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A la rencontre du sacré avec Zad Moultaka et Musicatreize

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Zad Moultaka (né en 1967) : Callara II pour 16 chanteurs, 2 pianos, 2 harpes, 2 percussions; Ikhtifa pour ensemble vocal en 2 tableaux; Maadann pour 8 chanteurs, piano à 4 mains, cymbalum, percussions; Cadavres exquis pour ensemble vocal, dispositif électronique et grosse caisse. Ensemble Musicatreize; Victoria Harmandjieva et Jay Gottlieb, pianos; Tünde Balbastre, cymbalum; Claude Bettinelli et Christian Hamouy, percussions; Celia Perrard et Anabelle Jarre, harpe; direction Roland Hayrabedian. CD L’empreinte digitale ED 13246; code barre 3341348159464; enregistré les 6-8 février 2016 à la salle Colonne à Paris; texte français/anglais; 65′.

 

rituels-de-moultakaEn quête de spiritualité, la musique de Zad Moultaka entretient un rapport privilégié avec la voix et l’expression collective du chœur où s’ancrent plus traditionnellement les formes du rituel. « Les gestes sont forts, issus d’une imagination qui ne connait ni les frontières ni les dogmes » souligne Roland Hayrabedian qui, à la tête de son ensemble , dirige les quatre pièces de cet enregistrement dont il a assuré les créations. Si y met en musique quatre langues différentes, sa manière personnelle et incantatoire de traiter chacune d’elle confine immanquablement à la célébration sacrée.

En espagnol, Callara II (Il/elle se tait), la pièce la plus récente de cet album, est écrite sur des textes mayas imprimant une certaine rudesse aux voix masculines à l’unisson qui déclament le poème avec ferveur avant d’exploiter les sonorités et la plasticité des mots. L’univers bruité des 2 pianos, 2 harpes et 2 percussions ici convoqués participe au mystère de ce rituel imaginaire. Avec le déferlement des peaux et métaux dans la transe finale, c’est l’intensité rude et élémentaire du texte sacré qui éclate in fine. Plus lumineuse mais non moins fervente, la scansion homophone qui modèle la langue d’Ikhtifa (Effacement, disparition), celle du poète et philosophe arabe Abul-Ala-al-Maari (973-1057) est une autre manière d’appréhender le texte – ici en arabe – et d’en extraire toutes les potentialités rythmiques et sonores. A ce titre, les « tremblements » et autres enrichissements ornementaux semblent relever autant de l’invention que d’une pratique populaire avérée. Maadann (Métaux) est un projet d’envergure d’une étonnante facture. C’est l’œuvre la plus saisissante de cet album, une « liturgie de métal » avance Catherine Peillon dans la notice, à l’instar de la « Liturgie de cristal » d’un Messiaen. L’alchimie des métaux – du fer au mercure – est déclinée en huit mouvements enchaînés et invite six solistes – la qualité des voix est exemplaire – un duo et un tutti célébrant une sorte de communion dans la dernière section. Le texte en italien est « traité » indépendamment de sa prosodie, Moultaka manipulant, étirant les phonèmes selon son désir sonore : psalmodie, fragmentation en courtes incises, scansion, rebonds sur les syllabes… La voix peut y être quasi nue (le fer, l’or) ou soutenue voire galvanisée par l’appareil instrumental, le piano à quatre mains étant souvent irisé par les sonorités du cymbalum et des percussions résonnantes. En français cette fois, Cadavre exquis, la dernière pièce du CD, s’élabore sur des fragments de poèmes composés en ateliers d’écriture par le public. Les mots y sont déconstruits au profit d’une matière sonore qui s’éploie par trames et strates successives jusqu’à saturation du matériau textuel. La percussion n’intervient qu’au mitan du processus, coups abrupts et rythmes élémentaires accompagnant cette cérémonie étrange et envoûtante où progressivement s’immergent les mots dans l’océan des sons. Entre son et substrat, chant et imprécation, les voix toujours vivantes et invoquantes de , reliées au geste instrumental pour servir le rituel, à tout moment pourtant nous ramènent à l’intime et à l’humain.

 

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