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Récital décevant de Valentina Lisitsa

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Philharmonie 1, Grande Salle. 23-1-2017. Joseph Haydn (1732-1809) : Sonate Hob.52 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°23 op. 57 (« Appassionata ») ; Maurice Ravel (1875-1937) : Gaspard de la nuit ; Modeste Moussorgski (1839-1881) : Tableaux d’une exposition. Valentina Lisitsa, piano.

Lisitsa_Valentina_pc_Sam Jones_1_72Péchant par un style lourd et affecté, la pianiste ukrainienne n’a pas convaincu dans le long récital qu’elle a donné à la Philharmonie de Paris.

En ouverture, la Sonate Hob. 52 de Haydn est martelée sans finesse, privant l’œuvre de subtilité et rendant toute narration impossible. Dans la Sonate « Appassionata » de Beethoven, se montre encore quelque peu brutale dans ses traits, en particulier les aigus, malheureusement dépourvus de charme. Elle fait rugir, plutôt que chanter, son Bösendorfer, saturant l’oreille d’accords plaqués avec trop de violence. Les variations du second mouvement sont enchaînées néanmoins avec une certaine élégance, soutenues par une belle main gauche. Mais le final voit à nouveau se succéder des nuances exagérées et artificielles, qui enlaidissent les morceaux de bravoure, à l’image d’une coda extrêmement pesante.

Ravel réussit davantage à Lisitsa, du moins dans un premier temps. Avec « Ondine », la pianiste nous offre un instant de vrai délassement, saisissant quelque chose de la grâce impressionniste de l’œuvre. Son interprétation se révèle habile, suggérant plutôt que surlignant l’évocation féminine qui naît de la partition. En revanche, son « Gibet », excessivement distendu et finalement déstructuré par un tempo trop lent, nous fait perdre le sens de ce lugubre poème. En tout cas, ce qu’on entend sous les doigts de Lisitsa n’est assurément pas « la cloche qui tinte aux murs d’une ville, sous l’horizon, et la carcasse d’un pendu que rougit le soleil couchant ».

Les Tableaux d’une exposition sont, eux aussi, présentés de façon contestable. Le tempo hâtif de la première « Promenade » est à l’opposé de l’idée de déambulation, au cœur du propos de Moussorgski. À l’exception de quelques pièces réussies, comme un « Vecchio castello » bien timbré, la version de Lisitsa frustre globalement par l’inadéquation manifeste de son jeu au caractère des Tableaux. Tantôt précipité, tantôt traînant, son tempo est rarement pertinent. Des contresens éclatants, comme l’absence des cloches dans « La Grande Porte de Kiev », achèvent de donner l’impression que Lisitsa passe à côté de son sujet.

Le bis sucré qu’elle donne enfin (la Sérénade de Schubert dans sa version arrangée par Liszt) ne fera pas changer d’avis sur la manière de Valentina Lisitsa.

Photo : © Sam Jones

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