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Alexandre Bloch, chef d’orchestre

alexandre-bloch-1824%e2%88%8fjean-baptiste-millotÀ seulement 31 ans, le jeune chef français prend la direction de l’ et est déjà premier chef invité du Düsseldorfer Symphoniker. À l’occasion de son premier concert officiel à Lille, nous l’avons interviewé afin de découvrir ses projets et ses idées pour le développement de la musique dans le Nord de la France.

ResMusica : Après 40 ans à la direction de l’, vous a transmis officiellement la direction de son orchestre lors d’un concert de passation. Quels seront vos projets avec cet ensemble?
:
a beaucoup fait pour la musique à Lille et dans le Nord de la France, et aussi pour apporter la musique là où on ne la jouait pas. Dans mes projets de développement avec l’orchestre, je souhaite apporter la musique aux plus jeunes pour qu’ils puissent la transmettre plus tard. Je pense que le fait d’être moi-même jeune va aider à ce qu’ils s’identifient plus facilement à moi et donc à la musique.

Ensuite, il faut trouver d’autres formes de concerts car les concerts sont parfois évités parce qu’ils sont trop longs. Je vais donc m’attacher à proposer certains programmes d’une heure, en dehors du cadre des concerts d’abonnés, avec pourquoi pas des évènements autour, avant ou après, comme cela se fait en Angleterre. Changer la forme que l’on donne au concert peut aussi passer par l’intégration des nouvelles technologies, en créant une interaction plus forte entre public et musiciens.

RM : Pour les concerts plus traditionnels, quelles sont vos orientations ?
AB :
Tout d’abord continuer à faire des concerts d’abonnement avec une saison classique. Il faut garder et développer le mélange de publics qui existe dans la salle du Nouveau Siècle. Ce que j’adore, c’est associer les familles, les scolaires, les abonnés, le tout dans un même lieu.

Il y a aussi deux compositeurs en résidence et la musique moderne est quelque chose d’important pour moi. Au concert, je présente toujours cette musique pour donner quelques clés d’écoute, pour ne pas que certains se disent « Ok, ça dure 15 minutes on va pouvoir dormir ! ». Je souhaite vraiment éviter cela et tente de toucher le public de manière différente, pour qu’il sache quoi écouter et pas forcément chercher des mélodies. Je souhaite que le public amateur ait l’impression de comprendre la musique nouvelle comme il est évident de comprendre Mozart.

Et puis je voudrais aussi assurer la pérennité des œuvres contemporaines, c’est-à-dire pas seulement porter des créations que l’on range ensuite au placard pour en prendre une suivante. J’aimerais développer un répertoire pour l’orchestre et donc jouer une œuvre et la reprendre plus tard dans la saison pour que le même public écoute l’œuvre avec d’autres oreilles.

RM : Concernant le concert de passation avec Jean-Claude Casadesus, comment a-t-il été envisagé ? Avez-vous organisé les œuvres vous-même ou étaient-elles imposées ?
AB :
Nemanja Radulowicz était déjà presque prévu lorsque l’on m’a proposé le concert. Je venais justement de jouer Tzigane de Ravel et Poème de Chausson avec lui, donc j’étais vraiment heureux de le retrouver si vite. On rejouera d’ailleurs ensemble à la Philharmonie de Paris et l’Orchestre National d’Ile-de-France pour le Concerto de Barber, en mars 2017. Ensuite nous avons discuté avec François Bou, le directeur général de l’orchestre, et avons trouvé important de redonner Stravinsky, car l’année passée il y avait eu un cycle Stravinsky à Lille. Malgré un programme déjà long, j’ai souhaité jouer le ballet intégral de L’Oiseau de Feu, et non pas juste la suite, composée plus tard.

RM : Il y avait également une pièce du compositeur en résidence Hèctor Parra, une œuvre tonale malgré les dissonances. Quelle musique contemporaine souhaitez-vous jouer à Lille ?
AB :
J’adore la musique que je dirige en ce moment. Cela fait partie de mon devoir d’y croire et de diriger cette musique contemporaine ou nouvelle. Jusqu’à présent il m’est arrivé seulement deux fois d’être moins convaincu, car je ne trouvais pas la structure de l’œuvre et pour moi c’est primordial ; si je n’ai pas cela il me faut au moins une logique ou une histoire. D’ailleurs pour présenter la pièce au public, il faut que j’aie quelque chose à raconter sur l’œuvre. Si je n’arrive pas à trouver de clé et que je n’ai pas assez d’éléments seuls, c’est parce que les compositeurs ne savaient pas eux-mêmes réellement ce qu’ils avaient voulu dire avec leurs œuvres. En général, que ce soit de la musique tonale, néo-tonale, atonale, à partir du moment où il y a structure et logique, cela me fascine.

RM : Vous avez déjà dirigé de grandes phalanges internationales, quels ont été vos principaux enseignements avec ces ensembles ?
AB :
En 2012 j’ai remporté le Concours de Donatella Flick à Londres en dirigeant le London Symphony Orchestra ; c’était la deuxième fois que je conduisais un orchestre professionnel, avant de devenir leur chef assistant pour deux ans. Je me suis rendu compte que la particularité des orchestres anglais et notamment à Londres est qu’ils ont un niveau de lecture vraiment excellent. Les musiciens ont cette faculté à se relier à leur chef de pupitre et à leur violon solo, notamment en termes de tempo. Ils jouent donc toujours très ensemble, et ce, quoi que fasse le chef.

Juste après ce premier concert, j’ai été appelé pour diriger le Concertgebouw d’Amsterdam en remplacement de Mariss Jansons, et malgré la réputation de l’orchestre, je me suis dit que si c’était aussi facile qu’à Londres, il n’y avait pas de problème. Je suis arrivé à la première répétition et là je me suis rendu compte que si je n’étais pas précis à cent pour cent, l’orchestre ne jouait pas du tout ensemble. Donc j’ai complètement réadapté ma battue pour eux, et à partir de là j’ai appris à m’ajuster à chaque ensemble.

RM : Sentez-vous une spécificité des ensembles français et une particularité à l’Orchestre National de Lille ?
AB :
L’énergie en répétition et la manière dont se déroule globalement les répétitions, le développement du temps notamment, sont très particulières en France. En ce qui concerne Lille, je suis en train de découvrir le tempérament du groupe et des musiciens qu’il faut parfois savoir maîtriser. Je les ai rencontré pour la première fois il y a deux ans, dans un Concerto pour Orchestre de Bartók où l’on manquait clairement de répétitions. Cela a été un vrai baptême avec l’orchestre, parce qu’au début les musiciens n’étaient pas toujours de bonne humeur, d’autant que je suis un jeune chef français issu d’une école française en France, donc à la base j’étais un homme mort. Mais au moins ils ont montré leur vrai visage tout de suite et moi le mien : j’ai dit que j’étais là pour travailler et à partir de la deuxième répétition cela s’est mieux passé ; j’ai apprécié cette sincérité de l’orchestre et ai alors compris que nous pouvions créer quelque chose ensemble.

Quant aux spécificités françaises, je suis très attaché à la clarté et à la précision, qui viennent d’abord de nos compositeurs et ont été maintenues par Jean-Claude Casadesus ici à Lille. J’ai fait pour la première fois Prélude à l’Après-Midi d’un Faune avec l’orchestre, et alors que j’ai dirigé une quinzaine de fois ce prélude, cela a été d’une fluidité et surtout d’un souffle qui m’ont réellement perturbé. J’ai donc vraiment hâte de continuer ce travail et notamment celui sur le répertoire français.

RM : Avec la fusion du Nord-pas-de-Calais et de la Picardie, devenus les Hauts-de-France, est-ce que cela va modifier la position des deux orchestres ?
AB :
Pour le moment il y a un fond de matériel commun, la bibliothèque, les partitions, le fait que l’Orchestre de Picardie vienne dans la salle du Nouveau Siècle pour enregistrer. Il vient également historiquement une fois par an en fosse à l’Opéra de Lille. À partir de là, nous n’avons pas le même projet artistique, l’orchestre est très différent car il ne fait pas du tout la même taille et ne défend pas le même répertoire, pas de la même manière et son image est différente. On fera peut-être des choses en commun, notamment pour des pièces écrites pour double orchestre, mais pour le moment il n’y a aucun projet de fusion, et le territoire des Hauts-de-France est large et mérite largement deux orchestres !

Crédit photographique : Alexandre Bloch ©Jean-Baptiste Millot

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