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Fin de partie en apothéose à l’Orangerie de Rochemontès

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Seilh (31) Orangerie du château de Rochemontès. 20-XI-2016. À travers Clara, opéra de chambre conçu et mis en scène par Oriane Moretti d’après les correspondances et le journal intime de Clara et Robert Schumann. Musique de Clara Wieck-Schumann (1819-1896), Robert Schumann (1810-1856), Jean-Sebastien Bach (1685-1750). Oriane Moretti, soprano ; Ilya Rashkovskiy, piano.
Soirée de gala avec Jean-Marc Andrieu, flûte à bec ; Yasuko Bouvard, clavecin ; Laurent Le Chenadec, basson ; Magali Léger, Oriane Moretti, Martine Gonzalez, sopranos ; Laure Urgin, François Castang, conteurs ; Frédéric Denépoux, Sébastien Llinarès, guitare ; Clara Cernat, violon ; Thierry Huillet, Ilya Rashkovskiy, François Riu-Barotte, Jérémie Honoré piano ; Sandrine Tilly, flûte traversière. Œuvres de Tarquino Merula (1595-1665), François Couperin (1668-1733), Manuel de Falla (1676-1946), Federico Garcia Lorca (1898-1936), Enrique Granados (1867-1916), Eugenio Mandrini (né en 1936), Thierry Huillet (né en 1965), Ricet Barrier (1932-2011), Harrry Fragson (1869-1913), Francis Lopez (1916-1995), Éric Satie (1866-1925), Francis Poulenc (1899-1963), Joaquin Turina (1882-1949), Henri Tomasi (1901-1971), Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893). Spectacle présenté par François Castang.

Orante Moretti incarne une Clara Schumann lumineuse, passionnée et amoureuse

Il y avait beaucoup de chaleur et d’émotion en ce dimanche de novembre à l’Orangerie du château de Rochemontès pour la dernière des dimanches à la campagne, organisés depuis cinq ans avec passion par Catherine Kauffmann Saint-Martin.

Cette vingtaine de concerts originaux et audacieux avaient séduit un public grandissant, mais toutefois pas suffisant pour en assurer la pérennité économique. Les regrets sont d’autant plus vifs que la salle affiche complet pour cette dernière journée.

L’opéra de chambre À travers Clara conçu et mis en scène par la soprano avec le pianiste , d’après la correspondance et le journal intime de Clara et Robert Schumann, est un sommet absolu du romantisme et une petite merveille musicale et poétique sur l’amour de ces deux grands artistes. Avec finesse et élégance, plonge dans l’intimité d’une relation passionnée à travers des extraits de lettres de Robert et de Clara, puis elle incarne une Clara lumineuse en donnant vie à des pages de son journal intime et interprétant quelques uns de ses propres Lieder. Car non contente d’être une pianiste hors pair et la muse de son génial mari, Clara Schumann était également une compositrice d’un immense talent, dont nous serions bien avisés d’approfondir les œuvres d’une grande subtilité. L’époque n’était certes pas à valoriser les talents féminins, qui s’effaçaient pour ne pas nuire à la carrière du mari ou du frère. Mais l’écriture de Clara est de très haute tenue et interprétant les œuvres de Robert, qu’elle fait connaître à travers l’Europe, elle en fut la première critique. Même si Robert l’encourageait à composer, sa carrière de compositrice fut submergée par celle d’interprète – avec Liszt, elle fut la plus grande pianiste du siècle – ainsi que par ses devoirs de mère de famille.

Si leur vie d’époux ne dura que seize années, jalonnées par la naissance de huit enfants, leur histoire d’amour fut plus longue, qui habita l’adolescence de Clara, malgré les interdits paternels. D’ailleurs, en 1840 leur mariage fut autorisé et prononcé par le tribunal de Leipzig. Le récit de cette vie de couple est balisé par de courtes pièces de piano et d’admirables Lieder de Clara entre lesquels s’intercalent quelques pièces de Robert et une fugue de Bach. Cette existence passionnée vire à la tragédie lorsque Robert sombre dans la dépression, qui est à l’époque assimilée à la folie. C’est ainsi que veuve à 37 ans avec huit enfants encore jeunes, Clara consacra le reste de sa vie à diffuser l’œuvre de Robert. Plus qu’accompagner ce récit poignant, le piano d’ en est un partenaire intime.

Un concert de gala pour l’amitié

Filan festif où le public accompagne les artistes dans la Barcarolle des Contes d'Hoffmann.

Final festif où le public accompagne les artistes dans la Barcarolle des Contes d’Hoffmann.

Plus tard dans la soirée, le dernier concert en forme d’adieu est un formidable partage réunissant dix-sept musiciens, qui ont enchanté ce lieu magique depuis l’hiver 2012. Par la grâce des artistes présents, ce florilège revient sur plusieurs grands moments de ces inoubliables « Dimanches à la campagne ».

Les Passions ouvrent le bal dans des pièces de Merula et Couperin selon une réjouissante complicité teintée d’humour entre la flûte à bec de , le basson de et le clavecin de . La soprano , le guitariste et la conteuse Laure Ugrin ont révélé la malice et la chaleur de l’âme espagnole à travers la poésie de , soutenue par les mélodies de et . Le tango argentin est présent par l’expression poétique d’Eugenio Mandini et surtout la création pour piano et violon de Buenos Aires de . Le compositeur est au piano tandis que le violon de sa partenaire à la ville comme à la scène, , transcrit toute la puissance incandescente de ce mouvement culturel.

L’humour est bienvenu en chanson lorsqu’il est porté par la finesse de la soprano avec la complicité du pianiste dans l’irrésistible Neurasthénie de , suivi des Amis de Monsieur d’Harry Fragson et de Ça m’fait quelqu’chose de . En plus de présenter ce concert de gala, explore le monde loufoque d’ avec trois de ses textes savoureux, La journée du musicien, Les enfants musiciens et l’impayable Sonatine bureaucratique avec le pianiste , qui interprète deux des célèbres Gnossiennes. La première Gnossienne est également transformée en une subtile transcription pour guitare sous les doigts inspirés de Sébastien Llinarès, qui gratifie le public d’un solaire Rafaga de Joaquin Turina.

, flûte solo à l’Orchestre National du Capitole, joue ensuite avec élégance et esprit la Sonate de Poulenc finement accompagnée par le piano de , avant de poursuivre par les pépites que sont deux Haïkus pour flûte, piano et violon du même Thierry Huillet.

revient avec Ilya Rashkovskiy pour évoquer les origines de la soprano avec une émouvante mélodie polonaise et une berceuse corse d’. Puis Ilya Rashkovskiy transmet toute la nostalgie slave de la Barcarolle de juin dans les rares Saisons de Tchaïkovski.

Le concert s’achève là lorsque tous les artistes sont revenus sur scène pour remercier Catherine Kauffmann-Saint-Martin en entonnant la Barcarolle des Contes d’Hoffmann d’Offenbach, avec la complicité du public, sous la direction de . Un final en apothéose extrêmement touchant pour l’amour de la musique avec par dessus-tout, la valeur suprême de l’amitié.

Crédit photographique © Alain Huc de Vaubert et Jean-Jacques Ader

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