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Musique de chambre française à l’Amphithéâtre Bastille

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Amphithéâtre Bastille. 14 et 15-I-2017. Œuvres de : Jean-Marie Leclair, André Chéron, Elisabeth Jacquet de La Guerre, François Couperin, Jean-Féry Rebel, Claude Debussy, Vincent d’Indy, Camille Saint-Saëns, Philippe Gaubert, Maurice Ravel, Pierre Boulez, Gérard Grisey, Philippe Hurel, Roger Lersy, André Jolivet, César Franck, Ernest Chausson, Gabriel Fauré, Olivier Messiaen. Musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Paris

andrea Soare © Jean Pierre RonnayL’Opéra de Paris a organisé deux après-midi extrêmement intenses sur le thème de la musique de chambre française, avec neuf concerts — cinq le samedi et quatre le dimanche — centrés sur les œuvres de Debussy.

Un constat général en ouvrant le programme est qu’entre le premier concert, consacré à l’époque de Louis XIV, et le deuxième, constitué de pièces de Debussy, de d’Indy et de Saint-Saëns, on fait un grand saut de 200 ans environ, puis, le reste du programme est essentiellement concentré sur la période du tournant XIXe et du XXe siècles. D’où une grande interrogation : tout en admettant qu’aujourd’hui, le terme « musique française » s’applique de manière générale à celle de la fin du XIXe siècle et du début du XXe : où est la musique des périodes classique et romantique, des compositeurs tels que Méhul, Onslow, Chérubini, Boëly, Berlioz, Chabrier, Gounod, Massenet… ? Si dans sa présentation à chaque concert, insiste judicieusement sur la texture et la couleur sonores spécifiques à la musique de notre pays, l’absence de deux siècles de production nous semble trop lacunaire… Ou bien, faut-il comprendre que le concert baroque était un complément des huit autres ?

Ce constat mis à part, la programmation demeure passionnante, notamment les deux concerts, l’un dédié aux percussions (samedi à 17 heures 30, œuvres de Grisey, Lersy, Hurel et Jolivet) et l’autre au Quatuor pour la fin du temps de Messiaen (dimanche à 17 heures). L’esprit de danse qui règne dans les pièces baroques se retrouve dans Danse sacrée et danse profane de Debussy et dans le Septuor avec trompette de Saint-Saëns interprétés dans le concert suivant, mais aussi chez Jolivet dans une certaine mesure (Suite en concert pour percussions). Si le style italien est illustré par Couperin, Jacquet de La Guerre, et également dans Debussy (Sonate pour violoncelle et piano), le rapport germano-français est souvent évoqué à travers Franck (Quintette pour piano et cordes), D’Indy (Quintette pour piano et cordes), ou Chausson (Quatuor avec piano). La spécificité française dans l’instrumentarium de Debussy, avec la harpe et l’alto (Danse sacrée et danse profane ; Sonate pour flûte, alto et harpe ; Six épigraphes antiques) est également mise en avant.

Enfin, quelques raretés : Deuxième Sonate de la Première Œuvre d’ (1695-1766), Trois aquarelles pour flûtes, violoncelle et piano de (1879-1941) ; À la mémoire de Chagall de (1920-2004 ; peintre de l’école de Paris qui était également musicien) ; La Bonne Chanson de Fauré en version quintette à cordes et piano (de l’auteur).

Quant à l’interprétation, somptueuses sont celles des concerts du dimanche, notamment le premier, avec le Quatuor de Debussy et la Quintette pour piano et cordes de Franck, par Frédéric et aux violons, à l’alto, au violoncelle et au piano. Ample dans la sonorité mais subtilement nuancée dans les détails, la musique tissée par les musiciens en osmose semble s’étendre à l’infini, invitant l’auditeur à un monde sonore sublime. Dans La Bonne Chanson, la soprano fascine l’auditoire avec sa voix magnifiquement timbrée dans une émission naturelle, mais quelques vibratos de moins aurait été plus adapté. Pour le concert baroque, les musiciens jouent sur les instruments d’époque, mais les problèmes de diapason, certainement dus au climat très humide de ce jour, viennent quelque peu gâcher le plaisir. Nous apprécions également l’échange d’ avec le compositeur (Tombeau in memoriam , dans le dernier concert du samedi) sur la genèse de l’œuvre, ainsi que celui avec le clarinettiste sur le Quatuor pour la fin du temps (concert de clôture).

Crédit photographique : © Jean Pierre Ronnay

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