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Bruno Bouché, nouveau directeur du CCN/Ballet du Rhin

Danseur à l’Opéra de Paris, chorégraphe et directeur artistique d’Incidence chorégraphique, Bruno Bouché est quelqu’un qui a soif de questionnements. Récemment nommé directeur du CCN/ où il prendra ses fonctions en septembre 2017, Bruno Bouché compte bien faire de cette maison un lieu d’expérimentation où développer ses interrogations sur la danse en Europe au XXIe siècle, la fonction narrative du ballet, le rôle de l’artiste et de l’art dans la société.

ResMusica : Comment s’est déroulée votre nomination en tant que directeur du  ? Pourquoi avoir souhaité diriger ce Ballet ?
Bruno Bouché : J’ai appris que le poste était à pourvoir 15 jours avant le dépôt de ma candidature ! Je m’étais rendu à Biarritz pour une rencontre chorégraphique organisée par le . Ivan Cavallari, l’actuel directeur du Ballet du Rhin, était présent et plusieurs personnes m’ont dit que le poste était à pourvoir et m’ont fortement conseillé de postuler. J’ai eu une phase de réflexion parce que c’était une décision importante à prendre. Je sentais qu’il y avait un contexte et que les choses pouvaient se faire.

« L’Opéra national du Rhin est une formidable maison »

J’ai déposé une première candidature : sur les trente candidats qui avaient postulé au départ, quatre ont été retenus. Afin de constituer un projet plus approfondi sur trois ans, je suis parti en campagne pour rencontrer les personnalités décisionnaires et je suis allé dans la compagnie. Je me suis rendu compte que c’était une formidable maison! J’ai rencontré la directrice générale Eva Kleinitz, qui prendra ses fonctions en même temps que moi. Je suis ravi car nous partageons une vision commune, un même dynamisme.

RM : Comment imaginez-vous votre futur rôle de directeur d’un Centre chorégraphique national ?
BB : Le CCN/Ballet de l’Opéra national du Rhin présente une vraie spécificité. C’est une entité hybride, à la fois maison d’Opéra et Centre chorégraphique national (CCN). Ce label de CCN est une richesse pour notre maison qui permet l’ouverture sur l’extérieur, le développement de l’accueil studio, la diffusion du travail des compagnies indépendantes. J’entends vraiment ces missions de CCN comme un grand plus sur lequel on va s’appuyer pour développer la compagnie.

Par rapport à ce que je découvre du fonctionnement des CCN, j’aimerais développer les perspectives artistiques de mon projet au sein même des activités et des missions du CCN. On demande aux CCN, dirigés par des artistes, d’avoir des activités culturelles et également de faire de la création artistique. Il me semble qu’en France il y peut y avoir aujourd’hui une remise en question de ce que nous définissons comme l’art et la culture, l’artistique et le culturel. Les actions culturelles ou d’éducation sociale, qui sont essentielles, seront d’autant plus porteuses de sens si elles sont portées par le travail de création artistique du directeur du CCN. Pour que les directeurs de CCN se sentent au cœur de ce dispositif politique, il faut remettre l’artistique au cœur de ces réflexions. Cela nécessite de leur laisser du temps.

« Fonder un ballet européen au XXIe siècle »

RM : Quel est votre projet pour la compagnie ?
BB : J’ai pour ambition de fonder un ballet européen au XXIè siècle. C’est-à-dire interroger les créations que l’on peut faire avec des danseurs issus de la formation académique et constituer un répertoire du XXIè siècle tout en essayant de tracer de nouveaux chemins. La danse dite néoclassique (je ne sais pas ce que veut dire réellement ce terme) me semble être dans une impasse, figée entre des créateurs qui continuent avec plus ou moins de pertinence et succès l’approche de   – qui a porté à l’extrême et avec génie le vocabulaire classique -, ceux qui suivent une lignée plus américaine inspirée de Georges Balanchine et Jérôme Robbins ou d’autres encore qui écrivent une danse lyrique et pure à la manière de Jiry Kylian, jamais égalé.
Je conçois ces grands chorégraphes comme un point de départ, un socle. Je voudrais réfléchir aussi à une nouvelle dramaturgie, à la manière de mettre sur un plateau de nouvelles histoires à partir d’objets littéraires ou cinématographiques qui n’ont pas été saisis de manière chorégraphique.

14519919_10155358692663682_3669686833691636222_nToute cette réflexion va être portée par un projet que je mets en place au Ballet du Rhin, l’Atelier. Je voudrais réunir des artistes – danseurs, comédiens, compositeurs – et des intellectuels – écrivains, journalistes – qui, à travers des workshops, poseront la question de ce qu’est un ballet du XXIè siècle. Une première session se déroulera fin octobre 2017 autour de la dramaturgie qui me semble un très bon départ pour cette réflexion. J’ai la sensation que ces outils que sont les ballets, avec des danseurs sur un plateau, un orchestre, des décors, peuvent se poser la question de manière innovante de raconter des histoires. Ça ne veut pas dire que je n’aime que les ballets narratifs. Ce qui me plait, c’est ce qui me transporte.

« Une maison d’Opéra financée par l’Etat doit pouvoir offrir à tout le monde la possibilité d’aller voir ses spectacles »

RM : Quel est le public du Ballet du Rhin ? Quelle sera votre politique à l’égard du ou des public(s) ?
BB : Il y a un public de fidèles et d’abonnés mais aussi un public à aller chercher, qui n’ose pas franchir la porte de ces maisons souvent taxées d’élitisme. II faut continuer à aller dans les collèges, les lycées, les écoles, être plus visible sur les réseaux sociaux, utiliser les outils d’aujourd’hui, avec lesquels échangent ceux qui pourront être le public de demain. Composer aussi une programmation pour un large public, à la fois exigeante et qui sache susciter la curiosité et ouvrir des portes sur l’imaginaire de chacun. C’est pour cela que nous programmerons avec Eva Kleinitz des programmes spécifiquement Jeune Public pour l’Opéra et le Ballet.
Je vais porter des actions sociales et éducatives dès ma première saison au CCN/Ballet du Rhin. Une maison d’Opéra financée par l’Etat doit pouvoir offrir à tout le monde la possibilité d’aller voir ses spectacles.

RM : Comment envisagez-vous la poursuite de votre activité de chorégraphe ?
BB : Je vais m’inscrire comme chorégraphe au Ballet du Rhin, cela fait partie de mes missions. J’espère aussi continuer à avoir des activités extérieures. Je veux me consacrer pleinement à mon activité de directeur du Ballet du Rhin mais si on me propose une invitation pour chorégraphier, j’y réfléchirai pleinement. En revanche, je vais quitter mon poste de directeur d’Incidence chorégraphique.

RM: Que retenez-vous des échanges que vous avez eus avec dans le cadre de l’Académie chorégraphique de l’Opéra de Paris, à laquelle vous avez participé avec , et  ?
BB: Pour Forsythe, être chorégraphe, ça se discute, ça ne s’apprend pas. C’était une superbe rencontre, une réflexion de vie. William Forsythe est quelqu’un de passionnant, qui lit beaucoup, connaît de grands philosophes. Tout le monde ne lit pas Jacques Derrida et Michel Foucault ! Ça fait du bien!
Ce que je retiens de ces échanges, c’est que la résultante d’un travail chorégraphique, c’est profondément ce que l’on est, ce que l’on désire. On va être jugé par un public mais la seule personne capable d’estimer notre travail, c’est nous-même.  Il n’avait pas de recettes à nous donner, il interrogeait plutôt les motivations de notre désir d’être chorégraphes.

RM: Une nouvelle page se tourne : comment appréhendez-vous votre départ de l’Opéra national de Paris ?

BB: C’est quelque chose d’important pour moi de dire au revoir à cette maison, qui m’a beaucoup apporté. Je souhaitais partir et non attendre que l’Opéra me demande de partir. Cette nomination tombe très à propos, c’est une grande chance dans mon parcours. Tout se coordonne bien. L’entente entre le directeur du Ballet et la directrice générale est primordiale pour porter un projet ambitieux. Il y a un vrai soutien des politiques pour que ça marche, un dynamisme dans la région porté par les villes de Strasbourg, Mulhouse et Colmar. La situation géographique du ballet est plus qu’ intéressante par rapport à tout ce qui se passe en ce moment en Europe. Et on est à l’aube du XXIe siècle, les cartes sont rebattues, la vieille Europe est confrontée à de nouveaux défis comme le terrorisme, l’émergence de nouveaux pays.

RM: Et dans les mois prochains ?
BB: Je crée Ombre et Lumière avec , la pianiste et six danseurs de l’Opéra de Paris, qui va se donner au Théâtre Impérial de Compiègne (le 26 novembre NDLR) et dont je suis très heureux. Cela me permet de rester dans la création, un pied dans les studios. J’ai également la chance de participer en tant qu’assistant à la création de Cosi Fan tutte mise en scène et chorégraphié par , qui se donnera en janvier et février 2017 à l’Opéra de Paris.

Crédits photographiques: Photo n°1: © Julien Benhamou, Photos n°2 et 3: Répétitions du spectacle Ombre et Lumières, ©  Agathe Poupeney.

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