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Aleatorio, création de Jean-Christophe Maillot pour les Ballets de Monte-Carlo

Danse , La Scène

Monaco. Salle Garnier de l’Opéra de Monte-Carlo. 17-XII-2016. Aleatorio. Chorégraphie et scénographie : Jean-Christophe Maillot. Musique : Concerto italien, Jean-Sébastien Bach, interprété par Alexandre Tharaud ; Composition originale de Bertrand Maillot. Lumières : Dominique Drillot. Costumes : Jean-Christophe Maillot et Jean-Michel Lainé. Vidéo : Alice Blangero, Grégory Sebbane.

Aaleatorio-dance-for-womanvec Aleatorio, fait la part belle à l’aléatoire et remet en question le caractère indissoluble du lien entre danse et musique. Associant trois pièces composées entre 2002 et 2015 qui explorent la thématique du rapport de couple, le chorégraphe leur donne un nouveau souffle et un nouvel éclairage.

Si Aleatorio est composé de pièces déjà existantes – Men’s dance (2002), Men’s Dance for Woman (2009) et Presque rien (2015) – ce n’est pas parce que n’a plus d’idées, nous rassure-t-il d’emblée ! Au contraire, c’est qu’il en a eu une nouvelle. Reprendre une chorégraphie, en lui attribuant une musique autre que celle pour laquelle elle a été créée.

L’idée est venue par hasard. « J’étais dans mon bureau, explique Jean-Christophe Maillot, avec un retour vidéo du studio et j’écoutais une musique de Mozart, qui n’avait rien à voir avec le ballet. Quand soudain, dans un moment de grâce, danse et musique se sont parfaitement accordées ». Cette adéquation aléatoire a fait réfléchir Jean-Christophe Maillot à l’emprisonnement d’une chorégraphie dans une musique particulière et lui a donné envie de la libérer de son carcan musical. C’est ainsi qu’en choisissant d’associer Men’s dance, Men’s Dance for Woman et sa dernière création Presque rien, Jean-Christophe Maillot décide de remplacer la Musique pour morceaux de bois de des deux premières pièces par le Concerto italien de Bach joué par . Le lien ? Le piano et une forme de pureté et de sobriété. Le résultat ? L’impression qu’une toute nouvelle pièce est née.

On peut considérer Aleatorio, recomposition ou réarrangement plus que création, comme l’approfondissement d’une écriture chorégraphique. Jean-Christophe Maillot, qui a à son actif près de quatre-vingt ballets, réfléchit à la question de l’enrichissement de la matière créée, pour la rendre plus pure, la débarrasser de ses scories, comme un peintre qui retravaille indéfiniment les nuances des couleurs d’un tableau. Le chorégraphe explique également être arrivé à un moment où il a eu envie de faire une pause dans les grands ballets narratifs et de remettre à l’honneur des pièces plus courtes et plus abstraites. Sans que cela ne préfigure un changement de cap pour l’avenir.

Comme son nom l’indique, Men’s dance est une pièce composée uniquement pour des garçons, treize en l’occurrence. Les costumes sont sobres : shorts, T-Shirts et chaussettes noirs ; le décor se réduit à un écran où sont projetées des images des jambes effilées de danseuses sur pointes. Jambes insistantes, sensuelles et enivrantes, elles semblent obséder les hommes dont elles motivent la danse. Elles reflètent l’« obsession » de Jean-Christophe Maillot pour les pointes, qu’il considère comme le prolongement de la jambe de la danseuse. La pièce est un mouvement d’ensemble, conduit par le rythme rapide et régulier de la musique de Bach. On peut regretter un certain manque de relief et de ruptures dans la chorégraphie, peut-être renforcé par le caractère répétitif du motif musical, et le caractère un peu trop évident du ressort de la danse masculine.

L’image de la femme forte, un brin dominatrice, s’affirme avec Men’s Dance for Woman. Ensemble de femmes, pendant et réponse à Men’s dance, Men’s Dance for Woman possède cependant un moteur moins évident. La musique est la même que pour Men’s dance, à dessein, et il est intéressant de voir que la perception est différente et combien il est difficile à l’oreille de s’affranchir du regard. La transition avec le duo final, Presque rien, est lancée par l’arrivée du danseur du duo qui ose s’aventurer au milieu de ces femmes. Celles-ci lui font face, sûres d’elles, comme une évocation moderne des Wilis, qui dans l’acte II de Giselle, repoussent et condamnent Hilarion.

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La dernière partie, Presque rien est un duo qui peut être compris comme la synthèse et l’aboutissement des deux ensembles précédents. Le duo explore les rapports de couple, constitués d’harmonie et de tensions, d’attraction et de répulsion. Il a été composé sur une musique de Bertrand Maillot, le frère de Jean-Christophe, à qui ce dernier a confié la tâche ardue d’écrire une musique sans musique ou une musique « sur rien ». La musique est donc composée de sons du quotidien, « naturels », tels que des gazouillis d’oiseaux, des grincements, craquements, bribes de racontars d’un vieil homme à la voix pâteuse. Ces sons du quotidien renforcent l’impression que le duo nous raconte le quotidien d’un couple. Mais la tension et la sensualité qui se dégagent dans les premières minutes du duo s’essoufflent un peu dans la durée, malgré la belle énergie des danseurs.

L’association de ces trois pièces comporte une cohérence thématique et stylistique indéniable. Néanmoins, malgré le travail sur les transitions, l’unité d’ensemble ne se fait pas complètement. Peut-être a-t-il manqué ce liant qui, comme dans un couple, permette la fusion et la parfaite harmonie.

Crédits photographiques: © Alice Blangero

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