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À Genève, John Neschling tout en musique

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Genève. Victoria Hall. 15-I-17. Gioachino Rossini (1792-1868) : Ouverture de l’opéra Semiramide. Richard Wagner (1813-1883) : Wesendonck-Lieder. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Danses symphoniques, op. 45. Vesselina Kasarova (mezzo-soprano). Orchestra Filarmonica della Fenice, direction musicale : John Neschling.

John-Neschling®Marcio_Scavone.01A la tête d’un excellent , la musicalité extrême du chef brésilien fait briller Rossini, Wagner et Rachmaninov.

Dès les premières notes de l’ouverture de l’opéra Semiramide de Giacchino Rossini, on se sent transporté dans la quintessence de la musique du maître de Pesaro. On se dit alors que cette musique est la musique des Italiens. Il y a dans ses accents des senteurs si typiques et si goûteuses de l’Italie que seuls les transalpins pourraient se les approprier entièrement. Mais, le langage de la musique devient universel quand qui trône devant l’orchestre s’emploie à passer le message vers le public. Dirigeant avec de larges mouvements des bras, lançant de nombreux sourires comme pour souligner sa joie de faire entendre cette musique, il mène l’orchestre Filarmonica della Fenice vers de superbes phrasés. Magnifiques ces pizzicatos ! Quelles belles cordes dans cet orchestre ! Avec beaucoup de mesure, le chef brésilien contrôle le volume sonore de son ensemble. De pianissimo à forte, le son enfle avec modération, sans à-coups. tient la tension musicale jusqu’à la dernière mesure. Elle arrive bientôt. Et à peine le tutti final a-t-il retenti que le public laisse éclater son enthousiasme pour cet extraordinaire moment de fraîcheur.

Tout autre ambiance avec les Wesendonck Lieder de . L’infinie musicalité de John Neschling fait ici à nouveau merveille. Avec une aux longueurs vocales sensiblement raccourcies par rapport à celles qu’on lui connaissait par le passé, l’accompagnement orchestral se nuance en vagues musicales propres à soutenir la mezzo bulgare. Un climat étrange qui s’instaure entre la fragilité d’une voix qui prend de l’âge et l’inébranlable force de la partition wagnérienne. Tempérant son orchestre, John Neschling peint cette fresque amoureuse avec une tendresse musicale extrême. Les notes s’enroulent autour de qui s’emploie de tout son être, du corps ondulant et des mains suppliantes, à convoyer les strophes que Wagner écrivit pour Mathilde Wesendonck. Si l’approche des textes par la mezzo reste souvent confuse à cause d’une prononciation hachée par l’inégalité de sa ligne de chant, elle démontre cependant une troublante et émotionnante authenticité artistique.

L’esprit avec lequel John Neschling aborde les Danses symphoniques de impressionne. Si avec les deux premières œuvres à son programme était laissée une place prépondérante à l’expression musicale dans ce qu’elle contient de plus romantique, avec l’intention d’un beau son qui supplanterait l’entaille rythmique, son approche est ici définitivement plus marquée. Avec une autorité formidable, il emmène un magnifique dans une aventure musicale superbement cadencée. A l’image de ces brusques silences du début du premier mouvement d’une sécheresse extrême. Sans jamais oublier ni la mélodie ni le rythme de l’oeuvre de Rachmaninov, John Neschling, sans artifice, d’un geste de sa baguette, d’un regard pointant un musicien, sans relâcher son attention soutenue raconte la musique. Le deuxième mouvement sur un tempo de valse nous emporte à voir les belles dames en crinoline et leurs cavaliers tournant et glissant sur les parquets cirés et brillants des vastes salons…

Terminant son concert avec, en bis, la célèbre barcarolle tirée des Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach jouée avec une douceur extrême, John Neschling reçoit une ovation méritée pour un concert qui, en restant dans la mesure, a su faire toucher au public l’essence même de la musique sans esbroufe aucune. Merci Monsieur Neschling !

Crédit photographique : John Neschling © Marcio Scavone

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