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Fêtes et divertissements ou l’art de gouverner au château de Versailles

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Versailles. Château de Versailles. Exposition : Fêtes et divertissements à la Cour. Du 29 novembre 2016 au 26 mars 2017.

8316-500x334Les commissaires de l’exposition « Fêtes et divertissements à la Cour » (ouverte jusqu’au 26 mars 2017) Béatrix Saule, Elisabeth Caude et Jérôme de La Gorce, se sont donnés pour mission d’entraîner « au cœur de la fête » chaque visiteur du château de Versailles. Même si l’immersion n’est pas totale, en raison d’une thématique démesurée, un grand nombre de dispositifs qui rythment ce parcours sont ingénieux et ludiques. Les « douches sonores », les restitutions 3D et les constructions grandeur nature de machineries de théâtre destinent cette nouvelle exposition à un véritable succès.

Dès son arrivée, le visiteur côtoie le divertissement royal et aristocratique par excellence : la chasse à courre ou à tir. Dans une ambiance tamisée, le son des trompes de chasse (art reconnu depuis 2015 au patrimoine culturel immatériel de la France) résonne au rythme de La Louise Royale, morceau écrit par le marquis de Dampierre et interprété par Le Débuché de Paris. Entourés des trois impressionnantes tentures des chasses de Louis XV de Jean-Baptiste Oudry, des instruments de musique trônent dans la vitrine : un cor de chasse semi-circulaire en cuivre jaune de Raulin Ier (actif en 1611) ou Raulin II (1643-1670) datant du premier tiers du XVIIe siècle ; une trompe de chasse à triple enroulement de Johann Wilhelm Haas et une autre « à la dauphine » (trompe en cuivre de deux tours et demi). Une trompe « à la dampierre » (soit le marquis vu plus haut) complète cette belle collection. Même si le parti pris est plutôt tourné vers les chiens de chasse (un pan de mur entier leur est consacré) et les dames de la Cour, participantes actives comme la Duchesse de Bourgogne à la chasse au faucon (huile sur toile de 1700 attribuée à Pierre Denis Martin) ou Marie-Antoinette à la chasse à courre (huile sur toile de 1783 de Louis Auguste Brun), la partition de fanfares de chasse de (1652-1730) est une belle source de première main pour comprendre l’omniprésence de la musique dans cette activité sportive.

716530-500x428Tout Versailles est lieu de théâtre

Après la « douche sonore » champêtre, particulièrement plaisante, la partie suivante de l’exposition consacrée aux lieux de divertissement où la scénographie se construit selon un parfait équilibre entre plusieurs vidéos et le gigantesque décor du temple de Minerve, le plus ancien décor de théâtre à l’italienne au monde, entièrement restauré pour l’occasion.

Belle prouesse que ces reconstitutions en trois dimensions de lieux de spectacle provisoires ou aujourd’hui disparus ! À partir d’un dessin de Jules Hardouin-Mansart, la loge de Louis XIV de la Comédie de la cour des Princes reprend forme sur écran géant. Salle éphémère pouvant accueillir de 250 à 350 personnes, elle est reconstituée dans son état originel et celui de sa transformation sous Louis XV où la salle se dote d’une fosse pour l’orchestre, caractéristique que l’on retrouve dans la Comédie de l’aile Neuve en 1785. Mais les inventivités techniques spectaculaires se trouvent particulièrement dans les salles modulables : à coup de crics à manivelle ou à levier, l’Opéra Royal et le théâtre de la Reine à Trianon se métamorphosent.

Créé en 1754, le décor du temple de Minerve conçu pour la reprise de Thésée de Quinault et (c’est le premier décor des six édifiés pour cette pièce), est présenté dans sa totalité sur une scène reconstituée à laquelle le visiteur accède à loisirs pour découvrir sa construction à plans successifs destinée aux effets de perspective. Celui-ci permet de faire le lien avec l’espace consacré à la comédie dans sa vision la plus large, incluant de cette manière la comédie italienne ou française, les opéras ou les opéras ballets ainsi que les tragédies classiques. La scénographie est ici bien plus traditionnelle avec les portraits les plus connus de Rameau (par Jacques André Joseph Aved) et de Gluck (par Joseph Siffred Duplessis) surplombant des partitions manuscrites ou des esquisses de projets de costumes. Alors qu’un casque de scène en papier mâché peint et doré trône au centre, le décor de l’acte II de Zémire et Azor témoigne de l’étroitesse du plateau de la salle à la comédie ordinaire de 1682 à 1785.

uneLes pièces les plus spectaculaires de l’Opéra se situent dans la dernière étape du parcours dédiée aux « effets du merveilleux. » Bien présent dans les fêtes Louis-quatorziennes, le merveilleux se perpétue dans l’Opéra français jusqu’à la fin de l’Ancien Régime en transportant dans les airs les héros et les dieux, en actionnant les monstres et en produisant éclairs et tonnerre. À partir des dessins d’intention de Berain et de Boullet, ce sont des reconstitutions grandeur nature de la salle du festin de 1668, de la machinerie « Phantôme de feu » (trappe à tiroir et tampon d’apparition) et d’une marotte (dissimulé dans la robe, un comédien déploie au moyen d’un bâton, le col de la marotte en se déplaçant), qui seront l’apothéose de cette exposition. Fabriquée dans la tradition des Menus-Plaisirs, la nacelle entourée de nuages animés par une machine d’aplomb qui descend sur scène et dévoile une divinité apparaît comme un feu d’artifice.

La musique et la danse, arts ordinaires à la cour

Après une incursion parmi la salle de jeu et les divertissements extérieurs (extraordinaire traineau en forme de léopard et amusante petite calèche du dauphin futur Louis XVII !), les concerts des appartements et concerts de La Reine agrémentent notre déambulation. Il est amusant de retrouver « en bois et en cordes » les instruments de musique représentés dans les différentes huiles sur toile ! C’est donc en binôme que les peintures de Jean-Marc Nattier (1685-1766) et les instruments de la Cité de la musique se côtoient pour rappeler la pratique personnelle des membres de la famille royale : Louis XIV à la guitare, Madame Henriette à la basse de viole, Madame Adélaïde au violon et Marie-Antoinette à la harpe. Propriété du musée de Vendôme depuis 1904, la harpe de la Reine conçu par le luthier Naderman en 1774 a été prêtée au château le temps de cet événement. Le violon de Madame Adélaïde du luthier napolitain Niccoló Gagliano décoré de fleurs de lys et la somptueuse guitare de Marie-Thérèse de Bourbon-Condé en sapin agrémentée d’ivoire, d’ébène de nacre et d’écaille sur fond de papier rouge, sont le point d’orgue de cette étape.

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Comme au temps de la monarchie, les réjouissances se terminent par l’exercice du bal, démonstration souvent périlleuse pour les hôtes de la famille royale qui apprenait cet art dès leur plus jeune âge. Réservés aux grandes occasions, les bals parés, plus réglés encore que les bals d’appartement, s’apparentent bien à un spectacle où seuls très peu d’invités avaient l’honneur de danser sous le regard critique des autres convives. Comme pour un ballet, cette prestation est précédée de longues répétitions afin d’éviter tout faux pas.

Sous le parfum d’un éventail proposé sur l’un des bancs de la salle et inspiré du XVIIIe siècle, une vidéo diffuse les différentes danses s’inscrivant dans ce rituel. Le bal s’ouvrait ainsi généralement par des danses collectives, le branle sous Louis XIV puis la Gavotte. Suivaient les danses de couples que les contredanses plus ludiques supplantent à partir des années 1750 en défaveur des menuets. Comme l’atteste les graphiques de danse baroque de l’artiste renommé de l’Opéra et maître à danser du jeune Louis XV, Claude Balon, c’est un art à part entière spécifique au royaume qui faisait lieu de divertissement.

Les bals costumés ou masqués se développent quant à eux sous Louis XV et sont ici représentés par le plus célèbre d’entre eux, le bal des ifs donné dans la Grande Galerie de Versailles la nuit du 25 au 26 février 1745 à l’occasion du mariage du Dauphin, fils de Louis XV avec Marie-Thérèse-Raphaëlle d’Espagne. Sur une large toile de cinéma, le dessin de Charles Nicolas Cochin le Jeune prend vie, transformant notre imaginaire en réalité, tout comme le reste de l’exposition.

Crédits photographiques : Décor de théâtre : Temple de Minerve ; Vue de l’Opéra royal de Versailles ; Contredanse lors d’un bal particulier, dit « Le Bal paré » © château de Versailles ; Bal masqué donné pour le mariage du Dauphin, aquarelle de Charles Nicolas Cochin le Jeune, vers 1745 © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michèle Bellot

 

 

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