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Schoenberg : Peindre l’âme, au musée du Judaïsme

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Arnold Schoenberg (1874-1951) : Peindre l’âme; Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. Du 28 septembre au 29 janvier.

schoenberg1Si s’impose comme une des figures majeures de la pensée musicale dans la première moitié du XXe siècle, on sait qu’il fut aussi écrivain, théoricien et peintre, des activités pour lesquelles il a ressenti la même nécessité intérieure,  qui s’inscrivent au sein de l’effervescence artistique et pluridisciplinaire de l’époque, à Vienne comme à Berlin. C’est ce que donne à voir et à vivre l’exposition « Schoenberg. Peindre l’âme » au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris et qui, sous la houlette des deux commissaires Fanny Schulmann et Jean-Louis Andral, met en miroir les multiples facettes d’une personnalité en quête de l’œuvre d’art totale.

Schoenberg a trente ans lorsqu’il se met à peindre, sollicitant les conseils de son ami Richard Gerstl. L’exposition, déployée sur trois étages, couvre la période des années 1910 à la mort du compositeur en 1951, mettant constamment en regard l’activité picturale de l’artiste et sa création musicale à travers manuscrits de partition et œuvres à l’écoute.
Dans les premières salles figurent les nombreux portraits – genre qui, au début, concentre sa peinture – de ses proches (sa femme Mathilde, sa fille Gertrude…) et de ses maîtres et amis (Mahler, Zemlinsky, Gerstl…). Schoenberg est lui-même peint par ses contemporains Egon Schiele et Max Oppenheimer, témoignant de l’aura du maître dans le milieu artistique viennois. Si le fameux Regard (autoportrait aux yeux rouges) apparaît assez rapidement, les quelques trente autoportraits (sur les 60 réalisés par Schoenberg) ne sont révélés que dans la dernière salle où l’artiste semble sonder son propre intérieur et communiquer avec l’inconscient.

1911 est une date phare dans l’existence du maître viennois. Il a déjà écrit son Erwartung, qui suscitent certaines « visions » picturales. C’est l’année où il entre en contact avec « l’âme frère », le peintre Vassily Kandinsky, fondateur du mouvement Der Blaue Reiter, qui accueille quatre toiles de Schoenberg lors de la première exposition à Munich en 1911. Tenté lui aussi par la musique – les quelques partitions exposées ne sont guère convaincantes ! – Kandinsky révèle de véritables qualités de synesthète dans des toiles comme Improvisation III ou Sonorités blanches que lui aurait inspirées la musique de Schoenberg. Il élabore sa vie durant des projets fous de spectacle total qui n’aboutiront jamais et dont on peut suivre les esquisses. Les relations amicales entre les deux créateurs cesseront néanmoins pour un temps, Schoenberg accusant le peintre de soutenir des positions antisémites dans une lettre reproduite in extenso. A mi-parcours, les jeux de cartes et d’échecs à quatre joueurs inventés par Schoenberg pour ses propres enfants étonnent de la part du compositeur « de tableau noir » (dixit Cocteau).

Débordant la stricte activité picturale, que le compositeur ne mène que dix années durant, l’exposition aborde la question de l’identité juive de Schoenberg. Convertit au protestantisme en 1898, il réintègre la religion juive en 1933 lors d’un court passage en France, avant l’exil définitif aux États-Unis afin de fuir le nazisme. Il sera l’une des cibles de l’exposition « Entartete Musik » à Düsseldorf en 1938. Kol Nidrei, Un survivant de Varsovie et les Psaumes op. 50, trois partitions états-uniennes en souvenir des victimes juives du Troisième Reich, sont à l’écoute tandis que plusieurs scènes de son opéra inachevé Moïse et Aaron sont projetées sur grand écran.
Dans l’enceinte du musée, colloque, concerts et cinéma sont à venir pour cerner plus avant l’immense personnalité d’un artiste, chercheur et penseur, qui, en peignant l’homme, tentait d’en saisir l’âme.

Crédit : Arnold Schönberg, Autoportrait bleu, 1910, Huile sur contreplaqué, 31,1 x 22,9 cm © Vienne, Centre Arnold Schönberg © Belmont Music Publishers/ Paris, ADAGP, 2016

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