Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Julian Prégardien, trop sage héros haendelien

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Berlin. Konzerthaus. 29-X-2016. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Airs et pièces instrumentales extraits de Judas Maccabaeus, Belshazzar et Jephtha ; concerto grosso op. 3 n° 5 ; pièces orchestrales de William Boyce (1711-1779), Thomas Arne (1710-1778) et Charles Avison (1709-1770). Julian Prégardien, ténor ; Akademie für Alte Musik Berlin.

julian-pregardien-2 défend le Haendel anglais dans un récital un peu fade.

À force d’évoquer la Philharmonie, on finit par oublier que Berlin possède avec le Konzerthaus une autre salle de concert d’importance, certes moins grande et moins prestigieuse par son architecture (le bâtiment précédent ayant été largement détruit en 1944, la RDA finissante a attendu 1984 pour le reconstruire, avec un goût certain pour le trompe-l’œil historiciste), mais qui offre une programmation riche et variée. C’est notamment là que l’ donne chaque année ses concerts d’abonnement, soit dans la grande salle de 1 500 places, soit dans une salle de musique de chambre.

Pour accueillir le récital Haendel du ténor , c’est la grande salle qui a été choisie : on peut le comprendre pour de simples raisons pratiques, mais l’effectif orchestral – 18 musiciens – pose problème : au parterre du moins, le son est un peu maigre, un peu trop pauvre en couleurs, et on peine à croire, connaissant cet ensemble, que ce soit la faute des musiciens. La voix du chanteur, elle, se fait parfaitement entendre, mais elle paraît parfois comme isolée de l’accompagnement.

Le programme choisi, à la dramaturgie soignée, met en valeur Haendel comme compositeur anglais, avec des extraits d’oratorios tous basés sur l’Ancien Testament, et surtout Jephtha. Les airs du rôle-titre constituent l’essentiel du programme, entre déploration et fureur. Julian Prégardien a toutes les ressources nécessaires pour ce répertoire, et son chant est souvent touchant, soucieux du style et maîtrisé. Mais il lui manque une qualité fondamentale dans ce répertoire d’oratorio, où le ton prophétique est indissociable d’un genre aux frontières de l’église et du théâtre : nous n’entendons pas assez les mots, qui ne sont pas qu’un simple vecteur de la voix comme on pourrait s’en contenter dans d’autres types de récital. Faute de pouvoir les porter avec assez de vigueur, Prégardien reste dans une certaine monotonie, qui peine à dessiner les situations dramatiques variées de ce théâtre sans images.

Crédits photographiques : DR / www.julianpregardien.de

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.