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A Fribourg, Orlando Paladino brillant d’humour

La Scène, Opéra, Opéras

Fribourg. Théâtre de L’Equilibre. 29-XII-16. Joseph Haydn (1858-1924) : Orlando Paladino, drame éroïco-comique en trois actes sur un livret de Nunziato Porta d’après le poème épique Orlando Furioso de Ludovico Ariosto. Mise en scène : Cédric Dorier assisté de Anne Ottiger. Décors : Adrien Moretti. Costumes : Agostino Cavalca. Lumières : Christophe Forey. Avec : Carlos Natale, Orlando ; Rosaria Angotti, Angelica ; Alberto Sousa, Pasquale ; Christos Kechris, Medoro ; Anas Séguin, Rodomonte ; Héloïse Mas, Alcina ; Marie Lys, Eurilla ; René Perler, Licone/Caronte. Orchestre de Chambre Fribourgeois, direction musicale : Laurent Gendre.

orlando-paladino-01Sans les moyens des grandes maisons d’opéra, l’Opéra de Fribourg avec son unique production annuelle prouve sa capacité d’enthousiasmer le public (et le critique) dans un Orlando Paladino de réussi grâce à une mise en scène enjouée, une remarquable direction d’acteurs et une distribution vocale de haut vol.

Depuis des mois , le directeur général de l’Opéra de Fribourg, tentait de communiquer son enthousiasme pour l’Orlando Paladino de qu’il avait en projet de monter pour son unique opéra de saison. Certes, tous connaissent Haydn, le « copain » de Mozart, ses quatuors dont tous parlent et que peu ont eu la patience d’écouter dans l’intégralité, ses plus de cent symphonies et sa quinzaine d’opéras dont plus d’une dizaine ne sont jamais joués, etc., etc. Quand bien même la musique de chambre du compositeur autrichien est incontournable, ses opéras ont perdu de popularité. Il faut dire que n’est pas Wolfgang Amadeus Mozart et Nunziato Porta n’est pas Lorenzo Da Ponte. Ainsi, comme souvent, on se rend à l’opéra avec des idées préconçues sur les œuvres et des à priori sur les spectacles qu’on est appelés à voir. Et à critiquer. Alors, avouons-le, c’est chargé de ces préjugés, et avec une totale impréparation que votre serviteur assiste à ce spectacle.

Après une ouverture qui semble n’en plus finir à force de reprise du thème original, le rideau se lève sur une scène au décor () de cubes et d’escaliers de bois brut devant lesquels se profile une petite passerelle enjambant un ruisseau fictif. Entrent un ouvrier et son assistante poussant une brouette. Casqués de jaune, blouses blanches et bottes de caoutchouc, la voilà qui s’affaire autour de la passerelle en lui ajoutant quelques marches et entonnant un Il lavorar l’è pur la brutta cosa rageux, un air se lamentant (déjà) sur le travail et ses fatigues. L’aria est enlevé par une (Eurilla) pétillante à souhaits et vocalement bien assurée. D’emblée on est conquis par cette fougue, cette assise vocale, cette fraîcheur interprétative sans qu’on saisisse vraiment tout le sens de cette scène. Puis jugé sur un étrange tricycle décoré en cheval avec sur le côté, une valise d’où sortent des épées, des coupe-choux, des lances et des hallebardes, débarque le terrifiant Rodomonte, défenseur de la reine Angelica contre la jalousie maladive d’Orlando. Ces excès scéniques nous font peu à peu entrer dans la comédie burlesque, dans une histoire qui se situerait à l’orée de Don Giovanni et de Cosi fan Tutte avec des amours contrariées et des personnages caricaturaux de la plus belle espèce.

Le Don Giovanni-Orlando de Haydn, contrairement à celui de Mozart n’attire pas la sympathie. Mais comme chez Mozart, ce méchant a son serviteur. Ici, le Leporello se nomme Pasquale. Et dans cette production, le ténor portugais (Pasquale) embarque le public avec un personnage désopilant qu’il campe à la perfection. Sur scène, rien ne l’arrête. Habité par le comique, par le burlesque, chanter semble être néanmoins sa deuxième nature. Précis, expressif, sa parfaite diction ajoute à la drôlerie du jeu de scène. Son air de bravoure Ecco il mio trillo est impressionnant de décontraction et d’humour facétieux.

Plus le spectacle avance, plus on se prend au jeu. Le vaudois , en excellent metteur en scène utilise ses chanteurs pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’il voudrait qu’ils soient. Une intelligence du spectacle qu’il domine avec chaque protagoniste. Ainsi le couple Eurilla et Pasquale sont tous deux dans l’énergie débordante alors qu’Angelica et Medoro restent dans l’expression romantique.

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Vocalement la distribution fribourgeoise est jubilatoire. Si la soprano calabraise (Angelica) débute la soirée avec une certaine timidité qu’on peut attribuer au trac naturel de la première, elle améliore sa performance au fur et à mesure qu’avance le spectacle. Quoique un peu empruntée dans les vocalises, elle démontre néanmoins une maîtrise agréable du legato et une admirable unité vocale sur tout le spectre de colorature. A lui donner la réplique, le ténor (Medoro) s’avère un chanteur aux accents mozartiens délectables et dont le legato s’affirme merveilleusement dans son air Dite che un infelice.

Remarquablement sculpturale, superbement maquillée, débordante de paillettes, habillée d’une robe argentée moulante, magnifique, la fée (Alcina) surgit soudain volant dans les cintres du théâtre. En totale décontraction, épousant avec humour la musique et le vol, montant au faîte du théâtre avec les aigus puis subitement descendant presque jusqu’au plateau avec les notes graves de son air Ad un guardo, un cenno solo, la mezzo française impose une voix puissante et bien timbrée à un personnage admirablement caractérisé.

Bémol de cette distribution, le rôle-titre. Le ténor argentin (Orlando) souffre d’un placement de la voix qui, tout en ayant une puissance vocale adéquate, a la fâcheuse tendance à une émission nasale. Un problème qu’on tente d’oublier dans la touchante scène finale où, après la très belle interprétation de l’air de Caronte (), la lente agonie et la mort (et la résurrection !) d’Orlando traitée comme une Piétà de Michel-Ange signe un tableau final émouvant d’une production lyrique très réussie.

Outre le judicieux choix de la distribution vocale, il faut féliciter l’Opéra de Fribourg d’avoir su s’accompagner de personnes rompues aux arcanes du théâtre lyrique avec avec un grand costumier () et un magicien des lumières ().

Dans la fosse, dirige un qu’on aurait aimé moins terne, moins sec, soit un peu plus musical.

Crédits photographiques : © Alain Wicht

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