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Récital multiphonique de l’accordéoniste Fanny Vicens

À emporter, CD

Matthias Pintscher (né en 1971) : Figura III pour accordéon ; Keiko Harada (né en 1968) : Bone + pour accordéon; Dmitri Kourliandski (né en 1976) : Shiver pour accordéon ; Stefano Gervasoni (né en 1962) : Album di figurine doppie pour accordéon ; Januibe Tejera (né en 1979) : Tremble pour accordéon ; Bernhard Lang (né en 1957) : Schrift pour accordéon ; Franck Bedrossian (né en 1971) : Bossa Nova pour accordéon. Fanny Vicens, accordéon. 1 CD Stradivarius. Enregistré en juillet 2015 au BlowOutStudio – Monastier da Treviso en Italie. Texte français/anglais/italien. Durée : 78’31.

 

schriftParmi les sept pièces pour accordéon qu’enregistre ici , jeune interprète, aussi pianiste, bardée de diplômes et de récompenses, six nationalités de compositeurs vivants se trouvent réunies et près de vingt années de création contemporaine pour l’accordéon : de Schrift III (1997), l’œuvre la plus ancienne de ce CD à l’Album di figurine doppie (2014), la première pièce pour accordéon seul de qu’il a écrite tout récemment pour . Époustouflante dans ce récital multiphonique, l’accordéoniste met à l’honneur un instrument dont chaque nouvelle œuvre semble repousser les limites.

« […] fascinant et mystérieux, populaire et cultivé, simple et raffiné […]» écrit à propos de l’accordéon que cet amoureux et aventurier du son veut aujourd’hui tester et approfondir. Son Album di figurine doppie (Album de vignettes doubles), réunit huit pièces délicatement ciselées où se rejoignent l’univers poétique de l’enfance et le goût prononcé du compositeur pour la miniature : musique d’humeurs, comme chez Schumann, mais sans titre pour autant, chaque pièce découvre une facette différente de ce théâtre de sons et de gestes : fragile, tendre et joueur, grave et lyrique, espiègle voire même inquiétant. Chez Gervasoni l’écriture pour accordéon, comme celle pour piano, jamais ne transgresse les limites de l’instrument. semble au contraire vouloir le réinventer dans Shiver (frisson) où il fait naître un univers bruité (grincement, froissement d’ailes, granulation…) instaurant un rapport presque tactile avec le son et son mode de production. Le Brésilien joue sur l’hybridation du son qui tend ici vers la fréquence électronique dans Tremble (2013). L’œuvre éprouve tout à la fois le geste de l’accordéoniste et l’oreille de l’auditeur dans des phases à haut voltage faisant fluctuer le son selon divers modes d’entretiens : « une étude aux allures » aurait dit Pierre Schaeffer. Moins tendue mais gorgée d’énergie, Bone + (1999) de la compositrice japonaise se nourrit de contrastes, du « plein-jeux » charnu de l’accordéon, hérissé de nervures rythmiques vigoureuses, à l’aigu subliminal de l’instrument perçu dans un temps infiniment long. fait valoir les ressources d’un instrument pour lequel elle a déjà beaucoup écrit et qu’elle explore ici de manière spectaculaire. Figura III (2001) de Matthias Pintscher fait référence à la sculpture d’Alberto Giacometti (Figura Humana) où s’origine l’idée compositionnelle. S’élabore un travail très fin sur le temps et la matière sonore délicatement bruitée (petites percussions, jeu avec le soufflet…). L’écriture y est toujours vivante et inventive, ciselée et élégante, voire théâtrale. À l’extrême raffinement de la matière sonore dans Bossa Nova de s’agrègent la virtuosité du geste et la part d’inouï révélée par certains modes de jeu inédits. La qualité des textures provient ici d’une pensée électronique La pièce extrêmement concentrée et aux reliefs vertigineux sidère. Schrift (Ecriture) de , qui donne son nom à l’album, est d’une toute autre veine. Foisonnante, désinhibée, sans direction par excès d’information, l’œuvre fait appel à l’écriture automatique, engendrant un contrepoint fou voire des superpositions et surimpressions que l’on croirait obtenues par plusieurs accordéons. Pour autant, Fanny Vicens reste seule en piste et sur tous les fronts pour donner à cette « transe de notes et de rythmes » la fluidité d’un jet ininterrompu. Si la virtuosité et l’extraordinaire maîtrise de l’interprète impressionnent, la sensibilité de l’artiste, la palette des timbres qu’elle déploie et l’engagement consenti pour révéler chaque univers sonore forcent l’admiration. Ce premier CD en solo est assurément un coup de maître !

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