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Vilde Frang et Aleksandar Madzar à Bruxelles

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Bruxelles. Bozar. 9-X-2016. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour violon et piano n° 1 en sol majeur op. 78. Franz Schubert (1797-1828) : Fantaisie pour violon et piano op. 159 en do majeur D 934.
Alban Berg (1985-19354) : Sonate pour piano op.1. Béla Bartók (1881- 1945) : Sonate pour violon et piano n° 1 Sz. 75. Vilde Frang, violon. Aleksandar Madzar, piano.

Vilde Frang (c) Marco BorggreveLa Suédoise est une jeune prodige du violon à la carrière déjà multirécompensée. Elle a illuminé plus d’un concert en compagnie d’orchestres prestigieux comme le Berlin Philharmonic Orchestra. Le pianiste Aleksandar Madzar mène également une brillante carrière : lauréat de nombreux prix, il enseigne à Bruxelles et Bern et se produit en parallèle en soliste et chambriste. Cette année encore, il prenait part au jury du CMIREB piano. Ils sont réunis pour ce concert dans un programme plutôt éclectique.

C’est la Sonate pour violon et piano n° 1 de Brahms qui ouvre le concert. Cette sonate, aussi appelée « Regen sonate » car elle empreinte l’un des thèmes de la Regenlied op 59 n° 3, est classée comme opus 1. En réalité, Brahms avait composé trois sonates pour violon et piano auparavant mais n’en était pas satisfait. Le premier mouvement s’ouvre par des notes presque dansantes. et Aleksandar Madzar installent d’emblée une ambiance captivante. Le magnifique développement mélodique de la violoniste s’appuie sur le travail harmonique riche d’Aleksandar Madzar. Celui-ci avance avec flegme et générosité. Réactif, il consulte régulièrement de l’oreille le violon de sa partenaire. L’exécution est très personnelle. Ainsi, ce début du troisième mouvement est poignant : le tempo choisi est un peu ralenti, les phrases du violon sont espacées de courtes respirations. Lorsque surviennent les modulations, elles sont pleines d’intention. Cette manière de traiter les thèmes et les motifs n’est pas le chemin le plus simple mais évite toute lourdeur.

Figure presque boticellienne, Vilde Frang est flexible et mobile tel un roseau, penchée sur son instrument. S’en échappent des phrases modelées avec beaucoup d’inventivité. Ses graves sont pleins et singuliers. Elle produit avec son Vuillaume, de la main gauche, des harmoniques qu’elle modifie soit en un son feutré soit en un doux feulement du violon.

madzarLa Fantaisie de Schubert restera comme un des temps forts du concert. Le morceau, dont le cœur repose sur les variations autour d’un thème populaire, « Sei mir gegrusst », est périlleux et artistiquement exigeant. Le duo relève le gant avec brio, leur fine interprétation tient sur un fil. Dans l’allegretto, le canon des instruments les voit se suivre de manière si proche que l’on en tremblerait presque. Il y a une égale maîtrise dans les transitions inhabituelles qui font se succéder les mouvements dans une continuité ténue.

Par une modification du programme, les pièces pour violon et piano de Iberia d’Isaac Albeniz initialement annoncées, sont remplacées par la Sonate pour piano op. 1 d’, dans laquelle Aleksandar Madzar revient ainsi seul sous la lumière pour des instants lumineux, élégants et perlés.

Le concert se termine par la Sonate pour violon et piano n° 1 de Bartók, dans laquelle les interprètes confirment tout leur talent. Très à l’aise avec le nombre étendu d’effets instrumentaux ou d’effets rythmiques, Vilde Frang joue tantôt près du chevalet tantôt quasiment au-dessus de la touche avec ou sans la petite sourdine d’orchestre. Les plages calmes où les phrases du violon ne sont ponctuées que de quelques touches de couleurs placées par le piano créent une ambiance presque angoissante, alternant avec des instants de turbulences. Les instruments alors, comme lancés dans une danse de caractère, semblent prendre deux trajets parallèles aux allures de récréation pour deux virtuoses.

Crédits photographiques : Vilde Frang (c) Marco Borggreve ; Aleksandar Madzar (c) Contrast’Image, Bruxelles

 

 

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