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Zingarelli et les amants de Vérone à Schwetzingen

La Scène, Opéra, Opéras

Schwetzingen. Rokokotheater. Niccolò Zingarelli (1753-1837) : Giulietta e Romeo, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Maria Foppa. Mise en scène : Nadja Loschky, Thomas Wilhelm ; décors : Daniela Kerck ; costumes : Violaine Thel. Avec : Zachary Wilder (Everardo) ; Emilie Renard (Giulietta) ; Kangmin Justin Kim (Romeo) ; Terry Wey (Gilberto) ; Namwon Huh (Teobaldo) ; Rinnat Moriah (Matilda). Choeur du Théâtre de Heidelberg ; Orchestre philharmonique de Heidelberg. Direction : Davide Perniceni.

romeo_o_004Une mise en scène un peu limitée pour Giulietta e Romeo, belle œuvre de qui n’avait pas été représentée sur scène depuis les années 1830, servie par une distribution de premier plan.

Allons bon. Comme si le rôle de méchant de l’histoire ne lui suffisait pas, voilà le cousin Tybalt devenu par la magie de l’opéra le fiancé de Juliette – heureusement, il respecte les règles de l’art en se faisant tuer, comme chez Shakespeare, par Roméo. En réduisant l’histoire à six personnes, le librettiste Foppa, connu surtout pour les livrets écrits pour Rossini, pousse un peu loin les libertés auxquelles beaucoup d’adaptations de Shakespeare à l’opéra nous ont habitués, mais la musique de Zingarelli, et la qualité d’ensemble de cette représentation, valent bien quelques remises en cause.

Repris récemment en version de concert à Salzbourg, l’opéra créé en 1796 n’avait plus été mis en scène depuis les années 1830. C’est dans le cadre d’un mini-festival autour de Noël, consacré depuis 2011 par le Théâtre de Heidelberg à l’opéra napolitain, que ce spectacle est monté dans le cadre on ne peut plus intime du théâtre rococo de Schwetzingen. Il faut quelques secondes pour s’habituer à l’acoustique inhabituelle du théâtre, mais le plaisir d’entendre de façon aussi proche les belles voix qui constituent la distribution valent bien ces interrogations initiales, d’autant que, dans la fosse, l’orchestre habituel du théâtre de Heidelberg, préparé par Felice Venanzoni mais dirigé ce soir par un des chefs de chant du théâtre, soutient avec compétence les chanteurs. Passons vite sur un Teobaldo souvent approximatif, bien que capable d’un bel aigu tenu et sonore, et sur une nourrice très affadie par le livret et moyennement chantée : les quatre protagonistes possèdent chacun de grandes qualités. Le ténor a la voix solide et les vocalises pleines d’aplomb du père de tragédie, et le contre-ténor (Gilberto, alias Frère Laurent), dont le rôle est tout aussi consistant, fait très bonne figure.

Deux grandes voix pleines d’avenir

romeo_o_048Mais c’est le couple central qui enthousiasme le plus. est passée par le Jardin des Voix de William Christie, dans la même session que Wilder, et elle a remporté sans coup férir tous les prix possibles au concours Cesti du festival de musique ancienne d’Innsbruck : ses prestations du Jardin des Voix en 2013 n’avaient déjà rien du caractère scolaire de beaucoup d’autres pensionnaires de Christie, et elle confirme ici toute sa maturité musicale, accompagnée par une capacité expressive très enviable. Cette belle voix de mezzo chaude et ductile aura encore bien des occasions de faire briller le répertoire baroque, fût-ce comme ici au sens très large du mot. Son partenaire éblouit d’autant plus qu’il faut souvent accepter des compromis dès lors qu’on parle de contre-ténors : il a toute la virtuosité d’un Franco Fagioli, mais avec beaucoup plus de musicalité et de goût. Peut-être, seulement, le rôle, tel que son créateur Crescentini l’avait adapté pour ses propres besoins, est-il un peu long pour lui : même s’il s’en sert pour exprimer la souffrance de Roméo, la voix peine à conserver son timbre radieux après l’entracte, mais l’ensemble reste admirable.

La mise en scène de suscite moins d’enthousiasme avec son style 1970 et ses masques à tête de chiens et de chats rappelant irrésistiblement les rats du Lohengrin de : les personnages en restent réduits à la lecture au premier degré d’une représentation de fin d’études, et la promesse intrigante d’une inscription au néon – « And peace enters to our houses » – n’est pas vraiment exploitée au cours du spectacle. Il y a un beau professionnalisme dans la gestion de l’espace scénique et dans les déplacements des masses chorales, et faire circuler l’image d’une Juliette enfant ne peut pas nuire : ne manquent donc qu’une direction d’acteurs plus inspirée et surtout une esquisse d’interprétation. Ce qui n’est pas rien.

Photos Annemone Taake

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