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Radio France donne carte blanche à Gilbert Amy pour ses 80 ans

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble, Musique symphonique

Maison de la Radio. Auditorium 5-XI-2016 à 20h : Johann Sebastian Bach (1685-1750) / Anton Webern (1883-1945) : Ricercare de L’Offrande musicale, transcription pour orchestre ; Gilbert Amy (né en 1936) : Concerto pour violoncelle et orchestre ; L’Espace du souffle pour orchestre ; Olivier Messiaen (1908-1992) : Le Tombeau resplendissant pour orchestre. Leonard Elschenbroich, violoncelle ; Orchestre Philharmonique de Radio France ; direction : Stefan Asbury.
Studio 104 6-XI-2016 à 18h : Gilbert Amy (né en 1936) : Explorations chromatiques II, pour deux cors (CM); Cors et cris, pour ensemble et dispositif électronique en temps réel ; Thomas Lacôte (né en 1982) : Rursum funde (CM) pour ensemble; Philippe Hurel (né en 1955) : … à mesure pour ensemble. Ensemble Court-Circuit ; Thomas Goepfer, réalisation informatique musicale Ircam ; Benjamin Lévy, régie informatique Ircam ; direction : Julien Leroy.

g-amyFêté l’été dernier au Festival de la Côte Saint-André proche de Lyon où il a dirigé le CNSM durant 16 années – , tout juste 80 ans, est à l’honneur d’un week-end à la Maison de la Radio où il fut le premier directeur musical du Nouvel Orchestre Philharmonique (NOP). Il avait carte blanche pour la programmation de cinq concerts réunissant pièces de solistes, d’ensemble et soirée d’orchestre.

En soirée, au grand Auditorium de Radio France

Le chef britannique est à la tête du « Philhar » dans un programme où la musique de côtoie celle de ses pairs, regardant vers Bach, et Olivier Messiaen dont Amy fut l’élève.
La soirée débute avec et son orchestration du Ricercare de L’Offrande musicale. Bach y écrit une fugue à six voix dont la combinatoire génère une texture sonore éblouissante. Webern se livre à un exercice périlleux où les lignes du contrepoint sont confiées à tous les pupitres instrumentaux en relai selon la technique initiée par Schoenberg de la Klangfarbenmelodie (mélodie de couleurs). Si la précision rythmique et la rigueur de l’articulation font parfois défaut au sein de l’orchestre mis au défi, l’édifice architectural qui se construit à mesure sous la baguette de ne manque pas d’impressionner. De Gilbert Amy ensuite, le Concerto pour violoncelle (2000) met sur le devant de la scène le jeune et épatant qui sert cette écriture rhapsode avec une énergie et un panache sidérants. Pour évoquer ce concerto en sept mouvements, Amy parle d’un « journal où les rubriques sont très nombreuses ». Les idées et trouvailles sonores y fusent en effet constamment, la ligne du violoncelle louvoyant entre lyrisme et relance énergétique dans une trajectoire discontinue mais jamais incohérente. Au sein de l’orchestre, la percussion est un domaine que le compositeur privilégie et maîtrise avec une rare subtilité. La souplesse de l’archet et la fluidité de jeu du soliste, au côté d’un orchestre réactif et complice, magnifient cette oeuvre exigeante et follement virtuose.

Très rarement joué – il n’a été édité qu’en 1997 – Le Tombeau resplendissant d’Olivier Messiaen est une pièce d’orchestre de jeunesse (1933) que le compositeur, de son vivant, a voulu tenir à l’écart de son catalogue, redoutant peut-être la comparaison avec Les Offrandes oubliées… De fait, l’œuvre ne va pas sans quelques défauts (allure massive et peu nuancée) mais préfigure toutes les composantes de son langage, mélodique autant que formel : tel le lyrisme éperdu des cordes dans la plage contemplative qui referme cette trajectoire séquentielle. L’esprit Messiaen demeure dans L’espace du souffle (2007-2008) de Gilbert Amy, à travers la conduite rythmique et le traitement de la résonance notamment. Si le titre fait référence à l’œuvre du peintre et ami Frédéric Benrath, le souffle en tant qu’énergie originelle est une notion essentielle dans la pensée du compositeur. Il semble nourrir la texture sonore très sombre des premières pages de la partition. Il s’agit d’un hommage à Bach et au Prélude de la Suite n° 4 pour violoncelle dont le compositeur, curieusement, emprunte la trajectoire harmonique et sa plénitude tonale. Les percussions, dont un tambour à corde retentissant, insufflent l’énergie d’une seconde partie très virtuose aux couleurs flamboyantes qu’Amy rehausse d’une percussion musclée. L’hommage à Messiaen dans le dernier mouvement (Modéré) ne bride pas l’invention du compositeur qui termine sa partition par un crescendo orchestral des plus galvanisant. Le « Philar » l’est aussi, sous le geste investi sinon très incisif de .

julien-leroyUn dernier concert au 104

Les festivités autour de la personnalité de Gilbert Amy s’achèvent au studio 104, un lieu bien familier au directeur honoraire de l’Orchestre Philharmonique (NOP) qu’il a, ici même, beaucoup dirigé. C’est Julien Leroy, chef fougueux à l’oreille bien affûtée qui est ce soir à la tête de l’ pour un superbe concert dont le compositeur octogénaire a soigneusement configuré le programme.

En ouverture festive, Explorations chromatiques II, commande de Radio France passée à Gilbert Amy, convoque deux cors – et – embrasant l’espace de l’auditorium de leurs sonorités fastueuses. C’est un instrument de prédilection chez le compositeur qui en ausculte ici le timbre et ses variations à travers les ressorts de son écriture et les différentes techniques de jeu incluant l’action des sourdines. Après l’hommage rendu à ses maîtres, il importait à Gilbert Amy de promouvoir la jeune génération en mettant à l’affiche , organiste, compositeur et fin pédagogue (cf notre article) dont c’était la première oeuvre pour ensemble. Donnée en création mondiale (commande de Radio France), Rursum funde (Fondez à nouveau) fait référence à un traité ancien de Theophilus Presbyter où il est question de peinture, de vitrail… et de savoir-faire : « Fondez à nouveau, battez et mettez au fourneau », des consignes qui vont stimuler l’alchimie sonore du compositeur. D’esthétique spectrale, la pièce expose une matière miroitante et délicatement ciselée dont on suit les déformations et métamorphoses spectaculaires à travers de multiples qualités instrumentales : telle cette séquence flamboyante sur les peaux – impériale – explorant les fluctuations de hauteur avec les pédales de la timbale. Superbe également est le processus d’intensification du phénomène sonore s’abîmant dans les graves saturés du piano. Tout y est savamment articulé et relève d’une puissante dramaturgie sonore dans laquelle s’engagent chef et musiciens. L’énergie n’est pas en reste, et l’enthousiasme non plus, dans … à mesure de , le directeur de Court-Circuit qu’il co-fondait il y a un quart de siècle déjà. Composée en 1996, la pièce n’a pas pris une ride. La trajectoire en est saisissante, du début frénétique et jubilatoire, emmené par le vibraphone, à la phase finale hiératique et ritualisante (on pense aux Noces de Stravinsky) où défilent de somptueuses images sonores sur la sonnerie implacable des crotales hybridées par le piano.

Gilbert Amy et l’informatique musicale

Dans la seconde partie du concert, et sont aux manettes pour Cors et cris (2011) où Gilbert Amy intègre pour la première fois le live électronique à son écriture instrumentale. On retrouve au sein de l’ensemble les deux cors précités dont le compositeur entend creuser les potentialités sonores avec les logiciels de l’. L’œuvre impressionne par ses contrastes vertigineux, le foisonnement des couleurs et les allures spectrales que prend l’écriture dans les séquences plus étales où l’électronique s’immisce dans les textures. La coda somptueuse entretenant l’ambiguïté des sources sonores referme l’œuvre dans un halo de timbres aussi mystérieux qu’éblouissants. Dignement fêté par des musiciens hors norme, Gilbert Amy affirmait, confiant, au tout début du concert : « Je suis un compositeur comblé ».

Crédits photographiques : Gilbert Amy © Alvaro Yanez ; © julienleroy.com

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