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Jordi Savall et le Concerto Copenhagen convoquent les éléments

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Bruxelles. BOZAR. 26-XI-2016. Matthew Locke (1621-1677) : The Tempest. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto pour violon, en mi bémol majeur, “La Tempesta di mare”, op. 8/5. Georg Philipp Telemann (1681-1767) Ouvertüren-Suite « Hamburger Ebb und Fluth » . Jean-Fery Rebel (1666,-1747) : Les Éléments, symphonie nouvelle pour 2 violons , 2 flûtes, basse ou clavecin solo. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Indes Galantes : Air pour les Zéphirs, Orage, Air pour Borée et la Rose. Les Boréades : Entrée, Les Vents, Contredanse très vive. Hippolyte et Aricie : Tonnerre. Zoroastre : Contredanse. Anonyme : Bourrée d’Avignonez. Concerto Copenhagen, direction : Jordi Savall.

Jordi Savall - Pleyel 15 01 2011 © David Ignaszewski, l’un des maîtres actuels de la viole de gambe officie ce soir à BOZAR en tant que directeur de l’orchestre de musique ancienne Concerto Copenhaguen. Cette conjonction des talents, cet esprit baroque brillant et chaleureux, a permis ce soir l’irruption dans la salle Henri Leboeuf, des éléments déchainés.

A la manière figuraliste, le programme est effectivement organisé de façon thématique autour du thème des éléments souvent saisis du reste dans leur aspect le plus tempétueux. On reconnaitra des œuvres enregistrées auparavant par dans Tempêtes, Orages et Fêtes Marines ou encore l’Orchestre de Louis XV. Le maestro, qui entre sous des applaudissements nourris, dirige sans baguette, avec des geste souples et lisibles.

La Tempête de servit de musique de scène pour l’œuvre de Shakespeare. L’orchestre l’exécute avec un tempo très marqué ce qui, de prime abord, peut donner le sentiment d’une certaine lourdeur mais lorsque l’on s’y attarde, cela met en exergue le caractère de danse de ces pièces. Ces contrastes sont finalement bien dans l’esprit de la musique baroque. Dans les mouvements plus enlevés, il imprime une force d’inertie propre à faire décoller les danseurs. Les musiciens eux-mêmes ondulent comme des roseaux sous les notes qu’ils font surgir.

Comme lors de représentations précédentes de cette pièce avec le Concert des Nations, Jordi Savall confie les clefs de l’orchestre au prodigieux premier violon Frederic From pour La Tempesta di Mare. Les intonations sont très justes, on vit un voyage haletant sur les crêtes des vagues. Le violoniste lance des phrases touchantes à souhait. Ils ont pénétré cette touche de mélancolie qui, chez Vivaldi, couve sous les phrases virtuoses. Le volume sonore produit par les instruments à cordes baroques est un peu moindre mais on y gagne en chaleur, en richesse des timbres et en rondeur des sons.

Après l’entracte vient une pièce de Telemann, la suite « Wassermusik » composée pour le centenaire du Collège de l’Amirauté de Hambourg. L’œuvre fait la part belle aux vents et ce sont les divinités marines antiques qui président à la plupart des danses.

On note la présence amusante sur scène d’un éoliphone – sorte de gros rouleau actionné par une manivelle et recouverte d’une toile qui, par frottement, simule le bruit du vent – qui nous fait voyager à cette époque des machineries de spectacle. Il n’égalera cependant pas le travail de l’excellent percussionniste pour restituer les bruits de vent et de tempête.

La troisième œuvre abordée, Les Élément de , oeuvre fascinante composée en 1737, est d’une modernité frappante. Le compositeur affranchit sa musique de la tutelle littéraire, la musique trouve son sens par elle-même et non plus seulement en s’adossant à un propos lyrique. De ses propres dires, il brise en effet les conventions formelles de l’époque. Ainsi, les flûte évoquent le murmure de l’eau, tandis que les basses dépeignent la terre. Les petites flûtes se font aériennes et les violons fougueux incarnent le feu. A l’ouverture et ses étonnantes dissonances exprimant Le Chaos – une pièce antérieure aux Éléments puis intégrée comme ouverture – succèdent les morceaux de danse moins déroutant mais très appréciés, ponctués de quelques mouvements de fantaisie. Les échanges des instruments alertes, colorés, fournissent une grande profondeur sonore aux différents mouvements.

Le programme touche à sa fin avec une sélection d’extraits de plusieurs opéras du grand Rameau. Ils sont joués avec beaucoup de caractère. Le démontre la réunion de ses individualités marquées visiblement liées dans une excellente complicité. Kate Hearn passe avec aisance du violoncelle baroque à la flûte, Dohyo Sol alterne chitarrone et guitare baroque dont il use par touches légères et gracieuses.

Le concert se clôt de façon généreuse avec deux bis issus du répertoire du maestro : une Bourrée d’Avignonez suivie de la « Contredanse très vive » extraite des Boréades où, dans un petit exercice rodé, le chef amusé, qui sait que le public est un grand enfant, l’invite à accompagner des mains quelques mesures rythmiques. Il n’en fallait pas davantage pour achever d’enflammer les spectateurs qui se fendront d’une standing ovation.

Crédit photographique : Jordi Savall © David Ignaszewski

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