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40 ans après Jean-Claude Casadesus, Alexandre Bloch

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Lille. Nouveau Siècle. 30-IX-2016. Hector Berlioz (1803-1869) : Benvenuto Cellini, ouverture. Hèctor Parra (né en 1976) : InFall. Aram Ilitch Khatchatourian (1903–1978) : Concerto pour violon en ré mineur. Igor Stravinsky (1882-1971) : L’Oiseau de Feu, ballet intégral (1910). Nemanja Radulovic, violon. Orchestre National de Lille. Jean-Claude Casadesus : direction (Berlioz). Alexandre Bloch : direction.

29726046150_711077db22_k1En pleine forme mais âgé de 80 ans, , créateur de l’, organise sa sortie et transmet la baguette lors d’un concert officiel au jeune chef français de 31 ans .

L’Ouverture de Benvenuto Cellini offerte par en introduction tranche avec la deuxième pièce, une création de 2011 du nouveau compositeur en résidence à Lille, . Dans l’œuvre de Berlioz dirigée par Casadesus se discerne encore le son français issu d’une tradition d’après-guerre. Les musiciens resserrés sur scène donnent un son concentré, d’où ressort une réelle chaleur, mais moins les détails clairs et les couleurs que l’on a pris l’habitude d’entendre aujourd’hui.

L’ouvrage achevé, Jean-Claude Casadesus retrouve la scène un micro à la main, pour porter un discours ému et émouvant (celui de la veille est disponible ici sur Youtube), d’où ressortent cette formidable énergie à transmettre et à faire partager l’art et la musique, ainsi que la belle phrase de Mauroy « Donne au Nord, le Nord te le rendra« . Le jeune , appelé « Alain » par mégarde par son aîné, créant le rire de l’assemblée, rejoint ensuite le podium. Lui aussi est ému ; il tente un discours moins facile et plus récité, prouvant qu’il lui faudra encore travailler pour paraître naturel.

Puis il remonte seul sur le pupitre et reprend pour deux minutes le micro, déjà plus à l’aise, pour parler de musique et donner les clés d’écoute de la pièce « cosmique » InFall d’. L’orchestre s’est densifié pour jouer l’œuvre, mais les pupitres de cordes se sont écartés et aérés. On découvre alors une maîtrise déjà assurée et une capacité à communiquer avec précision une idée musicale sans jamais perdre l’orchestre. Cette pièce tonale jouant sur et les effets de masse fait penser à du Ginastera revisité par Xenakis, laissant toutefois apparaître une véritable identité d’écriture. En ressortent une magnifique première flûte et un groupe de percussion net et puissant, tout particulièrement la grosse caisse.

Le Concerto de Khatchaturian joué ensuite par Nemanja Radulovic est à prendre, comme toujours avec ce violoniste, comme une réinterprétation de l’œuvre. En cela il ne faut surtout pas en attendre un respect rigoureux de la partition, globalement correct dans la hauteur des notes mais ni dans les longueurs, ni dans les intonations. Ce jeu tzigane concentré sur un quart de l’archet évolue avec une célérité hors du commun et une permanence de pianissimi créant de magnifiques phrases à l’occasion, au milieu de tout le reste : legato perpétuel et absence de staccato, défaut d’appui sur les premières notes de mesure, variations de volumes ou de rythmes aléatoires… Impossible de savoir ce qu’aurait fait le chef avec un autre soliste, mais il propose dans ce contexte une pièce brillante, résolument tournée vers les sonorités américaines, d’où l’on croit entendre parfois Gershwin dans les cuivres ou du vrai jazz dans les passations de thèmes entre le violon et la remarquable première clarinette.

Au retour d’entracte dans une salle toujours aussi remplie, alors qu’il est déjà presque 22h, le jeune chef remonte sur l’estrade pour L’Oiseau de Feu d’Igor Stravinski, proposé non pas dans la suite d’une vingtaine de minutes de 1919 mais bien dans la version de ballet intégrale de 1910, d’environ trois quarts d’heure. Le volume sonore et les équilibres seront à affiner au fur et à mesure que Bloch prendra ses marques dans la très belle acoustique de la salle du Nouveau Siècle, mais sa gestique dynamique et précise fournit déjà de superbe instants, comme les jeux de la première flûte ou le travail des graves avec les contrebasses. Les trompettes spatialisées dans l’audience à plusieurs reprises occupent le regard plus qu’elles ne créent vraiment une nouvelle atmosphère, et laissent de toute façon les plus beaux instants au thème nostalgique du premier basson et aux réponses du premier hautbois à l’approche du finale. Puis l’excellent premier cor clôt la Disparition du Palais de Katcheï avant un tutti conclusif superbement maîtrisé par le jeune et déjà très prometteur nouveau directeur musicale de l’, Alexandre Bloch !

Crédit photographique : (c) Orchestre National de Lille

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