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Hommages par Benjamin Grosvenor

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Johann-Sebastian Bach (1685-1750) / Ferruccio Busoni (1866-1924) : Chaconne en ré mineur BWV 1004. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Six Préludes & Fugues, op. 35, n° 1et 5. César Franck (1822-1890) : Prélude, Choral et Fugue FWV 21. Frédéric Chopin (1810-1849) : Barcarolle op. 60 en fa dièse majeur. Franz Liszt (1811-1886) : Venezia e Napoli, Supplément aux Années de pèlerinage II : Italie. Benjamin Grosvenor, piano. 1 CD Decca. Enregistré à Wyastone concert Hall, Grande- Bretagne en décembre 2015. Durée totale : 60’14’’.

 

grosvenor sort un nouveau disque intitulé Homages, son quatrième chez Decca. Le pianiste britannique nous invite dans un périple musical avec des œuvres unies par cette notion d’ « hommages ».

L’un des fils conducteurs de ce disque est « de faire du neuf avec du vieux ». Ainsi, Mendelssohn et Franck se tournent vers le prélude et fugue – donc, vers celui qui en fut le maître, Bach – puis, Chopin et Liszt vers les traditions populaires italiennes. Dès les premières notes, on est frappé par la capacité constante de Grosvenor à « happer » nos sens pour au final nous toucher.

Loin de l’esthétique baroque parfois préférée, la Chaconne version Busoni exploite ici toute la palette de dynamiques et d’harmonies qu’offre un instrument moderne. La ligne musicale épouse un phrasé fluide agrémenté d’idées nouvelles : des respirations bienvenues, des ralentis avant certaines transitions. Tout cela distille davantage de mystère et nous plonge dans un état introspectif.

Trop rarement joués, les deux Préludes et Fugues op. 35 de Mendelssohn, influencés par le choral et la fugue baroque, évoquent une méditation sur la mort. Le génie du jeune compositeur s’exprime pleinement car ses fugues sont loin d’être de simples exercices.
Délicatesse, profondeur mélodique illuminent les Préludes empreints de mélancolie et de passion. Dans les deux Fugues, le discours devient parfois véhément, marqué par une jubilation soutenue dans la conduite des voix.

Chez , les formes sont symboliques au service des émotions du paysage musical. Selon Cortot, la Fugue de son triptyque émane d’une nécessité psychologique plutôt que d’un principe de composition musicale. Nous sommes entraînés dans une sublime interprétation véritablement habitée. Si l’expression est souvent magnanime, notamment dans la Fugue, la poésie pénétrante des deux premiers volets atteint des sommets, bouleversants de beauté. Les arpèges du Choral en sont un exemple probant.

La deuxième partie de cet « hommage » se tourne vers l’Italie et plus particulièrement Venise, avec Chopin tout d’abord. Généralement, la Barcarolle désigne le chant des gondoliers vénitiens. Le terme fut par la suite attribué à des pièces rappelant ce chant ou bien ayant le même rythme. Ce tableau musical au lyrisme chatoyant est celui d’une peinture de maître. Les sonorités sont pleines, la texture nuancée avec finesse. La conviction qui s’en dégage fait mouche surtout dans les parties crescendo. Cette interprétation trouve naturellement sa place auprès des références dont récemment celle de Nelson Goerner.

Le disque se termine sur une interprétation enthousiasmante du Venezia e Napoli. Le thème de Gondoliera est une chanson traditionnelle italienne ; la Canzone vient de Rossini et la Tarentelle de Guillaume-Louis Cottrau. Sans jamais forcer le trait pourtant très virtuose, s’illustre avec une sensibilité épidermique et un sens aigu de la dramaturgie notamment dans la menaçante Canzone. Il déroule avec maestria une puissance narrative et émotionnelle sans se départir d’une beauté plastique de premier plan.

Ce disque fort réussi agence à merveille des œuvres d’époques diverses. Avec une évidence de langage, il nous transporte vers des sphères qu’il est difficile de quitter. À noter, le bonus de la version digitale qui inclut aussi Ravel avec le Tombeau de Couperin.

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