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À Genève, un Sibelius en gris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Genève. Victoria Hall. 3-XI-2016. Jean Sibelius (1865-1957) : Concerto pour violon et orchestre en ré mineur op. 47. Serge Rachmaninov (1873-1943) : Symphonie no. 2 en mi mineur op. 27. Valeriy Sokolov (violon). Orchestre de la Suisse Romande. Direction : Peter Oundjian.

peter-oundjian-01Alors que les affiches du concert extraordinaire des Amis de l’OSR annonçaient la violoniste Janine Jansens dans le Concerto pour violon et orchestre en ré mineur op. 47 de , brusquement souffrante, c’est le violon de qui la remplace au pied levé en s’attaquant au même programme que sa consœur.

Ainsi allait-on découvrir ce jeune prodige (d’aujourd’hui trente ans tout de même !) que Bruno Monsaingean, époustouflé par son aisance instrumentale, a filmé voici maintenant une douzaine d’années. Depuis, le jeune homme fait une carrière des plus honorables portant partout ses interprétations des concertos de Brahms, de Chostakovitch, de Bartók et de… Sibelius, bien sûr. À l’attaque de la première mesure, le pianissimo éthéré, la rondeur du son, laissent augurer d’un grand moment de musique. Hélas, quelques mesures plus avant, on déchante quelque peu. Non pas que l’affaire ne tient pas la route, mais l’esprit artistique n’est pas au rendez-vous. Une certaine routine s’empare du violoniste ukrainien qui manque sensiblement de charisme. Il ne parvient pas à capter l’attention, ni ne réussit à imprimer une vision à l’œuvre. Tout comme l’avait constaté notre collègue, lors de son concert parisien de décembre 2010. Pourtant, à Genève, le chef s’efforce de laisser toute la place à son soliste pour ne pas l’étouffer. Mais, malgré un jeu techniquement impeccable, des pianissimi d’une rare qualité, le manque de puissance instrumentale, de folie interprétative, voire de volonté expressive, condamne l’œuvre à une suite de phrases musicales mises bout à bout sans donner un sens profond à son interprétation. De son côté, à force de freiner l’orchestre dans les élans de la partition, le chef canadien prive l’orchestre de toutes couleurs. On sombre dans une pâte orchestrale grise et fade.

La Symphonie n° 2 de Serge Rachmaninov, même si elle est la plus populaire et la plus jouée des trois, n’est pas de celles dont on peut dire qu’elle porte un enthousiasme délirant. Telle une longue mélopée, elle traduit encore les affres dont le compositeur a souffert après l’échec public de sa première symphonie. Imposante par sa longueur, elle est un véritable défi pour un chef d’orchestre. Tenir pendant plus d’une heure l’attention de l’auditoire est une gageure que réussit en partie. Après un premier mouvement, où le chef canadien tente sans grand succès de tirer l’ de la torpeur dans lequel il s’était enfoncé lors du Concerto pour violon de Sibelius, l’ensemble romand semble retrouver des couleurs dans le second et le troisième mouvement. L’Allegro vivace final laisse malheureusement entrevoir de légers décalages, résultats d’un certain manque de cohérence dans la direction d’orchestre.

Mais on aime ses amis, et ceux de l’ n’ont pas ménagé leurs applaudissements à leur orchestre dont la prestation reste cependant très banale.

Crédit photographique : Peter Oundjian © Sian Richards

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