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Barbe Bleue et Voix Humaine à Cologne

La Scène, Opéra, Opéras

Cologne. Staatenhaus. 19-I-2017. Francis Poulenc (1899-1963) : La Voix humaine, tragédie lyrique en un acte sur un livret de Jean Cocteau ; Béla Bartók (1881-1945) : Le château de Barbe-Bleue, opéra en un acte sur un livret de Béla Balázs. Mise en scène : Bernd Mottl. Décors et costumes : Friedrich Eggert. Lumières : Wolfgang Göbbel. Avec : Juliane Banse, Elle ; Samuel Youn, le Duc Barbe-Bleue ; Adriana Bastidas-Gamboa, Judith. Gürzenich-Orchester Köln : Gabriel Feltz.

IMG_6285Comme ce fut le cas au Palais Garnier en 2015, l’Opéra de Cologne couple Le château de Barbe-Bleue de Bartók avec La Voix humaine de Poulenc. Une soirée impressionnante grâce, notamment, à une distribution extraordinaire.

« Études de cas féminins », c’est ainsi que l’Opéra de Cologne présente ce diptyque franco-hongrois. Et ce sont en effet les femmes qui dominent la distribution de cette production dont la première remonte à l’an 2010. d’abord qui chante « Elle » dans le chef d’œuvre de Poulenc. Svelte, blême, à la démarche incertaine, elle incarne à merveille la femme fragile s’inventant une force et un courage que, pourtant, elle ne possédera jamais. C’est sur son portable qu’elle reçoit ici l’appel de son ex-compagnon alors qu’elle se promène dans une forêt devenant bientôt un lieu de souvenirs à la fois tendres et âpres. Est-il encore à l’autre bout de la ligne ? La question perd vite de son importance. On est d’autant plus intrigués par les interventions anachroniques de Mademoiselle la téléphoniste dont le réalisme colle mal à la vision psychologique du metteur en scène.

Rien à redire, en revanche, quant à la prestation vocale de . S’exprimant dans un excellent français, à peine marqué d’une petite touche d’accent germanique, elle mise sur une voix agile et flexible et une palette de couleurs des plus raffinées. Elle trouve en un partenaire idéal dont la lecture chambriste de l’œuvre épouse à merveille l’interprétation de la soliste.

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Changement de ton en deuxième partie. Le Gürzenich-Orchester, en grande forme ce soir, se pare soudainement de couleurs sombres et menaçantes. C’est l’heure d’ qui campe une Judith aussi inhabituelle que convaincante. Tout n’est qu’un rêve ici qu’elle fait alors que son mari dort profondément dans son lit. Dorabella et Cenerentola lors des saisons précédentes, la mezzo colombienne n’est nullement une héroïne. Sensuelle sur tous les plans, dotée d’une voix gorgée d’émotions, elle chante Bartók comme Bellini. Sans sourciller, elle assume la tessiture hybride du rôle, faisant valoir à fois la couleur sombre de son registre grave et la luminosité de ses aigus culminant dans un fabuleux contre-ut au moment de l’ouverture de la cinquième porte. Cette Judith est une jeune femme profondément amoureuse. Si elle veut connaître les secrets de son mari, c’est pour encore mieux l’aimer. Tout en découvrant sa face noire, elle n’abandonne pas. Elle croit en la puissance salvatrice de l’amour pour être finalement plus déçue que jamais.

Prise de rôle également pour , dont le timbre sombre et un rien rugueux s’avère idéal pour le personnage énigmatique de Barbe-Bleue. Et là encore, , est l’homme du moment, ménageant au maximum ses solistes, sans pour autant négliger les fastes de l’orchestration ni la force émotive de cette musique. La mise en scène, elle aussi, est en phase, jouant cette fois la carte de la sensualité et en même temps du lugubre.

Crédits photographiques : Adriana Bastidas Gamboa (Judith) et (Le Duc Barbe-Bleue) Juliane Banse (Elle) © Klaus Lefebvre

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