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Le Ruslan et Lyudmila de Dmitri Tcherniakov

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Mikhail Glinka (1804-1857) : Ruslan et Lyudmila, opéra en 5 actes sur un livret de Mikhail Glinka et Valerian Shirkov d’après le poème d’Alexandre Pouchkine. Mise en scène et scénographie : Dmitri Tcherniakov. Costumes : Elena Zaytseva. Lumières : Gleb Filshtinsky. Avec : Albina Shagimuratova, Lyudmila ; Mikhail Petrenko, Ruslan ; Yuriy Mynenko, Ratmir ; Almas Svilpa, Farlaf; Alexandrina Pendatchanska, Gorislava ; Charles Workman, Finn/Bayan ; Elena Zaremba, Naina ; Vladimir Ognovenko, Svetosar ; Alexandre Polkovnikov, la tête. Choeur et Orchestre du Théâtre Bolchoï, direction : Vladimir Jurowski. Réalisation : Andy Sommer. Filmé en novembre 2011 au Théâtre Bolchoï de Moscou.
Sous-titres : français, anglais, allemand. Notice trilingue: anglais, français, allemand, Durée : 197′ + 35’ (bonus)

 

glinka-rouslan-et-ludimila-jurowskiPour sa réouverture en 2011, le Bolchoï a choisi de donner Ruslan et Lyudmila de Glinka, créé in situ en 1842. En faisant appel à , le théâtre s’assurait le scandale nécessaire à une bonne couverture médiatique. Pourtant, rarement le travail de ce trublion de la mise en scène aura été aussi respectueux, cohérent et abouti. Servies par des interprètes de premier ordre et dirigées par , ces représentations sont parmi les meilleures qui aient pu être données de cette œuvre.

Ruslan et Lyudmila tient une place à part dans l’art lyrique russe dont il est souvent considéré comme étant le premier ouvrage national. C’est en outre l’une des œuvres les plus souvent montées au Bolchoï. A l’image de La Flute enchantée, ce parcours initiatique comporte tout ce qui peut plaire au plus grand nombre : magie avec sorcière et vieux sage, épreuves, combat du bien contre le mal …

Souvent accusé de tordre les livrets pour les adapter à sa vision de l’œuvre, choisit ici de suivre scrupuleusement la trame du livret avec lequel il joue habilement en faisant de l’acte I une réception de mariage d’oligarques russes somptueusement déguisés dans des décors grandioses. Une fois l’enlèvement de Lyudmila passé, les héros baignent dans un univers contemporain qui sera le décor de leurs errements face aux épreuves concoctées par la sorcière Naïna, confrontée au vieux sage Finn. Les superbes grands décors (oui, on peut faire de beaux décors modernes) se succèdent et les nouvelles technologies sont parfois convoquées comme par exemple lorsque la tête géante est matérialisée par des projections vidéos. D’une grande sensibilité, la mise en scène de adapte le conte de fée à notre réalité contemporaine mais avec toujours beaucoup d’intelligence et d’adéquation. Ainsi la scène des enchanteresses devant détourner les hommes de leur recherche nous transporte dans une maison close de luxe peuplée de jeunes prostituées légèrement vêtues et le jardin du mage Tchernomor devient une chambre d’hôtel aux sublimes éclairages, diaphanes et magiques. Tcherniakov a ainsi réussi à réaliser un spectacle pour les petits et les grands dont il serait d’autant plus dommage de se priver que la direction musicale et la distribution sont au sommet.

Dès la célèbre ouverture, imprime une grande énergie et une belle nervosité à sa direction. Les superbes sonorités de l’œuvre n’en sont pour autant pas ignorées et les lignes mélodiques jamais malmenées. De la magie, de la tension et de la douceur sont ici parfaitement réunies.

La distribution rassemble les meilleurs chanteurs russes qui irriguent aujourd’hui les scènes internationales. Avec son timbre pulpeux et lumineux, assume avec précision et fraîcheur la virtuosité belcantiste du rôle. Son Ruslan est campé avec une belle autorité par un aux beaux graves et à la ligne de chant impeccable. est une belle Naïna séductrice et perfide, typique de l’école russe, avec une voix bien timbrée, aux graves amples et au médium assuré. Face à elle le sage Finn de est plus exotique mais son timbre clair confère à son personnage la magie nécessaire. Le rôle travesti de Ratmir, habituellement confié à une mezzo est ici interprété par le contre-ténor dont la belle voix de velours assez sombre, permet à Tcherniakov de donner plus de crédibilité scénique au personnage. Le baryton-basse lituanien donne de sa personne dans le rôle comique du veule Farlaf qu’il assume avec une belle vaillance. Enfin, la soprano Bulgare apporte à sa Gorislava ses aigus percutants et déchirants.

Assurément un beau travail collectif qu’il convient de saluer et d’offrir aux plus jeunes comme aux adultes.

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