tous les dossiers(1)

A Genève, Marek Janowski durcit Bruckner

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Genève. Victoria Hall. 19-XII-14. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 8 en fa majeur, op. 93. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 3 en ré mineur A.94 dite « Wagner-Symphonie ». Richard Wagner (1813-1870) : Ouverture de l’acte 3 des Meistersinger von Nürnberg. Rundfunk-Symphonieorchester Berlin, direction : Marek Janowski.

marek-janowski_0Quatre ans après avoir fait ses adieux à un Orchestre de la Suisse Romande admirablement reconstruit, revient à Genève à la tête de l’Orchestre Symphonique de la Radio de Berlin, orchestre avec lequel il a, entre autre, enregistré une intégrale des opéras de , dont un superbe Parsifal, et un magnifique Meistersinger von Nürnberg.

Dès les premières notes de la Symphonie n° 8 de , on reconnait la patte du chef allemand. Dirigeant sans partition, ne se perd pas dans d’inutiles mouvements de bras. Se contentant d’influer sur les passages les plus marquants, il semble laisser l’initiative à son orchestre. Ce n’est qu’une impression. Il veille à chaque instant sur la formidable machine orchestrale qu’il a portée aux sommets. Avec une précision incroyable, l’orchestre berlinois distille les phrases beethovéniennes avec énergie. Puis, d’un geste, reprend sa direction et impose une nuance, un trait qu’il indique d’un mouvement minime du corps, d’un regard impératif, évident, incontestable. Ainsi, après un brusque silence, une reprise pianissimo il donne une ampleur nouvelle à son discours musical. Le deuxième mouvement met en évidence la qualité des violoncelles. Alors que tout semble couler magnifiquement, jusqu’au léger couac d’un cor au début du troisième mouvement déstabilisant soudain la belle machine orchestrale. Probablement décontenancé par cet incident, semble perdre momentanément le propos de sa direction. Dès lors, il apparait moins inspiré qu’au début. Réagissant à ce petit accroc, le chef allemand empoigne alors l’ultime mouvement avec une puissance presque excessive asséchant par-là ses cordes. Mais le discours de la musique et la rigueur imposée mènent l’orchestre vers une conclusion flamboyante.

Avec cette superbe entrée en matière, l’espoir grandit à la venue de cet épisode brucknérien dont Marek Janowski s’est fait le spécialiste. Le Rundfunk-Symphonieorchester Berlin, toujours aussi précis, lancé dans une certaine dureté des cordes reste passionnant avec des contrastes qu’il est capable de jouer avec une extraordinaire maîtrise. Admirable par le soin qu’il donne à ce que chaque note soit jouée. Moins émouvant que lors de son interprétation d’avec l’Orchestre de la Suisse Romande (en concert, comme au disque), Marek Janowski construit cette Symphonie n° 3 comme un monument. Parfois poussant son orchestre dans l’excès, presque dans le bruit, il le ramène soudain dans de grandioses couleurs avec une formidable capacité de faire avancer la musique vers une énergie contrôlée et un déluge sonore de chaque instant. Alors qu’avec l’Orchestre de la Suisse Romande le chef allemand avait une approche totalement romantique, avec le sa vision apparait plus germanisante, plus analytique. D’aucuns, comme votre serviteur, auront préféré son approche plus poétique à la vision actuelle du chef allemand, vision probablement plus réfléchie mais moins seyante.

Crédit photographique : (c)  Kairos Music

Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.