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L’ombre d’Alma Mahler plane sur Isabelle Druet

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Alma Mahler (1879-1964) : Lieder ; Claude Debussy (1862-1918) : Pelléas et Mélisande Symphonie ; Alexander von Zemlinsky (1871-1942) : Six mélodies op. 13 sur des poésies de Maurice Maeterlick. Isabelle Druet, mezzo-soprano. Anne Le Bozec, piano. Orchestre Victor Hugo Franche-Comté, direction : Jean-François Verdier. 1 CD Klarthe Records. Enregistré en juillet 2014 au conservatoire à rayonnement régional du Grand Besançon. Notice trilingue. Durée : 71’

 

k026couvNous avions assisté aux prémices de ce disque lors de l’édition 2016 du festival de Besançon où la mezzo-soprano et l’orchestre Victor Hugo Franche-Comté avaient révélé une prestation spécialement brillante. Ce ne sera pas la qualité des interprètes qui sera la cause de notre déception mais plutôt une programmation ancrée dans une thématique franchement simpliste et des arrangements dont la pertinence ne semble pas toujours évidente.

C’est qu’il nous a fallu un certain temps pour comprendre la ligne directrice de cette programmation ! « Un album autour de la Femme » : trop facile comme thématique qui pourrait englober toute œuvre lyrique sans vraiment chercher bien loin. Mais pourquoi ne pas avoir intitulé ce disque Alma plutôt que Muses ? N’est-ce pas encore et toujours une perception réductrice du rôle de la Femme dans la musique classique alors qu’un mouvement pour faire remonter à la surface un « matrimoine musical » est en marche depuis un certain temps déjà, porté notamment par la musicologue Florence Launay. Pourquoi limiter la Femme a un rôle d’inspiratrice alors que ce disque aurait pu devenir la revanche d’une compositrice dont l’époque n’autorisait pas à la création musicale féminine de véritablement s’épanouir ? était effectivement une muse, lui dédiera par exemple son Concerto à la mémoire d’un ange, mais forte de l’enseignement d’Alexander Zemlinsky dont six mélodies sont présentées dans ce disque, elle composera plusieurs Lieder avant que son mari la contraigne à réfréner ses ambitions artistiques (de peur de la concurrence ?). En débutant par quatre d’entre eux (seuls quatorze Lieder d’ ont été conservés à ce jour), en enchaînant par Pelléas et Mélisande créé l’année de son mariage, puis en terminant cet enregistrement par six mélodies de son maître : tout semblait cohérent pour révéler une compositrice de haute qualité dont l’inspiration se rapproche plus de son ancien professeur que de la musique de son mari.

Mais les quatre Lieder sont ici orchestrés par David et …. Pour Pelléas et Mélisande, c’est un assemblage des pages les plus marquantes de la partition de Debussy réalisé par qui sera déroulé durant une vingtaine de minutes… Le plus étonnant reste les six mélodies de Zemlinsky exécutées dans un premier temps dans une version pour chant et piano pour enchaîner directement par une autre version orchestrale de . Alors que l’orchestre Victor Hugo Franche-Comté sous la direction de est irréprochable, ces arrangements sans véritable originalité n’apportent aucune valeur ajoutée à ces œuvres. Souvent fades et pauvres en reliefs sonores comme sur le plan dramaturgique, leur seul intérêt est de démontrer la belle sobriété du jeu pianistique d’ qui nous avait déjà interpellée dans les Mélodies de la Grande Guerre, en totale osmose avec le timbre cuivré d’ dont l’engagement narratif est total. De brillants interprètes n’est pas le seul gage de réussite.

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