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Un concours homme du Ballet de l’Opéra sous le signe de Noureev

Concours, Danse , La Scène

Paris. Opéra Garnier. 4-XI-2016. Ballet de l’Opéra national de Paris : Concours annuel du corps de ballet de l’Opéra. Jury: Stéphane Lissner, directeur de l’Opéra national de Paris et Président du jury; Aurélie Dupont, directrice de la danse; Clothilde Vayer, maître de ballet; Ghislaine Thesmar, danseuse étoile et pédagogue; Ana Laguna, danseuse, chorégraphe et pédagogue. Suppléant: Fabrice Bourgeois, maître de ballet. Membres du jury élus par le ballet: Amandine Albisson, Josua Hoffalt, Charline Giezendanner, Aurélia Bellet, Alexandre Labrot. Suppléants: Laura Hecquet, Francesco Vantaggio, Florian Magnenet.

paul-marqueLe concours de promotion du corps de ballet de l’Opéra National de Paris version 2016 est le premier concours que préside Aurélie Dupont. Autant dire qu’il s’agit d’un exercice difficile, où se joue l’image qu’elle souhaite donner à la compagnie. Concernant les résultats du concours homme, il y a eu peu de surprises, comme assez souvent, où les résultats ont correspondu peu ou prou aux attentes à la suite des prestations des danseurs.
Toutes les variations imposées étaient issues du répertoire classique revisité par Noureev. Sous le signe des assemblés double, chacun des candidats a dû se confronter à la difficulté de la grammaire du danseur et chorégraphe russe, au prix d’efforts effrénés souvent, avec bonheur parfois.

La classe des Quadrilles (avec en imposée la deuxième variation de l’Acte I de Don Quichotte- véritable épreuve du feu) était d’un assez bon niveau et chacun des candidats est parvenu rapidement et efficacement à proposer une vision de sa façon de danser. Parmi ceux qui se sont démarqués, Antonio Conforti a choisi une variation de Sujet (Manfred) et a instillé une certaine tension mais il doit prendre de l’assurance et s’affirmer sur scène. , qui a emporté le deuxième poste disponible de Coryphée, a fait preuve d’une belle élévation et a réalisé des pirouettes très nettes-la Mazurka de Suite en Blanc étant particulièrement adaptée pour sa variation libre. Chun-Wing Lam aurait pu se classer facilement parmi les premiers: dans la troisième variation de l’Acte II de La Belle au Bois Dormant (qui par ailleurs était l’imposée des Coryphées; il n’aurait pas démérité d’être dans cette classe), il a montré un certain courage qui toutefois ne paraît pas insensé tant sa technique est extrêmement propre et son positionnement dans l’espace très géométrique. Sa petite taille ne l’aidera peut être pas à monter dans la hiérarchie mais c’est un danseur qui reste à suivre. Isaac Lopes Gomes (dans la variation lente de Siegfried) est parvenu à s’approprier le langage de Noureev mais n’a pas su emporter l’adhésion dans l’imposée, alors que sa libre était très correcte. , qui s’est hissé à la première place, était très juste, tant dans son imposée que dans la variation du Pas de Deux d’Esmeralda. Sa nomination est on ne peut plus justifiée.

On a pu observer une réelle différence avec la classe des Coryphées dont le niveau était très bon. On regrettera peut-être le curieux choix de Mickaël Lafon pour sa variation libre, extraite de MC 14/22 d’Angelin Preljocaj. Le danseur restant immobile la moitié du temps sur scène, quelle que soit sa présence scénique, cela n’a pas suffi à mettre en avant les capacités qui lui auraient permis de monter dans la classe supérieure. C’est en toute légitimité que , impeccable dans Marco Spada, a raflé la première place: il possède un physique très apprécié dans le style français, revient victorieux du concours de Varna (qui ne fait pas tout, mais le place dans une certaine lumière) et a des finitions très propres. aurait pu lui disputer cette première place (il a été classé second), grâce au choix audacieux de la première variation de Don Quichotte, son lyrisme au niveau des bras et une belle caractérisation dans son interprétation. Mais le danseur est encore jeune, fragile au niveau des attaches et est un peu vert de façon générale. Il est légitime de le laisser prendre plus de corps plutôt que de précipiter ce talent qui a un vrai propos artistique- quand bien même l’attente peut paraître frustrante. On a regretté l’absence d’Hugo Vigliotti, retiré in extremis de la liste des concourants.

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Enfin, la classe des sujets homme a suscité, comme à chaque fois que l’enjeu est de taille, une certaine appréhension et a cristallisé une grande tension, plus palpable néanmoins chez les femmes que les hommes. Ce jour-ci, la place de Premier Danseur semblait réservée à l’évidence à qui a répondu, sans surprises, aux attentes. A le voir dans la Mazurka d’Etudes, il ne pouvait être que Premier Danseur, fonction qu’il occupait déjà symboliquement en dansant des rôles de premier plan. Ce sera un bel ambassadeur pour l’Opéra, tant par ses qualités physiques que techniques, bien qu’il lui reste encore à faire ses armes en tant qu’interprète.
On a pu apprécier les assemblés doubles impeccables de Fabien Révillion, dans l’imposée – la variation lente de l’Acte II de la Belle au Bois Dormant, variation quasi indansable où il est si facile d’être médiocre et impossible d’être parfait. Jérémy-Loup Quer a incarné un Don José très séducteur et Daniel Stokes a développé une belle capacité à créer des phrases dansées dans la deuxième variation d’Other Dances de Jerome Robbins.

Toutefois, ce n’est pas parce que était l’évidence de cette classe qu’un outsider comme n’aurait pas pu se qualifier. C’est un réel débat esthétique que pose cet artiste: il n’est très clairement pas le plus doué en termes de beauté technique, mais il défend une idée très esthétisée de la danse dans la variation imposée (la Méditation de la Belle au Bois Dormant, qui prenait d’un coup tout son sens). Ces cinq minutes qui semblaient si longues avec la répétition de tous les autres candidats devenaient soudain porteuses d’une compréhension profonde et pénétrée de chaque instant où chacun des regards, des ports de bras étaient au service d’une pensée et d’un sentiment. On peut bien comprendre qu’il n’a pas les atouts innés de et qu’en un sens, les résultats n’auraient pas vraiment pu être différents, mais l’on a vu dans cette classe-là et en quelques instants un danseur qui emmenait le spectateur loin de Garnier et qui dépassait ce qu’on exige théoriquement d’un Premier Danseur.

En lien avec l’image qu’elle souhaite mettre en avant dans les années à venir, ce concours a démontré que la Direction de la danse affirme qu’il est grand temps de revenir à une certaine justesse de décision.

Crédit photographique: , © Sébastien Mathé, Opéra national de Paris

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