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À Munich, Afkham et Lupu serviteurs de la musique

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Munich. Philharmonie. 26-X-2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 1 op. 15 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 10 op. 93. Radu Lupu, piano ; Orchestre philharmonique de Munich ; direction : David Afkham.

_mg_7196 est un jeune maestro, mais un vrai maître, qui préfère la musique aux grands effets.

Lorsqu’en 2010 gagna le tout nouveau concours de jeunes chefs d’orchestre du Festival de Salzbourg, une mémorable Dixième Symphonie de Chostakovitch avait clairement fait voir au public que ce premier lauréat allait faire parler de lui pour longtemps. Six ans plus tard, l’œuvre figure à nouveau au programme de son concert à la tête de l’.

Afkham n’a pas connu le début de carrière tapageur de certains collègues pris en charge par le marketing des vendeurs de disques ; aujourd’hui directeur musical de l’Orchestre National d’Espagne, il prouve néanmoins avec ce concert que les promesses de 2010 n’étaient pas vaines. On le voit dès le concerto de Beethoven qui ouvre le concert : y fait montre d’une délicatesse et d’une musicalité qui n’a que faire d’exhiber sa virtuosité, avec un sens du phrasé qui, en toute discrétion, donne des plaisirs musicaux d’une exquise délicatesse. L’orchestre fait naturellement mieux qu’accompagner, dans une conception qui ne privilégie pas la vivacité du dialogue, mais qui inscrit le soliste dans un vaste paysage sonore. Afkham use ici d’une palette franche et visionnaire, qui ne dissimule pas son ascendance pleinement romantique, mais ne se limite pas à la recherche d’un mythique son germanique telle que d’autres le rêvent. Ni soliste tout-puissant, ni dialogue combattif, mais la rencontre de deux conceptions fortes et résolues pour un grand moment concertant.

Après l’entracte, c’est donc Chostakovitch qui prend la scène, et on ne peut qu’admirer avec quelle maturité il accompagne les auditeurs dans les méandres émotionnels de cette symphonie écrite dans l’immédiate résonance de la mort de Staline, entre espoir de délivrance et crainte de l’avenir. Bien sûr, Afkham ne cherche pas à exacerber les contrastes offerts dans la symphonie : il est un interprète bien trop subtil pour se délecter du grotesque ou des rythmes de danse qui s’y trouvent à l’occasion. Voilà un Chostakovitch éminemment humain, délivré des grands effets post-romantiques, rendu cohérent et constamment nourri de l’intérieur par une empathie qui couvre toutes les contradictions et les ruptures de l’œuvre. Ce n’est pas qu’à l’occasion Afkham ait peur de la puissance, ni des sonorités plus grinçantes : mais l’ensemble prime toujours sur les détails. Un maître.

Crédit Photographique:  David Afkham © Felix Broede

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