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Parsifal part en rando avec Tcherniakov

À emporter, DVD, DVD Musique, Opéra

Richard Wagner (1813-1883) : Parsifal, opéra en 3 actes sur un livret du compositeur. Mise en scène et décor: Dmitri Tcherniakov. Costumes : Elena Zaytseva. Lumières : Gleb Filshtinsky. Avec : Wolfgang Koch, Amfortas ; René Pape, Gurnemanz ; Andreas Schager, Parsifal ; Tómas Tómasson, Klingsor ; Anja Kampe, Kundry ; Matthias Hölle, Titurel ; Paul O’Neill, Grigory Shkarupa, Chevaliers du Graal ; Sonia Grané, Annika Schlicht, Stephen Chambers, Jonathan Winnell, Pages ; Julia Novikova, Adrianne Queiroz, Anja Schlosser, Sonia Grané, Narine Yeghiyan, Annika Schlicht, Filles-fleurs ; Annika Schlicht, Voix d’en Haut. Statsopernchor, Konzertchor der Staatsoper (chef de choeur : Martin Wright), Staatskapelle Berlin, direction : Daniel Barenboim. Réalisation: Andy Sommer. Enregistré en avril 2015. Sous-titres: anglais, français, allemand, coréen. Notice : anglais, français. 2 DVD BelAir classiques. Durée: 252′.

 

81vrkes1zxl-_sl1500_Le DVD immortalise toutes les productions de . Ce Parsifal de 2015 pour le Staatsoper de Berlin, malgré une conclusion inoubliable, et malgré une exécution musicale irréprochable, est un voyage aussi éprouvant pour ses héros que pour le spectateur.

Un DVD est censé procurer un plaisir à répétition. Si l’on rêve chaque jour du moment où l’on aura le temps de remettre une fois encore sur le lecteur la trace des plus beaux spectacles de la planète (le Ring de Chéreau, la Katia Kabanova et le Songe d’une nuit d’été de Carsen, le Tristan de Py, Le Messie de Guth….), pas sûr que l’on ait envie de refaire la première randonnée wagnérienne du stimulant metteur en scène russe. A mi-chemin entre ses plus grandes réussites (Lady Macbeth, Eugène Onéguine, Macbeth, Wozzeck, Yolanta/Casse-noisette…) et ses spectacles les plus inégaux (Dialogues des carmélites, Don Giovanni…) sans parler du pensum absolu que fut son Trouvère, son Parsifal en sac à dos n’a de cesse de hérisser le poil.

En cause principalement un visuel dénué de toute séduction. Celui d’un décor unique qui, plus de 4 heures durant, n’évoluera pas (Musik sans Vervandlung donc), hormis un ripolinage bleu-layette à l’Acte II  pour l’espace innocent où les fillettes-filles et femmes-fleurs de Klingsor jouent à la poupée : on est, si l’on en croit les traditionnelles colonnades ceinturant l’espace, dans le sous-sol de Montsalvat surmonté, à l’étage, de quelques fenêtres qui ne serviront à rien…le salpêtre monte du sol dallé… Dans cet espace rugueux et sans chauffage (canadiennes et chapkas pour tous), Gurnemanz y éduque à la dure de jeunes gens séquestrés dont certains semblent quelque peu sceptiques quant à l’obtention d’une hypothétique immortalité. Parsifal fera là l’irruption que l’on sait, affublé d’une panoplie de randonneur en baskets. Son gigantesque sac à dos fait trop longtemps écran à l’aura du personnage. Malgré une direction d’acteurs très précise (Tcherniakov est le premier à expliquer le hurlement de Kundry face à Klingsor), malgré de belles idées ça et là (l’arrivée chahutée de Kundry, les pansements d’Amfortas qu’elle ramasse sur l’Altsolo, la séance de diapos du cours d’Histoire de Gurnemanz avec vues du décor de la création du Bühnenweihfestspiel, l’obscurité totale pendant le Kuss, la mort de Klingsor, Amfortas malmené par le choeur au III, …) on pense que le spectacle ne parviendra jamais à se relever de contraintes aussi prosaïques, voire repoussantes, telle la blessure répugnante d’Amfortas, que l’on fait suinter jusqu’à plus soif. Et puis, contre toute attente, le final explique tout et Tcherniakov nous cueille : alors que Kundry et Amfortas s’embrassent longuement à pleine bouche, Gurnemanz tombe le masque en poignardant la seule femme de cette assemblée d’hommes en transe religieuse. Comment ne pas être pris alors par la pertinence d’une telle analyse, en une époque où l’Église n’a toujours pas fait son examen de conscience sur la place des femmes en son sein.

La direction recueillie de à la tête d’une Staatskapelle aux amples contours est d’un vol qui est exactement celui de l’œuvre, d’une violence maléfique au début du II, d’une lenteur aux silences lourds de sens pour le premier tableau du III. Si le Gurnemanz impeccable de ne peut égaler en humanité le Gurnemanz pour l’éternité de , il s’accorde bien au rôle de méchant voulu par Tcherniakov. n’est pas davantage London mais prestations vocales et physiques sont marquantes. Presque plus rassurant est le Klingsor pédophile du toujours parfait . Le Parsifal remarquable d’ parvient au fil de la représentation à un rayonnement vocal à la Kollo. La plus impressionnante est très certainement , torche vocale d’une humanité bouleversante, à qui le rôle ne pose aucun problème. Comprimarii et chœur sont sous hypnose d’une conception au millimètre.

Choc idéologique plutôt qu’esthétique, s’inscrivant certainement dans la lignée des spectacles qui n’impriment la mémoire qu’a posteriori, le rêche Parsifal de Tcherniakov, est aux antipodes de la réussite absolue de .

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