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Anna Netrebko retrouve le Macbeth controversé de Martin Kušej

La Scène, Opéra, Opéras

Munich. 18-XII-2016. Bayerische Staatsoper. Macbeth, Opéra en 4 actes de Giuseppe Verdi sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Martin Kušej. Décor : Martin Zehetgruber. Costumes : Werner Fritz. Lumières : Reinhard Traub. Avec : Franco Vassallo, Macbeth ; Anna Netrebko, Lady Macbeth ; Ildebrando d’Arcangelo, Banco ; Yusif Eyvazov, Macduff ; Dean Power, Malcolm ; Selene Zanetti, Dame de Lady Macbeth. Chœur et orchestre du Bayerische Staatsoper, direction : Paolo Carignani.

macbeth_a-_netrebko_c__w-_hoesl_Le public s’est déplacé des quatre coins de l’Europe pour (ré)entendre la Lady Macbeth d’ à Munich dans la toujours très controversée production de Martin Kušej. Bien lui en a pris tant la soprano y est apparue souveraine et au sommet de ses moyens.

Le livret du Macbeth de Verdi est assez proche de la pièce de Shakespeare qui inspire souvent beaucoup les metteurs en scène. D’inspiration, n’en manque pas, mais sa proposition choc laisse une impression contrastée car pas toujours aisée à suivre. Surchargée d’une symbolique pas toujours compréhensible, cherche avant tout les ambiances et les impressions. Et ces dernières sont fortes, entre la mer de crâne, les cadavres suspendus par les jambes, les enfants sorcières tout droits sortis du village des damnés (Wolf Rilla, 1960) et la saisissante scène de somnambulisme où lady Macbeth chante ses dernières phrases plongée dans l’obscurité avant de disparaître dans une forêt d’éclairages à la lampe torche. Malheureusement, à force de vouloir choquer à tout prix, la mise en scène se transforme en un abécédaire du Regietheater (éclairages blafards, sacs plastique et métal, le chien qui ramasse la tête de Banco, les figurants qui défèquent …) qui finit par susciter l’agacement et les rires du public qui n’hésite pas à siffler et invectiver durant la représentation. Dommage car l’esprit shakespearien est plutôt bien respecté et la puissance évocatrice du spectacle est stupéfiante.

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fait du couple Macbeth de jeunes gens opportunistes, pas vraiment méchants mais dépassés par leur ambition dévorante. Comme dans beaucoup de productions, c’est la lady Macbeth qui domine. poursuit son exploration du personnage qu’elle a mis à son répertoire depuis deux ans, entamant un virage vers des rôles plus dramatiques. Lady Macbeth est l’un des rôles les plus difficiles du répertoire car il nécessite beaucoup de qualités qui peuvent paraître antinomiques. Il faut avoir un sens déclamatoire affirmé pour la lecture de la lettre, une technique belcantiste pour aborder les air et cabalettes du I et le Brindisi, de beaux graves et un souffle infini pour assumer le final et son redoutable contre-ré bémol. Oserait-ont dire qu’Anna Netrebko a toutes ces qualités qui correspondent schématiquement à celles d’une soprano dramatique colorature (si cela existe réellement) ? Dès le Vieni ! T’afretta, on est frappé par l’opulence de la projection non seulement dans les aigus mais aussi dans les graves, progressivement devenus plus denses et sonores. La maitrise des trilles fait apparaître une technique irréprochable qu’elle a conservée de sa première carrière. Les variations proposées semblent indiquer que le personnage a muri. Dominatrice et insatiable, sa présence fascine et sa lady est plus inquiétante et crédible qu’à ses débuts ou qu’au disque. Le Brindisi, plus léger, est toujours parfaitement assumé quand La luce langue, aux tonalités crépusculaires, impressionne par son intensité. Enfin, le sommet est atteint par une scène de somnambulisme où Anna Netrebko, titubante sur les cranes délivre un chant incarné et signifiant couronné par un contre-ré bémol spectaculaire bien que légèrement vacillant. L’idéal n’est pas de ce monde, mais il est évident que c’est peut-être l’une des chanteuses qui s’en rapproche aujourd’hui le plus.

A ses côtés, campe un Macbeth faible et fragile. Ses premières interventions, pas toujours justes, laissent craindre le pire mais la suite le trouve en meilleure forme. Le baryton bénéficie d’un timbre chaud et clair, d’une belle projection et d’un legato fluide qui lui permettent de ciseler ses phrases et de fouiller son personnage jusqu’à le rendre parfois très attachant dans son égarement. Ses interventions sont particulièrement élégantes (ce qui devient rare dans ce rôle) et son Pietà, rispetto, amore est bouleversant d’abandon et de résignation.

Le Banco d’ est plus routinier. La voix est assurément belle, très virile et bien projetée mais il n’y a aucun mordant dans les graves, aucune autorité dans le phrasé qui pourrait en faire un personnage menaçant pour le couple star.

Enfin le Macduff de compense un timbre peu séduisant par une vaillance dans les aigus et un engagement sans faille qui lui permettent de remporter un beau succès dans son très attendu ah paterna mano.

Après un début de soirée hasardeux, l’orchestre et le chœur se disciplinent et impressionnent par leur présence. Attentive aux chanteurs, la direction de nous est apparue souvent trop spectaculaire et univoque pour imprimer une réelle tension et des variations dans une partition charnière dans la carrière de Verdi et qui, comme le personnage de Lady Macbeth, est multiple.

Crédits photographiques : (c) Wilfried Hösl

 

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