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Avec Impressing the Czar, William Forsythe surprend encore

Danse , La Scène

Paris. Opéra Garnier. 4-I-2017. Impressing the Czar, ballet en quatre parties. Chorégraphie : William Forsythe. Musique : Thom Willems, Leslie Stuck, Eva Crossman-Hecht, Ludwig van Beethoven. Décors, lumières : Michael Simon, William Forsythe. Costumes : William Forsythe, Férial Münnich. Avec les danseurs du Semperoper Ballett, Dresden, compagnie invitée. Direction artistique : Aaron S. Watkin.

Invité pour la première fois à l’Opéra national de Paris, le Ballet du Semperoper de Dresde donne une interprétation vive et spirituelle d’Impressing the Czar de , entré au répertoire de la compagnie en 2015.

Impressing the Czar est une pièce protéiforme et foisonnante, où il est question de cerises dorées, de Mr PNut et d’écolières à frange. Dans cet univers absurde et baroque, à mi-chemin entre la rigueur géométrique de Peter Greenaway et l’exubérance colorée de Tim Burton, l’on croise des princes en robes de princesse, des cupidons avec flèches, les frères Grimm et le téléphone d’une tour de contrôle.

Le Semperoper Ballett de Dresde, qui a fait entrer la pièce à son répertoire en 2015, en donne dès la première partie – Potemkins Unterschrift – une interprétation pleine de vivacité et d’impertinence, aussi virtuose sur le classique que décalée sur les parties théâtrales. Cette compagnie très internationale, en particulier dans sa composition, abrite en effet un répertoire vaste et éclectique, allant du Lac des Cygnes à Ohad Naharin, qui lui a donné les armes pour devenir l’une des compagnies fétiches de .

Véritable cœur de la pièce, la deuxième partie – In the Middle, Somewhat Elevated – a été créé indépendamment en 1987 par William Forsythe pour le Ballet de l’Opéra de Paris, soit un an avant la création d’Impressing the Czar, par le Ballet de l’Opéra de Paris. Le titre énigmatique fait allusion aux cerises dorées accrochées aux cintres « au milieu, légèrement en hauteur » selon les directions de William Forsythe. C’est la pièce emblématique du style Forsythe, entre fulgurances et déconstruction, accélération et décontraction. Trente années après sa création, il est encore difficile d’oublier Sylvie Guillem, Laurent Hilaire, Manuel Legris et Isabelle Guérin, les principaux créateurs des rôles aujourd’hui endossés par les danseurs du Semperoper Ballett. C’est la raison pour laquelle l’éblouissement est un peu moins total que pour la première partie. Malgré leur talent, les danseurs du Semperoper Ballett sont moins vifs, leurs bras vont moins vite et ils semblent moins s’amuser que se contempler eux-mêmes dans cet exercice hautement virtuose et absolument diabolique.

Le troisième tableau – La Maison de Mezzo-Prezzo – parodie une vente aux enchères d’objets dorés, retrouvant l’esprit foisonnant et baroque du premier tableau. Hélène Pickett, danseuse invitée, joue avec verve le rôle d’Agnès, secondée de Raquél Martinez en Rosa et de Julian Amir Lacey en Mr PNut. Le rythme s’accélère ensuite avec Bongo Bongo Nageela, une ronde menée à un rythme infernal par l’ensemble des 30 danseurs tous vêtus de jupettes plissées, de chemises blanches et coiffés de perruques à frange. Avec ce costume uniforme, en totale décontraction, les danseurs mènent le sabbath et font exploser tous les repères. On mesure au dynamisme très années 80 de cette partie, et de la suivante, l’influence que William Forsythe a eue sur ses contemporains et ses successeurs, de Ohad Naharin à Cecilia Bengoleo et François Chaigneaud.

Photos : © Laurent Philippe / Opéra national de Paris

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