptyque pictural « Vie-Nature-Mort » du peintre paysagiste symboliste italo-suisse Giovanni Segantini (1858-1899) et par la philosophie panthéiste de Jakob Böhme (XVIIe siècle). C’est une musique déjà bâtie sur un principe d’économie tout wébernien : une courte cellule de trois notes génère un mouvement inhabituellement vaste, encore tonal mais d’un chromatisme exacerbé dans la lignée de la Nuit transfigurée. Rapprocher ces œuvres est dès lors audacieux, la filiation Brahms-Webern nous semblant assez ténue, si l’on excepte peut-être justement par truchement de Schönberg, grand admirateur du compositeur hambourgeois et professeur privé du jeune Webern.

Au sein d’une discographie pléthorique, la version du BeethovenQuartett dans l’op. 51 de Brahms ne s’impose pas vraiment. Le premier violon de Màthyàs Bartha est parfois envahissant, au détriment de la polyphonie des voix médianes et graves si importantes ici ; seul l’excellent violoncelliste Carlos Conrad offre une réplique correcte, la sonorité du second violon et surtout de l’altiste nous semble plus ingrate. La prise de son assez confuse renforce une curieuse sensation de déficit démocratique dans la conduite des voix. La justesse tant individuelle (premier violon dans la coda de l’Allegro initial de l’op. 51 n° 1) que collective (le final de l’op. 51 n° 2) est parfois mise à mal. Mais c’est surtout la couleur un peu grise de l’ensemble, doublée d’un manque d’engagement expressif  qui nous semble la plus rédhibitoire. Pour cet op. 51, mieux vaut se référer aux deux intégrales du Quatuor Alban Berg (Teldec et Warner), à celle du Quatuor Tackàcs (Hyperion) et bien entendu à la toute récente et étincelante réussite du Quatuor Belcea (Alpha).
Les mêmes petits défauts émaillent de manière moins gênante le Quatuor « 1905 «  de Webern dont l’on a connu des versions plus capiteuses et achevées sous les archets du Quartetto italiano (Decca, un de leur plus parfaits enregistrements), plus vénéneuses (Quatuor Emerson, DGG) ou plus cérébrales et abouties (Quatuor LaSalle, DGG ou Quatuor Arditti, Montaigne à rééditer).

De plus, signalons que le support choisi pour l’édition CD (44100 hz 16 Bits PCM) n’est pas accepté par tous les lecteurs ! Cet enregistrement vaut donc surtout pour son Blu-ray qui permet de découvrir des passages alternatifs du Quatuor de Webern en première mondiale, grâce à la Fondation de Bâle, et propose une passionnante exploration synesthésique par la superposition de l’audition de cette œuvre avec les tableaux qui l’ont inspirée. Mais c’est in fine bien peu, pour un programme aussi riche.

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