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Barbara Hannigan, soprano pas encore chef

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Munich. Nationaltheater. 25-X-2016. Luigi Nono (1924-1990) : Djamila Boupacha ; Luciano Berio (1925-2003): Sequenza III, pour voix solo ; Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 49 « La Passione » ; Igor Stravinski : No word from Tom (extrait de The Rake’s Progress) ; Pulcinella-Suite ; Rossini, Ouverture de La Scala di Seta. Orchestre National de Bavière ; direction et soprano : Barbara Hannigan.

hannigan-gp ne convainc que vocalement pour un concert symphonique à l’Opéra de Munich.

Depuis quelques années, la soprano s’essaie à la direction d’orchestre : sa réputation méritée d’intrépide exploratrice du répertoire moderne et le fait qu’elle offre son talent de chanteuse en même temps que ses compétences de chef l’ont conduite à la tête de nombreux orchestres dans le monde entier. Pour ce concert symphonique à l’Opéra de Munich, elle dirige et chante des œuvres phares du répertoire assez limité qu’elle a mis sur pied pour de tels concerts. Les deux œuvres a capella de sont redoutables pour des soirées d’automne qui sont, on le sait, les plus propices aux toux et reniflements divers, et l’attention du public ne leur est pas acquise. L’émouvant Djamila Boupacha, hommage de Berio aux victimes de la guerre d’Algérie, en souffre plus encore que la célèbre Sequenza III, où Hannigan développe tout un jeu scénique qui ne peut que séduire le public, au service d’une mobilité de l’expression proprement incroyable. L’air du Rake’s Progress confirme toute la virtuosité de la chanteuse dans ce répertoire du XXe siècle, même si l’orchestre doit pendant ce temps se débrouiller tout seul.

Une bonne partie de cette courte soirée, cependant, est consacrée à des œuvres purement orchestrales où le talent de la soprano n’y fait rien. L’enchaînement entre Djamila Boupacha et la symphonie La Passione est habile et très pertinent, mais ce Haydn plutôt rigide, manquant de variété et de force motrice, tombe dans une grisaille qui ne présente pas même les rudiments d’une interprétation : l’orchestre semble bridé plutôt qu’encouragé par ses indications. Chez Stravinski, quelques sonorités inhabituelles, agréablement acidulées, font tendre l’oreille, mais là encore cela ne suffit pas à éviter la monotonie. Barbara Hannigan a de longues années de pratique devant elle, mais il faut bien se rendre à l’évidence : aujourd’hui, le compte n’y est pas.

Photo : Bayerische Staatsoper

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