tous les dossiers(1)

Simone Young illumine Bruckner

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : Intégrale des 11 Symphonies. Orchestre Philharmonique de Hambourg, direction : Simone Young. 1 coffret de 12 CD Oehms Classics. Enregistré entre mars 2006 et mars 2015 à la Laeiszhalle, Hambourg. Notices bilingues (allemand-anglais) succinctes et uniquement sur les interprètes. Durée totale : 686’30.

 

oehms_bruckner_symphonies_youngIl semble bien que Oehms Classics soit particulièrement friand des symphonies de Bruckner, puisque avant l’intégrale actuelle de publiée par BMG au Japon, il avait déjà à son catalogue celle de Stanisław Skrowaczewski parue précédemment chez Arte Nova, alors que celle de Ivor Bolton est supposée en cours d’achèvement (manquent à ce jour les Symphonies n° 00 en fa mineur et n° 0 en ré mineur).

Et apparemment ces deux Symphonies n° 00 en fa mineur et n° 0 en ré mineur semblent avoir enfin acquis droit de cité dans les intégrales « modernes » actuelles et à venir, ce qui est bien sûr le cas de celle de la chef d’orchestre australienne . Depuis les intégrales légendaires des neuf symphonies de Bruckner par Eugen Jochum et Günter Wand, basées essentiellement sur les toutes premières éditions Leopold Nowak, loin d’être toujours exemplaires, plusieurs chefs se sont attelés au fil du temps à remonter le plus possible aux versions premières de ce corpus brucknérien : Eliahu Inbal (le pionnier), Georg Tintner, Daniel Barenboim, Gerd Schaller et bien sûr . Le musicologue autrichien Leopold Nowak (1904-1991) l’a très bien compris et il est l’un des rares à avoir proposé autant d’éditions de versions des symphonies de Bruckner, entre 1951 et 1977.

Le problème des intégrales des symphonies de Bruckner, hormis leur interprétation, a toujours résidé dans l’adoption de leurs versions et surtout de leurs éditions, dont le choix des chefs d’orchestre n’est pas toujours heureux et idéal : aucune intégrale jusqu’à ce jour n’est vraiment exhaustive, ce qui est frustrant et pose des cas de conscience au mélomane… Le choix de Simone Young est de se rapprocher autant que possible du premier jet brucknérien, dans les plus récentes éditions Leopold Nowak pour les Symphonies n° 00, 0, 1, 3, 4, 5, 6, 7, 8, l’édition William Carragan de 2005 pour la Symphonie n° 2, et l’édition Benjamin-Gunnar Cohrs de 2000 pour la Symphonie n° 9.

Cela nous vaut ainsi quelques surprises : pauses conservées et Scherzo en deuxième position (avec toutes les reprises) dans la Symphonie n° 2 ; présence des citations wagnériennes dans la Symphonie n° 3 ; première mouture totalement différente du Scherzo de la Symphonie n°4 ; coda fortissimo du premier mouvement Allegro moderato de la Symphonie n° 8… L’auditeur qui voudra donc entendre le traditionnel et fameux Scherzo « La Chasse » de la Symphonie n°4, ou la fin pianissimo du premier mouvement de la Symphonie n° 8 en sera pour ses frais !

La tradition brucknérienne de la Philharmonie de Hambourg s’est établie sous la direction musicale d’Eugen Jochum (1902-1987) de 1934 à 1949, période durant laquelle il accomplit avec cette phalange ses toutes premières gravures de symphonies de Bruckner pour Telefunken. Et il semble bien que Simone Young ait hérité de son illustre prédécesseur cette ferveur si particulière sans laquelle il est illusoire et inutile d’aborder cet incomparable corpus. Ce qui interpelle également, c’est la cohérence du discours et de la structure des œuvres, affirmée avec une maîtrise sans faille par la chef, ce qui n’est guère chose aisée vu le choix des versions. Contrairement à certains chefs « modernes », Simone Young a préféré, pour la Symphonie n° 9 en ré mineur, ne pas enregistrer le Finale dans l’une des multiples et hypothétiques reconstitutions : certains le lui ont reproché, mais en tout cas pas nous, car ces réalisations, si habiles soient-elles, nous ont toujours paru tomber à plat après le sublime Adagio, et semblent par ailleurs poser encore plus de cas de conscience dans leur choix que dans celui des versions même des symphonies. Quoi qu’il en soit, ce retour aux sources de l’œuvre brucknérienne proposé par Simone Young est absolument convaincant et sa démarche nous paraît accomplie de façon la plus satisfaisante actuellement ; en outre la prise de son est la perfection même, ce qui ne gâche rien !

Banniere-clefsResMu728-90

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.