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Le son français exposé par Jean-Claude Casadesus avec l’Orchestre National de France

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Auditorium de Radio France. 27-X-2016. Edouard Lalo (1823-1892) : Le Roi d’Ys (Ouverture) ; Maurice Ravel (1875-1937) : Tzigane ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Introduction et Rondo capriccioso op. 28 ; Modeste Moussorgski (1839-1881) : Tableaux d’une exposition (orchestration Ravel). Sarah Nemtanu : violon. Orchestre National de France. Direction : Jean-Claude Casadesus.

casadesus_603x380Dans un programme presque totalement français où la seule pièce étrangère est réorchestrée par , applique le son qu’il défend depuis des décennies, celui de la limpidité et de la clarté, sans pour autant passer à côté d’une véritable compacité de l’ensemble et tout particulièrement des cordes de l’, pour la première fois à ce niveau de qualité depuis le début de la saison.

En introduisant le concert par un clin d’œil à Lille avec l’Ouverture du Roi d’Ys de Lalo, compositeur natif de la ville du Nord, propose une direction particulièrement intéressante dans les sonorités données aux cordes, à la fois denses et claires. Plus encore que les violons, les violoncelles intéressent tout particulièrement ici, surtout le premier d’entre eux lors d’un magnifique solo empli de chaleur et de vie. La gestuelle parfois peu lisible du chef trouve ses limites dans la justesse d’ensemble des vents, dont on défend en revanche les superbes couleurs.

Les deux pièces suivantes mettent en avant la Première violon de l’orchestre, , pour l’occasion soliste. Son jeu semble d’abord rigide dans l’Introduction et Rondo Capriccioso de , mais possède une belle profondeur et dégage après quelques minutes un lyrisme bien accompagné par le chef de quatre-vingt ans qui maintient avec brio l’orchestre dans des pianissimi légers très maîtrisés. Les mêmes reviennent sur scène avec l’ajout d’une harpe pour Tzigane de Ravel, débuté solo par une violoniste précise mais manquant là encore de naturel pour développer les penchants bohémiens de cette musique, alternant sons tantôt âcres ou suaves et jeux de pizzicati sans s’amuser avec la partition, comme le ferait un Radulovic aujourd’hui.

Pièce maîtresse du concert, les Tableaux d’une Exposition de Mussorgsky, dans la célèbre orchestration de , trouve sous la baguette du chef lillois une plénitude dont là encore ressortent les cordes. La trompette ouvre la Promenade d’un son étincelant, où quelques défauts de souplesse viennent altérer la seconde phrase autant que le solo dans la troisième Promenade ensuite. Puis Gnome permet de profiter du superbe soutien des violoncelles et contrebasses, tandis que la seconde Promenade et plus encore Il Vecchio Castello et Tuileries trouvent sous la petite harmonie des coloris rapprochant nettement cette musique du Paris de Ravel plutôt que du Saint-Pétersbourg de Mussorgsky. Bydlo laisse reparler les cordes graves, très impactantes sous la baguette de Jean-Claude Casadesus, qui démarre pianissimo pour préparer un majestueux crescendo dont la sensation de gravité sous-entendue se retrouve dans le mode mineur développé pour Cum mortuis in lingua mortua, avant l’explosion finale de La Grande Porte de Kiev.

Ce beau concert rassure sur l’orchestre autant qu’il rappelle qu’on a trop vite relégué le chef exclusivement à la ville de Lille, sans se rappeler qu’il possède un son de tradition française très intéressant à entendre encore aujourd’hui.

Crédit photographique : Jean-Claude Casadesus  © Ugo Ponte / ONL

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  • Martin Antoine

    Oui critique interessante 1 Casadesus a encore bcp à nous dire dans la musique française un peu comme son ami Plasson 2 l’ONF n’est pas fini, dépassé par le très brillant philharmonique de RF ; que concert que celui de vendredi dernier avec un V PETRENKO nous offrant une VII de BEETHOVEN débordante d’énergie .

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