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Orphée aux enfers à Stuttgart, pas pour rire

La Scène, Opéra

Stuttgart. Opernhaus. 29-XII-2016. Jacques Offenbach (1819-1880) : Orphée aux enfers (version allemande). Mise en scène : Armin Petras ; décors : Susanne Schuboth ; Costumes : Dinah Ehm ; Chorégraphie : Berit Jentzsch. Avec : Daniel Kluge (Orphée) ; Josefin Feiler (Eurydice) ; Stine Marie Fischer (L’Opinion publique) ; André Morsch (Pluton) ; André Jung (Styx) ; Michael Ebbecke (Jupiter) ; Maria Theresa Ullrich (Junon) ; Esther Dierkes (Vénus) ; Catriona Smith (Diane) ; Max Simonischek (Mars/Bacchus) ; Heinz Göhrig (Mercure) ; Yuko Kakuta (Cupidon). Staatsopernchor Stuttgart ; Staatsorchester Stuttgart ; direction : Sylvain Cambreling.

Orpheus in der UnterweltPas beaucoup plus d’esprit que de substance dans un Orphée aux Enfers peu festif.

Même dans le temple du théâtre musical sérieux qu’est Stuttgart, il n’est pas interdit de se divertir pour les fêtes : cette année, c’est Offenbach qui est au programme, en allemand comme on le faisait à son époque. Le problème de ce spectacle commence là : la démarche n’est pas illégitime, même si elle oblige l’oreille des spectateurs francophones à oublier ses habitudes ; mais les chanteurs eux-mêmes semblent trop occupés à mâcher ce texte allemand pour trouver le temps de caractériser leur personnage, sans même parler d’humour, l’abonné absent de la soirée. Dans la fosse, pourtant grand amateur d’Offenbach en vient à amollir ses tempi et à exagérer la précision métronomique de sa battue pour tenter de les aider : rien n’y fait, et la soirée paraît interminable. Traduire une œuvre doit servir à faciliter l’intelligibilité du texte et du spectacle : le paradoxe est qu’ici on ne comprend rien sans avoir recours au surtitrage, et il n’est pas étonnant que le public ne rie pas du tout pendant la quasi-totalité du spectacle : l’esprit d’Offenbach passe moins bien sur un écran de surtitres.

Seul , dans le rôle bref de John Styx, parvient à donner du relief à son rôle : c’est qu’il est acteur et non chanteur, ce qui ne l’empêche pas de chanter très correctement ses couplets. Le metteur en scène en fait une figure inquiétante, qui est loin de la caricature alcoolisée que le personnage peut susciter : on ne rit pas beaucoup, certes, mais lui au moins a une présence sur scène qui écrase celle de la plupart de ses comparses, une Eurydice trop fade notamment, et tout le petit personnel de l’Olympe. se tire raisonnablement bien de ses fonctions maritales, l’acteur fait de l’esprit, le Jupiter de a la majesté un peu ridicule de Jupiter, mais rien n’y fait. est le directeur du Théâtre national de Stuttgart, la grande scène de théâtre parlé tout près de l’opéra, dans une salle moderne qui a succédé à celle où fut créée Ariane à Naxos de Strauss. Il tente de donner du corps à la facétie d’Offenbach, en faisant d’Eurydice une ouvrière d’usine (c’est du moins ce que dit un petit film rétro au début du spectacle), mais la piste n’est pas suivie, et elle n’était à vrai dire pas très bonne : elle ne dit pas grand-chose sur le contexte de création de l’œuvre, et elle n’est pas plus pertinente pour une lecture contemporaine de l’œuvre, pourtant possible et somme toute aisée. Son travail à l’opéra ne viendra pas redorer un bilan mitigé à la tête de la maison qu’il dirige.

Crédits photographiques : © Martin Sigmund

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