Le Festival d’Ambronay dans la lumière

Concerts, Festivals, La Scène

Ambronay. Abbatiale. 16-IX-2016 au 9-X-2016.
16-IX-2016. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Cantates BWV 130, 149 et 198. Hannah Morrison (soprano), Alex Potter (contre-ténor), Thomas Hobbs (ténor), Peter Kooij (basse), Collegium Vocale Gent, direction : Philippe Herreweghe.
18-IX-2016. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Caecilia, virgo et martyr H397; Henry Purcell (1659-1695) : Hail ! Bright Cecilia ! Ensemble Correspondances, direction : Sébastien Daucé.
6-X-2016. Antonio Bertali (1605-1669) : La Maddalena, oratorio ; œuvres de Claudio Monteverdi (1563-1642), Mutio Effrem (v. 1555-v. 1626), Salamone Rossi (1570-v. 1630). Scherzi Musicali, direction : Nicolas Achten.

Vibrations : Lumières, tel était l’intitulé du programme du festival d’Ambronay 2016. On ajoutera volontiers diversité et qualité. Des enfants aux seniors, des artistes confirmés aux plus jeunes et aux amateurs, chacun y trouva son bonheur. Ce festival est sur le bon chemin… musical ! Et depuis longtemps.

 

Bach et ouvrent justement le Festival

Cette 37e édition s’est ouverte avec les lumières… célestes du Collegium Vocale de Gand. L’intitulé du concert annonçait fort justement la qualité de l’interprétation des troupes de dans trois cantates de Jean-Sébastien Bach. Si la perfection n’est pas de ce monde, elles en étaient bien près ! La cantate Herr Gott, dich loben alle wir BWV 130, chantée simplement, sans sophistication, laisse une belle impression d’homogénéité chœur-orchestre. On retiendra la voix puissante d’ dans le récitatif Ihr heller Glanz. La cantate Man singet mit Freuden vom Sieg BWV 149 est donnée avec l’allégresse suscitée par le texte « On chante la victoire avec joie ». Les voix d’ et de se fondent dans un duo superbe Veillez, vous les saints, la nuit est presque finie. On peut qualifier l’interprétation de cette cantate d’exemplaire ! Lass, Fürstin, lass noch einen BWV 198, la troisième cantate proposée par Philippe Herreweghe, est une commande pour le décès de la princesse Christiane Eberhardine. Elle est bien donnée telle une plainte, malgré tout énergique, riche de nuances. Dans le grand récitatif « Quel miracle est-ce là ? Tu le mérites, toi modèle de toutes les reines », raconte le texte, la peine des Saxons devant cette disparition. Comment mieux terminer cette cantate qu’avec ce texte « Désormais, princesse, tu ne meurs pas ; on sait ce que l’on te doit » ? La musique se déroule tel un tapis doux mais solide. C’est la musique de Bach à la manière de Philippe Herreweghe : sans nul doute, la vraie musique de Bach.

Sainte Cécile bien servie par Sébastien Daucé et l’

Le Festival d’Ambronay propose des artistes confirmés mais aussi des jeunes dont la qualité se révèle au fil des ans. L’, né en 2008, est de ceux-là. Son chef, Sébastien Daucé, proposait un programme autour de sainte Cécile, devenue la sainte patronne de la musique et des musiciens. Deux compositeurs du XVIIe siècle, séparés par la Manche, ont célébré Cécile, vierge radieuse : et . L’oratorio Caecilia, virgo et martyr, est chanté et joué tel un drame avec beaucoup d’expressivité. est très vivante mais aussi délicate. La musique rebondit bien, de chanteur à chanteur. Ces dialogues captent l’attention du public. Attention qui ne se relâche pas avec Purcell et l’ode Hail ! Bright Cecilia ! La solennité du prologue puis la belle voix, surprenante, de , presque trop dramatique, et celle de la basse-taille, Étienne Bazola, voilà des points forts bien mis en valeur par Sébastien Daucé. Cela laisse présager un voyage musical vers les compositeurs anglais. On attend la suite (disques et concerts) avec intérêt.

De belles découvertes dans une ambiance fort agréable

Le festival d’Ambronay investit d’autres lieux, comme l’église du monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse. Un chef d’œuvre de l’art gothique flamboyant du début du XVIe siècle. Pour accueillir l’ensemble belge , une disposition perpendiculaire à la nef centrale a été essayée pour des raisons acoustiques, surprenante sur le plan visuel, pas forcément convaincante pour les spectateurs situés très latéralement. Autour du thème de Marie-Madeleine, proposait des pièces de compositeurs très ou peu connus, du XVIIe siècle, de Monteverdi à Bertali. Petite formation mais grande qualité, c’est le ressenti des festivaliers. Plus qu’à un concert, on assiste à une réunion d’amis partageant la musique avec les spectateurs qui sont à leur pied. Complicité et expressivité sont au service de ces musiques qui honorent ou racontent Marie-Madeleine. est l’homme-orchestre : théorbe, harpe, chanteur… Il est le capitaine de l’équipe. C’est lui qui montre le (bon) chemin vers la belle lumière du festival. Dans La Maddalena de Bertali, est remarquable, très monteverdienne par sa voix de soprano et sa théâtralité. Dans la même œuvre, chante : « Rends-moi mon Jesus, pierre immortelle ! Car en une si féroce souffrance, j’implore ta pitié » avec une prenante expressivité. Les applaudissements nourris du public confirment, s’il en était besoin, leur plaisir de la découverte de ces pièces peu connues et celui d’entendre un excellent ensemble de jeunes musiciens, ensemble qui fête, déjà, son dixième anniversaire.

Parmi les autres concerts proposés dans le cadre de ce 37e festival d’Ambronay, de grands noms musicaux étaient là : Philippe Jaroussky, Les Arts Florissants, Christophe Rousset et ses Talens Lyriques sans oublier Leonardo García Alarcón… On regrettera que Jordi Savall et ses complices aient été conviés à jouer en l’auditorium Maurice Ravel de Lyon. C’est Montserrat Figueras, feu l’épouse du musicien catalan, qui disait : « il y a des lieux pour des musiques et des musiques pour des lieux ». Sans doute, cette localisation permet de se rapprocher d’un public potentiellement plus nombreux ce qui n’est pas neutre commercialement parlant (trois fois plus de places à l’Auditorium). Un symptôme du contexte économique actuel ?

Le Festival d’Ambronay se porte bien. Il a su diversifier ses programmes, mettre en place des animations, promouvoir de jeunes talents, fidéliser un public large et s’entourer de partenaires importants et fidèles. Souhaitons-lui de poursuivre son influence culturelle, musicale et pédagogique. Mais c’est un chemin qui nécessite la plus grande attention.

Crédits photographiques : © BertrandPichene_CCRAmbronay ; Sébastien Daucé © Jean-Noël Démard ; © Jean-Noël Démard

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