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L’heureuse alliance de la voix et de l’instrument avec les Kapsber’girls

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Archives nationales – Hôtel de Soubise. 26-XI-2016. Œuvres de Hieronymus Kapsberger (1580-1651), Alessandro Piccinini (1566-1638), Giovanni Batista Vitali (1632-1692), Gaspar Sanz (1640-1710), Tarquinio Merula (1595-1665) et Barbara Strozzi (1619-1677). Les Kapsber’girls : Alice Duport-Percier, soprano ; Axelle Verner, mezzo-soprano ; Barbara Hünninger, viole de gambe et basse de violon ; Albane Imbs, guitare et archiluth.

1469107481Un nom qui claque, deux chanteuses et deux instrumentistes, du charme, de l’assurance, et beaucoup de talent : voici les Kapsber’girls, un tout jeune ensemble issu du CNSMD de Lyon, présenté par Jeunes Talents à l’Hôtel de Soubise.

Contrairement à ce qu’elles ont donné récemment à Vanves, les quatre jeunes femmes nous emmènent dans une Italie du XVIIe siècle qui a déjà connu la révolution monteverdienne. Kapsberger, ce compositeur à la manière si particulière et si recherchée, surtout connu pour ses pièces instrumentales, s’y inscrit à sa manière. Les Kapsber’girls nous rappellent en effet qu’il a aussi écrit pour la voix (cf. son recueil Li Fiori), notamment des vilanelles d’un style brillant où le texte a la primauté. Mais fort heureusement, d’autres compositeurs plus ou moins contemporains sont aussi à l’honneur, tels (Espagnol actif en Italie), (précurseur du violoncelle) ou encore , une des rares femmes compositrice de cette époque à être passée à la postérité. Un des temps forts du concert est ainsi un long air de , Su la cetra amorosa, construit sur une basse obstinée de six notes. Le programme, structuré en séquences de deux à quatre pièces tant vocales qu’instrumentales, souvent enchaînées, offre ainsi un florilège réjouissant et varié.

Les deux chanteuses laissent voir de grandes qualités, dans un répertoire qui leur convient à merveille. Leurs voix sont complémentaires, davantage timbrée chez la mezzo , plus claire chez , joliment expressive chez les deux. Elles s’accordent parfaitement en duo (très beau Non sà que sia dolor de Kapsberger), mais brillent aussi individuellement. On sent une volonté de privilégier la justesse de ton plutôt que la virtuosité, l’expression des sentiments fins plutôt que la théâtralité surjouée, même si les deux chanteuses font preuve d’une grande agilité dans les ornements, et sont capables de puissance afin de rendre des sentiments exacerbés (ainsi la soprano dans l’air de Merula).

Les deux instrumentistes ont une place tout aussi voire plus importante. joue alternativement de la viole de gambe et d’une basse de violon de taille moyenne que nos esprits classificateurs modernes qualifieraient d’hybride mais qui n’était au XVIIe siècle nullement une exception (quatre cordes mais avec frettes, et tenue de l’archet par en-dessous). passe avec aisance d’une guitare baroque à un archiluth, créant ainsi toutes les combinaisons possibles entre les quatre instruments. De nombreuses pièces leur sont réservées, des solos aux cordes pincées (de Kapsberger bien sûr, mais on retient avant tout l’éblouissant et virtuose Canarios de Sanz), mais surtout des duos, tous plus réjouissants les uns que les autres, notamment l’arrangement d’une chaconne de Piccinini pour archiluth et basse de violon. Mais au-delà du temps de jeu et du poncif sur la basse qui stabilise, on sent que les deux instrumentistes ont un rôle primordial au sein de l’ensemble. L’équilibre global entre voix et instruments est à souligner, non seulement en ce qu’il permet de mettre en valeur toutes les qualités individuelles, mais aussi en ce qu’il permet une véritable osmose, celle qui est le but ultime de la musique. À cet égard, les Kapsber’girls vont dans le meilleur des sens.

Crédits photographiques :  © Baptiste Vignasse ;  © DR ; © DR ; © Bertrand Bayle

 

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