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Vladimir Jurowski à la Cité de la Musique, classique et dynamique

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, Salle des concerts – Cité de la Musique. Franz Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 59 « Le Feu » ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n° 17 KV 453 ; Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 5 D 485. Piotr Anderszewski : piano ; Chamber Orchestra of Europe ; direction : Vladimir Jurowski.

jurowski_vladimir_2013a_pc__roman_gontcharov_72 dirige un beau programme classique culminant avec Schubert.

Le public parisien a ses mystères. Pourquoi un tel concert, offrant un ensemble prestigieux, un chef de grand talent et pas si fréquent à Paris, avec un programme stimulant sans être déroutant, n’affiche-t-il pas complet ? La tarification n’atteint pourtant pas les sommets que le moindre orchestre invité justifie dans les autres salles parisiennes : ici comme souvent, ce sont en tout cas les absents qui ont tort.

La longue première partie du concert laisse pourtant quelques regrets. Pas du côté de l’orchestre, dont les bois, en particulier, sont à la fête, chez Mozart comme chez Haydn. Mais la direction de , interprète inspiré du XXe siècle, ne trouve pas toujours le ton de ces chefs-d’œuvre de l’esprit viennois. Jurowski prend bien soin de leur donner toute la vivacité qu’ils appellent, mais à force d’exagérer les carrures, l’humour et l’entrain de Haydn passent au second plan : les flammes du premier mouvement paraissent ici plus insistantes que capricieuses. Mais il y a des compensations : le son de l’orchestre est chaleureux, avec des cordes riches en couleurs, et on ne peut accuser Jurowski ni de la brutalité de certains suiveurs baroqueux, ni de la solennité de plomb de certains tenants de traditions mal comprises.

Dans le concerto de Mozart, fait cependant preuve d’une qualité qui caractérise également au plus au point le travail de Jurowski : chaque note, chaque inflexion, chaque ornement est pris au sérieux, avec une virtuosité qui ne cherche pas à se cacher. Une telle minutie pourrait tourner au maniérisme, mais le pianiste s’arrête à temps – du moins jusqu’au bis, une sarabande de Bach méconnaissable à force d’intentions accumulées.

Une fois l’entracte passé, toutes ces réserves fondent devant un Schubert admirable de détail, d’intelligence musicale et de beauté sonore. Jurowski ne s’amuse pas à exagérer les tempi – le premier mouvement, et certaines parties du troisième, sont même plus lentes que ce qu’on entend généralement, mais cette modération est habitée avec une intensité aussi grande que dans les passages les plus échevelés de Prokofiev. C’est une question d’expressivité, mais une expressivité qui naît de la partition plutôt que d’effets extérieurs. Le propos est pour autant net, clairement structuré, et l’éloquence ne le cède pas à cette ambition expressive. Vladimir Jurowski n’est pas qu’un spectacle visuel (ce qu’il est aussi), c’est dès aujourd’hui l’un des plus passionnants artistes de la direction d’orchestre.

Photo : Roman Gontcharov

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