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Matthias Pintscher par lui-même et pour l’Intercontemporain

À emporter, CD, Musique d'ensemble, Musique de chambre et récital

Matthias Pintscher (né en 1971) : Bereshit ; Uriel ; Songs from Salomon’s Garden. Eric-Maria Couturier (violoncelle) ; Dimitri Vassilakis (piano) ; Ensemble Intercontemporain ; Matthias Pintscher (direction).

 

alpha-eic-pintscher« Bereshit » (« A un commencement »). C’est ce tout premier mot de la Torah qui a inspiré une longue oeuvre de belle facture au compositeur allemand (né en 1971), composée pour l’Intercontemporain au grand complet, marquant ainsi ses débuts en tant que directeur musical de l’Ensemble. Uriel, peinture sonore pour violoncelle et piano, et les sensuels Songs from Salomon’s Garden pour baryton et ensemble au texte tiré du Cantique des Cantiques, complètent le programme de ce nouveau disque monographique.

Pintscher initie son Bereshit dans un magma de pénombre, un presque rien qui sera tout. Se dessine peu à peu un fa entouré d’un halo impalpable et irisé, notamment par un glas de piano en harmonique semblable au début de sa pièce On a clear day (2004). Les 35 min de cette nouvelle oeuvre fleuve se déroulent dans de constants flux et reflux de matière noire, dans lesquels on voit comme percer des filaments de lumière aussitôt évanouis. Le tout se déroulant au sein d’une grande forme en arche où se perdent les motifs dans un labyrinthe de sensations. La thématique de la Genèse est aussi l’occasion pour le compositeur d’effectuer quelques révérences artistiques, notamment envers la musique de Pierre Boulez, dont on reconnait un court motif ascendant de harpe tiré de Sur Incises (1998). Écrite spécialement pour l’arrivée de Pintscher en tant que directeur musical de l’, la partition fait évidemment la part belle aux soli, que ce soit les sons soufflés d’une flûte, de sauvages multiphoniques de clarinette contrebasse, une trompette bouchée aux riffs presque jazzy, ou bien encore un violon stratosphérique aux inclinaisons micro-tonales, qui n’est pas sans évoquer son concerto Mar’eh (2011) écrit à la même époque. Le tout baignant dans une orchestration « électronique/acoustique » miroitante.

Inspiré par la toile éponyme de Barnett Newman, Uriel (2012) pour violoncelle et piano est en réalité le dernier mouvement des Profiles of light du compositeur, dont les deux premiers volets (Now 1 pour piano et Now 2 pour violoncelle), sont tous deux également inspirés de toiles de Newman. Originellement, Uriel est aussi l’ange de la lumière et du châtiment qui dans l’Ancien Testament chassa Adam et Ève de l’Eden. A ces sources d’inspirations fortes, Pintscher répond par un paysage sonore fait de gestes furtifs, presque imperceptibles par moments, en pleine dichotomie entre tréfonds et élans diaphanes. Le violoncelle à la fois fugace et lyrique d’ et le piano feutré et cristallin de se fondent en deux coulées communes, dans une parfaite osmose.

On retrouve dans les Songs from Salomon’s Garden (2009) pour baryton et orchestre de chambre toute la palette coloriste de que l’on savourait dans Bereshit, parant ici un extrait du deuxième chapitre du Shir Hashirim (Cantique des Cantiques), chanté en hébreux. Portée à la création par la voix de Thomas Hampson, c’est ici au tour du jeune et impeccable baryton  de se saisir de cette partition, à la vocalité finalement assez classique et conjointe, sans effets particuliers, permettant de mettre au mieux le texte au premier plan. L’instrumentation le plus souvent « liquide » aux teintes chatoyantes n’hésite pas à mettre en avant un quasi érotisme musical, notamment dans des cuivres évoquant la Lulu de Berg. Remarquable, la fin de l’oeuvre toute en clairs-obscurs, bruissements et scintillements, nous emporte bien loin, dans un ailleurs insaisissable.

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