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Une frustrante Armide à la Philharmonie de Paris

Concerts, La Scène, Opéra

Paris. Philharmonie – Grande salle Pierre Boulez. 9-XI-2016. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Armide, opéra en cinq actes sur un livret de Philippe Quinault (version de concert). Avec : Gaëlle Arquez, Armide ; Stanislas de Barbeyrac, Renaud ; Florian Sempey, Hidraot ; Aurélia Legay, La Haine ; Harmonie Deschamps, Phénice, Mélisse, un Plaisir ; Olivia Doray, Sidonie, la Bergère, Lucinde, un Plaisir ; Thomas Dolié, Aronte, Ubalde ; Enguerrand de Hys, Artémidore, le Chevalier Danois. Chœur de l’Opéra National de Bordeaux (chef de chœur : Salvatore Caputo). Les Musiciens du Louvre. Direction : Marc Minkowski.

minkpOn avait tellement idolâtré cette Armide de Gluck enregistrée sous le label Archiv en 1996, déjà par , qu’on attendait avec une impatience frétillante sa revisitation, vingt ans après, par le toujours sémillant chef et les nouvelles forces vives du chant français. Hélas, la réalisation n’était pas à la hauteur de nos attentes.

Bien sûr, comparer un enregistrement à un concert, et les impressions d’une mélomane un peu verte à celle d’une chroniqueuse aguerrie n’a pas beaucoup de sens, et sans doute, l’acoustique de la Philharmonie, du moins là où nous nous trouvions, au deuxième rang de balcon, privilégie l’orchestre sur les voix, et rend la diction de chacun cotonneuse, voire incompréhensible, mais quand même, quand même…

est une musicienne sensible, et elle émaille son interprétation de belles intentions, mais il lui manque, pour incarner la magicienne sous toutes ses facettes, la violence, l’exaltation, et même tout simplement une certaine forme de présence. Elle ne peut en aucun cas se comparer à Mireille Delunsh, dotée d’un autre tempérament, et révérence gardée envers ces deux cantatrices, de plus d’années d’expérience.

n’apporte rien au court – mais essentiel – rôle d’Hidraot, quand à et , qui interprètent tous les petits rôles féminins, on a l’impression qu’elles chantent du fond d’un puits !

En écrivant ces lignes, notre cœur saigne d’égratigner des artistes qu’on aime d’ordinaire. La seule explication plausible est qu’après Vienne et Bordeaux, ils se sont laissés piéger par la sonorité fantasque de la salle. Pourtant, d’autres s’en sortent mieux, à commencer par le Renaud viril de , sex-appeal déployé comme une grand’voile, timbre sombre et chatoyant, et dont l’on comprend – enfin – le texte !

a l’intelligence de ne pas chercher à singer l’inimitable Ewa Podles, et incarne la Haine avec ses propres atouts de soprano dramatique. Le résultat est fort convaincant.

La meilleure satisfaction vocale provient d’ et surtout de , très impliqués dans tous les seconds rôles masculins, et qui seuls semblent savoir comment se déplacer et quoi faire des quelques accessoires mis à leur disposition pour éviter que cette version scénique ne soit trop statique.

Le grand vainqueur de la soirée reste , qui en vingt ans a largement mûri son approche. L’orchestre des musiciens du Louvre sonne rutilant, majestueux, nourri de ses incursions dans un répertoire plus tardif. On donnera un coup de chapeau particulier aux cors, qui ont assuré tout le concert sans une seule fausse note, et s’agissant d’instruments baroques, ce n’est pas si évident. Le chœur de l’Opéra National de Bordeaux est absolument parfait, clair et franc dans sa motivation.

Crédit photographique : Marco Borggreve

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