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Le Quatuor Béla mis à l’honneur à Perpignan

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital, Spectacles divers

Perpignan. Festival Aujourd’hui Musiques 26 et 27-XI-2016.
26-XI : Carré
Henri Dutilleux (1916-2013) : Quatuor à cordes Ainsi la Nuit; Frédéric Pattar (né en 1969) : Quatuor n°2; Claude Debussy (1862-1918) : Quatuor à cordes. Quatuor Bela
27-XI : Le Grenat
Spectres, spectacle chorégraphie/musique; direction artistique Josette Baïz. Cie Grenade; Quatuor Bela; musique de John Oswald (spectres), de George Crumb (Black Angels), György Kurtag (Microludes), Benjamin Britten (Quatuor n°3, mvt 2), Alfred Schnittke (Quatuo n°2; mvts 1 et 2).
scénographie et lumière Hervé Frichet; sonorisation et régie-son Emile Martin; costumes Julie Yousef et Josette Baïz.
26 et 27-XI : Avant-concert; Verrière d’accueil
Alexander Vert (né en 1976) : Daydream pour vibraphone et électronique; Lara Morciano (né en 1968) : Philiris pour piano, électronique et captation live.

QUATUOR BELALe , une phalange de quatre garçons qui compte aujourd’hui parmi les plus actives de la scène internationale, était à l’honneur durant le dernier week-end du festival Aujourd’hui Musiques au Théâtre de l’Archipel de Perpignan : en concert d’abord, dans l’espace bien sonnant du Carré, avec trois œuvres phares de leur répertoire. Puis en spectacle, avec la de dans Spectres pour danseurs et musiciens, une féerie de gestes créée au Festival d’Aix-en-Provence 2015 et reprise ce soir dans la grande salle du Grenat.

Seuls en scène le premier soir, les Béla ont choisi un programme aussi riche qu’exigeant. Ainsi la nuit qui débute le concert est l’unique quatuor d’, une pièce d’un seul tenant où le compositeur travaille l’organicité de la forme et la plasticité de son matériau. On admire le rendu fin et sensible de la matière sonore sous les archets des quatre musiciens qui maîtrisent les moindres détails de l’écriture. Ils communiquent tout à la fois le mystère et l’étrangeté d’une trajectoire aux textures très contrastées. Plus risqué encore et très spectaculaire, le Quatuor n° 2 de est habité de bruits étranges et de configurations inouïes. Avec une étonnante aisance du geste, les Béla nous conduisent très sûrement dans ce labyrinthe sonore dont on ne ressort pas indemne. Unique également dans le catalogue du compositeur, le Quatuor de Debussy datant de 1893 est une oeuvre de relative jeunesse. Sous les archets des Béla, le premier mouvement file droit, dans l’énergie du geste et l’acuité des lignes. Les rythmes et les couleurs y sont rendus avec délicatesse et subtilité. La cinétique sonore est étonnante dans le deuxième mouvement où l’interprétation n’a rien perdu de sa pudeur et de sa précision. Avec les cordes en sourdine, le mystère plane et l’émotion affleure dans le superbe troisième mouvement où l’alto chaleureux de est relayé par le jeu tout en finesse de au violon. Avec l’énergie déployée par les quatre musiciens dans le finale, le quatuor s’achève dans une éblouissante clarté.

spectres-cie-grenadejosette-baiz-quatuor-bela-cecile-martini-15Féerie de moments suspendus

C’est la chorégraphe qui sollicite les Béla pour ce spectacle sur le thème du spectre où elle souhaite créer un lien direct entre musique et danse. Le choix des musiciens se porte sur six œuvres rejoignant d’une manière ou d’une autre la thématique du fantôme : citons le quatuor électrique de Black Angels de George Crumb avec son étrange harmonica de verre, les Microludes de Kurtag, tout en apparitions furtives, des extraits du Quatuor n° 3 de Benjamin Britten, un compositeur attiré par les histoires de fantômes ou encore Spectres du Canadien pour quatuor et électronique qui embrase l’espace sonore au tout début de la soirée. Autant de suggestions pour les sept danseurs de la , épatants et tout de blanc vêtu, qui réagissent aux stimuli sonores et partagent souvent l’espace scénique avec les musiciens. Au milieu de la performance, ces derniers posent leur instrument et rejoignent les danseurs pour une séquence chorégraphique fort réussie, rythmée par le seul mouvement métronomique. Les lumières d’Hervé Frichet, jouant avec les ombres portées et la spatialisation du son d’Émile Martin peaufinent un spectacle qui nous tient en haleine plus d’une heure durant.

En avant-concert, deux créations commandes du Festival

Les deux pièces données en avant concert dans la verrière d’accueil, dans le cadre des manifestations quotidiennes et gratuites du Festival, sont des commandes d’Aujourd’hui Musiques. Dans Daydream pour percussion et électronique d’, les nappes de son très étales qui déferlent doucement sont rehaussées d’une percussion scintillante – au vibraphone – invitant l’auditeur à une écoute immersive. Dans Philiris, la compositrice italienne est au piano, portant des gants munis de capteurs qui permettent la modulation/transformation du son en direct via les logiciels de l’ordinateur – aux manettes . Après une première partie hautement virtuose sur le clavier du piano, la compositrice procède à une investigation furioso dans le corps de l’instrument, libérant un flot de résonances bruitées qui impressionnent. Le son du piano dans la dernière partie exécutée au clavier est comme dissout dans un nuage électronique.

Crédits photographiques : (c) Sylvain Gripoix ; Spectres / Cie Grenade/ Josette Baiz / (c) Cécile Martini

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