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Finale du Prix de Lausanne 2017

Concours, Danse , La Scène

Lausanne. Théâtre de Beaulieu. Du 30 janvier au 4 février 2017. Variations classiques et variations Neumeier. Avec les sélectionnés au Prix de Lausanne.

prix-de-lausanne-2017_afficheLa 45e édition du s’est achevée par une finale brillante. Le grand gagnant est , danseur italien élève de la Tanz Akademie Zürich, qui a proposé une interprétation poignante de Nijinsky en contemporain. Au total, huit prix ont été attribués, reflétant bien, dans l’ensemble, le niveau des candidats.

Le est un concours, certes, mais aussi et surtout un formidable accélérateur de carrière pour les candidats, finalistes ou non. Rendez-vous incontournable du monde de la danse, le théâtre de Beaulieu se transforme, le temps d’une semaine, en un immense marché où le matching entre l’offre (danseurs) et la demande (chorégraphes, directeurs des plus grandes écoles et compagnies du monde) a lieu à une vitesse accélérée.

Après une semaine de cours et de répétitions de leurs variations sur la scène du théâtre de Beaulieu, 20 danseurs sur les 67 candidats sélectionnés ont été admis en finale. 17 nationalités étaient représentées parmi l’ensemble des candidats, avec une surreprésentation des danseurs asiatiques (12 Japonais, 6 Chinois et 9 Coréens du Sud). La grande absente de cette édition était la Russie, qui n’a été représentée par aucun candidat.

Les 3 candidats français, Louise Coquillard du CNSMD de Paris, Hannaë Miquel du VM Ballet de Toulouse et Younès Attoum de l’École nationale supérieure de danse de Marseille, n’ont malheureusement pas été sélectionnés pour la finale. Ce qui n’a pas empêché Louise Coquillard, élève d’ au CNSMDP, de se voir proposer des contrats dans plusieurs des plus grandes compagnies, aux États-Unis et en Allemagne !

Le jury, présidé cette année par Kevin O’Hare, directeur du Royal Ballet, a décerné 8 prix (bourses d’étude), à l’issue de la présentation par chaque candidat, d’une variation classique et d’une variation contemporaine de leur choix. Liberté toute relative en contemporain, puisque depuis plusieurs années, le choix se limite à des variations de . Mais cela changera l’année prochaine, a promis Shelly Power, la nouvelle directrice artistique du Prix ! On ne sait pas encore qui succèdera à Neumeier mais le nom de Goyo Montero, chorégraphe principal du Nuremberg Ballet et membre du jury 2017, a été évoqué.

Les résultats de cette édition 2017 ont été sans ambiguïté : , danseur italien de 17 ans et élève de la Tanz Akademie Zürich a raflé rien moins que 3 prix ! Le premier prix (bourse Adveq), le prix d’interprétation contemporaine pour sa variation Nijinsky et le prix du meilleur candidat suisse (ils n’étaient que deux à concourir dans cette catégorie).

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Sa variation classique (variation de Solor dans La Bayadère) lui a permis de montrer une très belle technique (série de tours à la seconde et manège de grands jetés en tournant magnifiquement exécutés), de l’énergie et une élégance princière. Néanmoins, d’autres candidats pouvaient rivaliser, comme le Japonais , qui a interprété un superbe Siegfried. C’est sa variation contemporaine qui a permis à Michele Esposito de se démarquer très nettement de ses concurrents. Son interprétation poignante et déjà très aboutie de Nijinsky lui a valu un véritable tonnerre d’applaudissements du public. Il a fait preuve de qualités physiques étonnantes pour son âge, qui témoignent déjà d’une grande polyvalence. Il s’agissait de la variation la plus « contemporaine » de toutes celles présentées par les finalistes, avec des passages au sol très physiques. C’était également la plus exigeante en terme d’interprétation puisqu’elle plonge l’interprète dans les affres de la folie. Pas facile pour un jeune homme de 17 ans, mais le danseur s’est véritablement révélé dans ce rôle.

306-Marina-Fernandes-da-Costa-Duarte-PDL2017_photo_gregory_batardon_D1A1600webLa deuxième bourse est attribuée à , élève brésilienne de l’ (et coup de cœur de , comme elle nous l’a confié dans notre interview). La jeune danseuse de 17 ans se voit également décerner le prix du public. Là encore, rien que de mérité dans ce choix. Marina Fernandes da Costa a charmé aussi bien en classique (variation de Kitri dans l’acte 3 de Don Quichotte) qu’en contemporain (Préludes CV). Danseuse aux très belles lignes, elle a fait preuve d’une grande musicalité et justesse d’interprétation. Elle a su allier virtuosité technique, interprétation piquante de Kitri, et un mélange de féminité et de candeur très touchant dans les Préludes CV.

La troisième bourse a été attribuée à , danseur japonais de 17 ans de l’Académie de danse de Mannheim. Le danseur a été l’un des plus brillants parmi les garçons en classique où il a su interpréter un Siegfried (acte 3 du Lac des cygnes) aussi précis techniquement que juste dans les intentions. Il lui était plus difficile de se démarquer dans la variation contemporaine (Vaslaw) qui a été reprise par la majorité des candidats masculins. Il est parvenu néanmoins à éviter le côté scolaire, qui était l’un des écueils principaux de cette variation, et à rendre celle-ci fluide et dansante.

La quatrième place et la bourse jeune espoir reviennent à Koyo Yamamoto, autre danseur japonais de 15 ans et demi seulement, élève de l’Acri Horimoto Ballet Academy au Japon. Si ce danseur ne s’est pas démarqué dans sa variation classique (La Fille mal gardée), il a su interpréter avec sensibilité Yondering, qui s’est révélé un choix de variation judicieux. Contrairement à d’autres très jeunes danseurs, la différence était moins marquée avec les candidats de 17/18 ans, qui dans l’ensemble, donnent l’impression d’être des danseurs beaucoup plus finis.

Les quatre dernières bourses attribuées ont récompensé des danseurs qui faisaient moins l’unanimité, à l’exception de . Lauren Hunter (15 ans, Peninsula School of Performing arts), a montré une danse délicate et précise mais encore un peu raide dans le haut du corps ; Stanislaw Wegrzyn, Polonais de 18 ans prometteur, a de belles lignes et a réalisé une variation contemporaine sans fautes, propre et juste dans l’intention.

120-Diana-Georgia-Ionescu-PDL2017_photo_gregory_batardon_D1A1019web, élève roumaine de la Tanz Akademie Zürich, faisait partie des filles les plus attachantes de la sélection. Sa variation classique (pas de trois de l’acte 1 de Paquita) manquait peut-être encore un peu d’assurance mais son interprétation des Nocturnes de Neumeier en contemporain a fait partie des plus beaux moments de la finale. Avec un travail des bras souple et délicat, elle a su allier musicalité et sensibilité dans cette variation tout en nuances, sur la musique de Chopin.

La dernière bourse a été attribuée au Sud-Coréen de 17 ans Sunu Lim, qui a fait preuve d’une très belle présence scénique dans la variation enjouée et pleine d’humour de Neumeier, Wrong note Rag.

Enfin, le prix artistique de la fondation Rudolph Noureev a été attribué, de manière plus contestable, au Brésilien Denilson Almeida. Il a montré quelques faiblesses techniques dans sa variation classique (Coppélia) et ne s’est pas particulièrement fait remarquer dans sa contemporaine, Vaslaw, reprise jusqu’à saturation par les garçons.

La seule véritable ombre à ce tableau des résultats est l’absence de récompense pour la Chinoise , superbe danseuse qui a, à notre sens, dominé les filles dans sa variation classique (Paquita), d’une maîtrise admirable. Elle a réalisé également une très belle variation contemporaine sur les Nocturnes, peut-être un peu en-deçà de Diana Ionescu pour l’interprétation mais avec des lignes très pures. Le seul reproche que l’on pourrait lui faire est d’être restée dans le même registre dans ses deux variations, lentes et lyriques.

La contribution majeure de au Prix de Lausanne par le biais des chorégraphies mises à disposition des candidats a été saluée par l’attribution d’un prix spécial au titre un peu pompeux : le Lifetime achievement Award. Le chorégraphe a reçu ce prix avec un mélange d’autodérision et de profonde émotion quand il a évoqué le travail de transmission de professeurs à élèves, qui fait vivre cet art.

À lire en lien avec cet article: l’interview de , Étoile de l’Opéra de Paris et répétitrice au Prix de Lausanne.

Crédits photographiques: © Grégory Batardon. Photo n°1 : Michele Esposito dans La Bayadère de , Photo n°2 : dans Don Quichotte de , Photo n°3 : Diana Georgia Ionescu dans Nocturnes de John Neumeier.

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