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Lucien Cailliet, transcripteur, arrangeur et compositeur

À emporter, CD, Musique symphonique

Lucien Cailliet (1891-1985) – Transcripteur, arrangeur et compositeur. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Prélude et Fugue en fa mineur BWV 534 ; Jésus que ma joie demeure BWV 147 ; Preludio de la Partita pour violon seul n°3 en mi majeur BWV 1006 ; « Petite » Fugue en sol mineur BWV 578. Henry Purcell (1659-1695) : Didon et Énée, suite d’orchestre. Joaquín Turina (1882-1949) : Sacro-Monte, de la 1e série des Danses Gitanes op. 55. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Tableaux d’une exposition. Lucien Cailliet (1891-1985) : Variations sur le thème « Pop! Goes the Weasel ». The Philadelphia Orchestra, direction : Eugene Ormandy, Leopold Stokowski. Pittsburgh Symphony Orchestra, direction : Fritz Reiner. Boston « Pops » Orchestra, direction : Arthur Fiedler. 1 CD-R Pristine Audio. Enregistré entre décembre 1936 et février 1946 à l’Academy of Music, Philadelphie ; la Syria Mosque, Pittsburgh ; au Symphony Hall, Boston. ADD [mono]. Notices succinctes en anglais. Durée : 71’13.

 

pristine_lucien_caillietLe clarinettiste franco-américain (1891-1985) eut un rôle essentiel dans les carrières de et , car il fut non seulement instrumentiste dans l’Orchestre de Philadelphie, mais également arrangeur-orchestrateur pour ces deux chefs, au point de se demander à qui attribuer la paternité de certaines transcriptions dont Stokowski était très friand et qui firent en grande partie sa célébrité : si le nom de Cailliet apparaissait systématiquement sur l’étiquette des 78 tours gravés par Ormandy, ce n’était pas le cas pour ceux de Stokowski… C’est toute une époque qui renaît sous nos oreilles, où la découverte était primordiale devant le purisme.

Avec la transcription du Prélude et Fugue en fa mineur BWV 534 de Bach par , entame sa carrière discographique le 13 décembre 1936 à la tête du , continuant ainsi une tradition initiée par Stokowski. Ces transcriptions d’œuvres de et autre Henry Purcell peuvent actuellement prêter à sourire et offusquer les puristes, mais il convient de rappeler que Stokowski, se souvenant peut-être de ses années londoniennes où il était organiste, voua un véritable culte à Bach en le transposant à l’orchestre moderne pour le faire connaître aux mélomanes, et cela à une époque où la musique baroque était bien loin d’avoir la popularité actuelle. D’ailleurs, même le très sévère Fritz Reiner s’est prêté au jeu en commettant cette « Petite » Fugue en sol mineur BWV 578 aussi tard que le 4 février 1946… Il faut toutefois reconnaître que la synthèse orchestrale de Didon et Énée de Henry Purcell, par la beauté instrumentale des Philadelphiens, notamment des bois et des cordes, est particulièrement séduisante dans cette gravure du 8 janvier 1939.

La brève page Sacro-Monte, de la première série des Danses Gitanes pour piano op. 55 de Joaquín Turina (1882-1949) que Stokowski a enregistrée le 5 avril 1937, est une transcription spécialement créditée à Cailliet, mais comme par hasard elle resta inédite en 78 tours…

Toutefois les Tableaux d’une Exposition, captés le 17 octobre 1937, font peut-être l’intérêt primordial de ce disque dans le sens où il s’agit de l’unique enregistrement de la version orchestrée par Lucien Cailliet, et l’expérience auditive en est absolument exaltante. Si Ravel insiste plus sur le chatoiement et la féerie sonores dans son orchestration (avec une Grande Porte de Kiev étonnamment proche de la Scène du Couronnement de Boris Godounov), si celle de Stokowski est souvent étrange, voire excentrique, accentuant parfois le côté grotesque (Gnomus) et voulant à tout prix faire « russe » en supprimant tout simplement les deux tableaux français (Tuileries et Limoges), il est d’autant plus paradoxal que ce soit un autre Français, Lucien Cailliet, qui nous apporte la version orchestrée la plus satisfaisante et la plus homogène de cette œuvre. Bien sûr l’empreinte de son prédécesseur Ravel est forte, là où précisément son travail est d’une évidence incontestable, de même que son successeur Stokowski adopte souvent de son côté les instruments solos de Cailliet, lui rendant ainsi un hommage indirect. Finalement, la version Cailliet nous paraît la plus respectueuse du texte et de sa structure (elle inclut la 5e promenade située avant Limoges et omise par Ravel qui, de son côté, possédait pour son orchestration de 1922 une médiocre édition de la partition originale de Moussorgski) et finalement la plus homogène et la plus russe dans son expression, grâce à une orchestration monolithique qui n’exclut pas la variété des timbres, à l’instar de celles des grands compositeurs russes de la fin du XIXe siècle : écoutez seulement Gnomus dans la version Ormandy-Cailliet pour vous rendre compte de ce que sont la menace et la terreur absolues ! Il est à noter toutefois que deux brèves coupures, probablement dues à Ormandy, ont été nécessaires pour faire tenir aisément ces miniatures sur les faces 78 tours : Le vieux Château est amputé des mesures 68 à 86, et La grande Porte de Kiev des mesures 22 à 46.

Signalons enfin que le CD s’achève avec une composition originale de Lucien Cailliet gravée le 27 juin 1938 par Arthur Fiedler et ses Boston « Pops » : cette petite chose amusante que sont les Variations sur le thème « Pop! Goes the Weasel » dont personne ne connaît le titre mais dont tous savent fredonner la mélodie !

Comme de coutume, les transferts de Mark Obert-Thorn sont un modèle de restauration sonore dans ce qu’elle a de plus honnête et de plus respectueux.

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