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La Vie Parisienne envahit Lausanne

La Scène, Opéra, Opéras

Lausanne. Opéra. 23-XII-16. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Vie Parisienne (1873). Opéra-bouffe en 4 actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Waut Koeken. Costumes : Carmen Van Nyvelseel. Décors : Bruno de Lavenère. Lumières : Nathalie Perrier. Chorégraphie : Philippe Giraudeau. Vidéo : Etienne Guiol. Avec : Melody Louledjian, Gabrielle ; Marie Kalinine, Métella ; Brigitte Hool, La Baronne de Gondremarck ; Léonie Renaud, Pauline ; Carole Meyer, Léonie ; Elodie Tuca, Clara ; Béatrice Nani, Louise ; Philippe Talbot, Raoul de Gardefeu ; Christophe Gay, Bobinet ; Patrick Rocca, Le Baron de Gondremark ; Louis Zaitoun, Le Brésilien ; Stuart Patterson, Frick/Prosper ; Joël Terrib, Urbain/Gontran/Alfred ; Richard Lahady, Alphonse. Chœur de l’Opéra de Lausanne (Chef des chœurs : Jacques Blanc). Sinfonietta de Lausanne, direction musicale : David Reiland.

la-vie-parisienne-01Les grosses ficelles de La Vie Parisienne de Jérôme Savary présentées à Lausanne en 2005 sont encore dans les yeux des spectateurs quand s’ouvre le rideau sur cette nouvelle production. Alors qu’on riait assez grassement (quand on était certain de ne pas être épié par son voisin) sur les gags à deux balles du metteur en scène argentin, on sourit joliment au spectacle plus finement agencé de .

Le décor impressionnant d’une gare du début du siècle dernier avec une énorme pendule dont les aiguilles tournent à l’envers. Bobinet et Raoul attendent Métella, leur ex-maîtresse. Un joli désordre les entoure. Un ballet de passagers excités passant et repassant, la valise en main, pendant que des haut-parleurs diffusent des avertissements sur le retard d’un train, avec des références aux annonces de la SNCF, scelle d’emblée le caractère léger de cette Vie Parisienne de .

L’an dernier, notre collègue Michel Thomé assistait à l’Opéra du Rhin à cette production aujourd’hui reprise par l’Opéra de Lausanne. Ici, on reste sur les mêmes impressions quant au dynamisme insufflé par la mise en scène de . L’intelligent décor (Bruno de Lanenère), secondé par les belles projections vidéo (Etienne Guiol) réussit à faire passer le spectateur de la gare Montparnasse à l’hôtel de Quimper-Karadec ou aux appartements de Gardefeu en évitant les tombés de rideaux ou la perte du fil de l’intrigue.

Les différences avec le spectacle de Strasbourg se mesurent principalement au niveau orchestral et vocal. Dans la fosse, le semble à la peine avec le pétillant de la partition d’Offenbach. On regrette ses violons un peu mous, ses cuivres qui ne cuivrent pas. Peut-être le chef n’a-t-il pas trouvé la manière de donner l’énergie voulue à son orchestre.

Heureusement, les protagonistes ne ménagent pas leur vitalité. Ainsi, (Raoul de Gardefeu) et (Bobinet), un ténor aux aigus fort jolis et un baryton qui doit prendre garde à la projection vocale d’un instrument bien sonore mènent le début de l’intrigue avec entrain. Cependant, tout prend une autre dimension avec l’allant merveilleux de la soprano (Gabrielle) qui trouve ici un rôle à sa mesure. Épousant admirablement l’esprit de cette comédie, chacune de ses interventions s’inscrit dans un régal de théâtre et de chant. Avec sa diction parfaite, sa voix claire, en véritable catalyseur de la scène, au terme de chacune de ses apparitions, elle semble attiser la scène d’une ardeur nouvelle.

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A l’image du duo de la gantière et du bottier qu’elle projette avec un formidable entrain ne tenant guère compte de l’apathie relative d’un (Frick) en petite forme vocale. Dans un rôle malheureusement traité trop superficiellement, l’étrangeté de la voix de (Métella) n’est pas mise en valeur ni ne cadre au personnage de cette comédie. Les couleurs vocales brun-sombre, la noblesse naturelle de ses attitudes auraient mérité qu’on fasse de la mezzo-soprano française un personnage plus typé pour qu’on en apprécie sa réelle valeur. En outre, parce que la mise en scène exigeait qu’elle chante depuis le fond de la scène, le spectateur n’arrive pas à apprécier sans tendre l’oreille la voix éthérée (et relativement peu puissante) de la soprano suisse (Pauline). La beauté du timbre et de son phrasé l’aurait bien vue sur le devant de la scène sans que cela ne nuise à l’intrigue.

Habitué de l’opéra de Lausanne et de ses productions d’opérette, (Le Baron de Gondremark) excelle en meneur de revue, quand bien même l’acteur écrase le chanteur. Alors que le personnage l’autoriserait aux pires facéties, il mène son monde avec un humour retenu de très bon aloi. À ses côtés, la soprano neuchâteloise (La Baronne) surveille tant sa voix qu’elle en perd le plaisir de jouer la comédie. Roulant les « r » à l’envi, le ténor (Le Brésilien) s’amuse et amuse beaucoup. Pétulant, débordant, exubérant, il s’intègre parfaitement à son personnage.

Bien assimilé à l’intrigue, sans jamais oublier de bien chanter, le Chœur de l’Opéra de Lausanne s’acquitte de la mise en scène en se dépensant théâtralement sans compter, même si le cancan final de l’Atelier Béjart Lausanne du spectacle d’il y a dix ans avait plus d’allure que celui de cette année.

Une soirée festive finalement bien agréable et chaudement sollicitée par le public. En cette fin d’année, on se sent bien à l’Opéra de Lausanne !

Crédit photographique : © Marc Vanappelghem

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