tous les dossiers(1)

Avec Zoroastre l’ensemble Pygmalion fait travailler notre imagination

Concerts, La Scène, Opéra

Versailles. Opéra Royal. 9-XI-2016. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Zoroastre, tragédie lyrique en 5 actes sur un livret de Louis de Cahusac. Version de concert. Reinoud van Mechelen, Zoroastre ; Nicolas Courjal, Abramane ; Katherine Watson, Amélite ; Emmanuelle de Negri, Erinice ; Christian Immier, la Vengeance / Oromasès ; Léa Desandre, Céphie ; Virgile Ancely, Zopire ; Étienne Bazola, Narbanor ; ensemble Pygmalion, direction : Raphaël Pichon.

pygmalionpiergab-2720pxlAprès le festival de Radio France à Montpellier, le festival international d’opéra baroque et romantique à Beaune puis le festival d’Aix-en Provence, voici Zoroastre à l’Opéra Royal de Versailles en mode Pygmalion. Malgré la sensibilité touchante de en Amélite et un séduisant Zoroastre incarné par , les partis-pris en fosse de ne nous ont pas vraiment convaincus. Le choix d’une représentation en version de concert élude de plus le fantastique, l’exotisme et le merveilleux de cet opéra, rendant ainsi, il faut bien l’avouer, cette soirée un peu terne.

Pour , Zoroastre est sa quatrième tragédie lyrique après Hippolyte et Aricie (1733), Castor et Pollux (1737) et Dardanus (1739). De son côté, s’est notamment fait remarquer en 2012 avec Hippolyte et Aricie, son enregistrement de Castor et Pollux en 2015, puis Dardanus en 2013 et en 2015 dans la mise en scène fantasque et colorée de Michel Fau. Le succès paraissait donc assuré pour Zoroastre

Mais malheureusement, l’inventivité et l’ingéniosité dont fait preuve Rameau dans cet opéra ne se retrouvent pas toujours sous la direction du jeune chef d’orchestre. La richesse d’instrumentation de cette musique est celle qui en pâtit le plus, Raphaël Pichon choisissant de mettre bien plus en avant les pupitres des cordes plutôt que les vents. Le continuo est quant à lui confié à deux clavecins et à deux violoncelles. Pour quelles raisons les trompettes obligées de la version de 1749 sont-elles absentes ? Qu’est-ce qui justifie le fait d’avoir renoncé aux clarinettes (grande innovation du compositeur à l’époque que de les intégrer à l’orchestre !) qui auraient pu judicieusement alterner à plusieurs moments avec les hautbois ? Au final, ce foisonnement de cordes et l’articulation des instruments à archet impactent grandement l’équilibre orchestral et ont surtout pour effet de diluer les couleurs sonores, normalement d’un exceptionnel éclat, faisant de cette manière résonner une musique sans véritable relief.

L’opposition entre le bien et le mal et entre la connaissance et l’ignorance (des idées fondamentales de l’œuvre qui caractérisent Zoroastre comme « le premier grand opéra maçonnique ») se retrouvent aisément à travers le groupe des chanteurs alors que la psychologie profonde de chaque personnage est bien moins apparente. campe un Abramane un peu grossier, son jeu et sa déclamation manquant assurément de finesse, son personnage y perdant même en crédibilité. Égale dans l’ensemble des registres et dans toutes les nuances déployées, sa voix présente pourtant de nombreuses couleurs, et cela dans une diction excellente. Le rôle de grand caractère d’Erinice paraît dépasser son interprète , même si celle-ci déploie une belle présence scénique, des qualités vocales indéniables qui lui permettent de démontrer un équilibre maîtrisé entre de belles sonorités rondes et des accents tragiques. Dans l’autre camp, la voix légère et puissante d’une égale à elle-même se répand par le biais d’une émission claire et colorée. Son chant matérialise une touchante héroïne, toute en finesse et en sensibilité. À travers une qualité du chant baroque limpide, projette quant à lui une voix pure et séduisante, riche de coloris nuancés, rendant le couple Amélite/Zoroastre harmonieux et bien équilibré.

Mais même si la partition abonde de passages tumultueux, Raphaël Pichon optant pour la partition plus dramatique de 1756, la musique ne peut à elle seule défendre cet Orient mi-féerique mi-maçonnique dont le XVIIIe siècle a fait l’une des clefs de son système de pensée. Ce que le magicien Ismenor dans Dardanus pouvait déclencher de magie et de sortilèges, nous devrions le retrouver ici à un degré paroxystique avec Abramane et Arimane. La précision, l’articulation et la dynamique du chœur tout comme les danses particulièrement stylisées (voire assez maniérées) nous amèneront à rêver à un Orient tant apprécié dans cette œuvre, que seule notre imagination peut assouvir.

Photo : © Piergab

Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.