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Vladimir Spivakov, de la musique avant toute chose

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Fondation Louis Vuitton. 21-X-2016. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto pour violon en mi mineur ; Gioachino Rossini (1792-1868) : Sonate pour cordes n° 3 en do majeur ; Luigi Boccherini (1743-1805) : Symphonie en ré mineur op. 12 n° 4 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie de chambre op 110a ; Elégie en fa dièse mineur – adagio ; Polka en si bémol majeur – allegretto. Les Virtuoses de Moscou, violon et direction : Vladimir Spivakov.

C’est dans une salle conquise que et son orchestre de chambre des Virtuoses de Moscou ont inauguré l’exposition Icônes de l’Art moderne. La collection Chtchoukine à la Fondation Louis Vuitton. Même si Vivaldi, Rossini et Boccherini composaient une programmation bien choisie mais sans véritable surprise, c’est l’interprétation de la musique de Chostakovitch qui suscite notre adhésion

L’année franco-russe du tourisme culturel lancée en avril dernier a pour objectif de dynamiser les flux touristiques entre les deux pays autour de nombreux évènements culturels. À Moscou, le musée Pouchkine mettra à l’honneur Albert Marquet (en partenariat avec le musée d’Art moderne de la Ville de Paris) et André Malraux. À Paris, le concert de et de son orchestre de chambre a inauguré une exposition exceptionnelle de chefs-d’œuvre de l’art français acquis par l’industriel russe Sergueï Chtchoukine, et désormais conservés au musée Pouchkine et à l’Ermitage.

Le son du Stradivarius Hrimali du maestro datant de 1712 entame cette soirée avec le Concerto pour violon en mi mineur de Vivaldi puis l’Adagio en sol mineur d’Albinoni dédié aux victimes des attentats en France. La direction au violon démontre une rigueur et une précision sans faille du chef sur son orchestre, mais surtout confirme une grande sensibilité du musicien avec notamment une ultime note tenue s’évanouissant tel un dernier souffle de vie tout en restant éternelle dans les mémoires, à l’issue de laquelle le chef reste en suspens plusieurs secondes sur son violon, en communion avec une salle en apesanteur.

Le violoniste prend ensuite la baguette pour la suite d’un concert de très haute tenue avec la Sonate pour cordes n° 3 en do majeur de Rossini puis la Symphonie en ré mineur op. 12 n° 4 de Boccherini. Même si la rythmicité des pupitres de cordes est d’une grande virtuosité, la précision des pizzicati redoutables, les couleurs sonores riches et l’orchestre de chambre (25 cordes dont un claveciniste et 4 vents) idéalement homogène, nous avons surtout la sensation d’une machine bien huilée et d’une mécanique parfaitement rodée. Durant cette première partie, nous cherchons le petit truc en plus, la petite folie… Et c’est au pupitre des contrebasses que nous la trouvons grâce à un Grigory Kovalesky dandy, exubérant, scrutant l’approbation du public après son solo et se tournant vers son binôme pour quelques félicitations à la fin du mouvement. De son côté, Andrey Stepin est stoïque, élégant, rigoureux et surtout en parfaite osmose autant avec son collègue qu’avec le chef. Oublions les notes tenues en cordes à vides et les quelques attaques un peu rêches, ce sont bien eux qui nous permettront de passer une agréable première partie de soirée qui se révèle sans grande surprise.

Après l’entracte, c’est la fougue et le caractère âpre tout autant que mystérieux de l’Allegro molto et la mélancolie douloureuse du premier et quatrième mouvement de la Symphonie de chambre op. 110a de Chostakovitch (transcrite par Rudolph Barschai en 1967 à partir du quatuor à cordes n° 8) qui nous emportent, pour conclure avec une standing ovation en fin de soirée. Mais comment ne pas susciter l’exaltation de l’auditoire avec en guise de final les pizzicati entraînants et les coups d’archet cocasses de la Polka en si bémol majeur de Chostakovitch (initialement écrite pour quatuor à cordes), le phrasé très expressif et les brusques ritenutos du Prélude n° 5 en ré majeur (composé à l’origine pour le piano) de ce même compositeur, la célébrissime Danse hongroise n° 5 de Brahms et le frénétique Libertango de Piazzolla (où le premier violon Alexey Lundin excelle) ? N’est-ce pas rentrer dans la facilité que l’enchaînement de ces nombreux rappels très populaires sans vraiment laisser les applaudissements s’amplifier (ou est-ce peut-être toujours cette histoire de mécanique) ?

Alors que nous connaissons les penchants politiques du chef, Vladimir Spivakov conclut par une citation de Verlaine après avoir évoqué les relations actuelles entre la France et la Russie, qui ont fait la une de l’actualité ces derniers jours. Parce que nous n’aurions pas trouvé une meilleure conclusion que la sienne, nous terminerons donc avec le poème Art poétique : « De la musique avant toute chose… »

Crédits photos : © D.R.

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