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Christopher Park séduit dans un disque éclectique

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Robert Schumann (1810-1856) : Fantaisie en ut majeur opus 17. Igor Stravinsky (1882-1971) : Trois Mouvements de Petrouchka. Olga Neuwirth (1968) : Marsyas. Christopher Park, Piano. 1 CD. Oehms Classics. Enregistré à la Festeburg Kirche, Frankfurt am Main, en Mars 2016. Total : 68’38’’.

 

71h4i0-lijl-_sl1500_Pour son quatrième enregistrement, le Rising Start Echo 2016/2017, Christopher Park, juxtapose trois compositeurs de trois siècles différents. Avec fluidité, le pianiste trouve son langage propre pour chacun des répertoires joués. L’instrument est envisagé au maximum de ses possibilités harmoniques et polyphoniques.

Ce disque débute par une magnifique version de la Fantaisie de Schumann. C’est la simplicité de moyens qui prime au travers de cette lecture romantique, caractérisée avec passion, sans accentuer l’aspect intériorisé de certains passages. Porté par un phrasé aéré, le toucher libère un son plein ainsi qu’une musicalité exaltée dans le premier mouvement. Une tonalité joyeuse domine l’épisode central, pris à un tempo retenu, loin des versions massives qu’on entend parfois. La poésie épidermique du Final offre un beau moment suspendu et instaure des plages intimistes parfois empreintes de recueillement.

On retrouve ensuite les Trois Mouvements de Petrouchka de Stravinsky que Christopher Park avait déjà gravés pour Deutsche Grammophon en 2009 dans un disque destiné au marché asiatique. Des idées intéressantes émergent de cette transcription de trois scènes de son ballet. Elle met en lumière le côté percussif du piano et joue avec la rythmique pour mieux orienter la narration des différentes pièces. Le toucher est parfois martelé dans la Danse Russe alors que Chez Pétrouchka révèle des sonorités colorées, parfois avec ce regard émerveillé de l’enfant. Dans la Semaine Grasse, la conduite du propos est menée sans forcer le trait virtuose. La maîtrise rythmique, et surtout harmonique, fait la différence et insuffle une dimension orchestrale. Le pianiste grossit ce trait festif « bon enfant » pour mieux le déconstruire par la suite.

La dernière pièce de ce disque, Marsyas, a été composée par l’Autrichienne Olag Neuwirth. Crée par en 2004, c’est le premier enregistrement de cette oeuvre d’expression tonale. Elle est inspirée par le mythe de Marsyas, le maître de l’aulos dans la mythologie grecque, et la gigantesque sculpture de ce même personnage réalisée par Anish Kapoor, puis exposée en 2002/03 à la Tate Gallery à Londres. Moins immédiat que le reste du programme, le pianiste parvient cependant à créer une atmosphère mystérieuse mêlée d’effroi. Le tableau sonore est agité avec ces silences lourds de sens, ces spirales aux effets extrêmes – notamment des cascades de trait saisissantes – et des séquences obsessionnelles aux notes répétitives dans le haut du clavier.
Voici un disque intéressant qui nous permet de découvrir le jeu de Christopher Park et qui le place comme outsider au milieu des versions de référence dans la Fantaisie et Petrouchka.

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