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Semiramide à Munich, musique sans théâtre

La Scène, Opéra, Opéras

Munich. Nationaltheater. 15-II-2017. Gioachino Rossini (1792-1868) : Semiramide, opéra en deux actes sur un livret de Gaetano Rossi. Mise en scène : David Alden ; décors : Paul Steinberg ; costumes : Buki Shiff ; vidéo : Robert Pflanz. Avec : Joyce DiDonato (Semiramide) ; Alex Esposito (Assur) ; Daniela Barcellona (Arsace) ; Lawrence Brownlee (Idreno) ; Elsa Benoit (Azema) ; Simone Alberghini (Oroe) ; Galeano Salas (Mitrane) ; Igor Tsarkov (L’ombra di Nino). Chœur de l’Opéra national de Bavière ; Orchestre national de Bavière ; direction : Michele Mariotti.

Semiramide Alex_Esposito_Joyce_DiDonato_Daniela_Barcellona_Lawrence_Brownlee_ChorÀ défaut de théâtre, Munich offre au Rossini sérieux un orchestre somptueux et une distribution solide.

Dans Semiramide, le personnage principal est au fond Azema, l’objet du désir des trois protagonistes masculins. Mais ni Rossini, ni son librettiste ne font d’elle autre chose que cela : un objet qui n’a guère le droit à la parole. a bien saisi ce paradoxe et l’illustre de façon frappante : on retrouve là tout le savoir-faire et tout l’humour d’un metteur en scène toujours à l’affût des blessures humaines.

Hélas, pour son retour après onze ans d’absence sur une scène qu’il a contribué à amener à la modernitéSemiramide est une tâche bien ingrate. Comme tant d’autres avant lui dans ce répertoire, Alden ne parvient que par courts moments à créer du drame et de l’émotion, si bien qu’il hésite constamment entre une allusion au culte de la personnalité de la dictature nord-coréenne et les fastes de la cour d’un satrape moyen-oriental : s’il avait fait un choix net, il aurait peut-être pu se concentrer sur les personnages pour pouvoir en faire autre chose que des coquilles vides. Même si le livret n’est pas d’une grande aide, il aurait certainement réussi à atténuer l’impression d’ennui qui pèse pendant toute la soirée sur un public plus apathique qu’enthousiaste : plutôt que de tenter de donner une illusion de vie théâtrale sans y parvenir, une version de concert aurait sans doute été préférable.

Voix et orchestre en fête

Et pourtant le spectacle ne manque pas d’atouts, notamment une distribution qui pourrait difficilement être plus prestigieuse. , dans un rôle hélas trop court avec un air coupé, est un rêve de ténor rossinien, précis, souple, élégant ; le perfide Assur d’ fait merveille avec sa voix percutante et bien menée, et même les petits rôles masculins, surtout (Oroe), savent ce qu’est le chant rossinien. Chez les dames, le bilan est plus mitigé. séduit pour son timbre chaleureux, mais elle ne donne guère de vie à son personnage, et surtout l’ornementation est réalisée avec trop peu de précision : les notes sont à peine effleurées quand le style rossinien voudrait que chacune soit détachée. a le même travers, ce qui est fort regrettable : contrairement à sa collègue, elle du moins donne un peu de chair dramatique à son personnage, mais ce n’est, dans ce répertoire, pas vraiment suffisant.

Heureusement, l’Opéra de Bavière s’est assuré un atout majeur pour cette soirée avec les débuts dans la fosse de : Semiramide n’est certainement pas un opéra où un simple batteur de mesure peut suffire, tant Rossini laisse à l’orchestre le temps de se déployer. On pourra parfois reprocher à Mariotti de couvrir un peu les chanteurs, mais la délicatesse du travail fourni, les soigneuses nuances de dynamique, le sens du drame aussi, la beauté des couleurs sombres qui abondent dans cette œuvre, tout cela a de quoi transporter les plus rétifs au Rossini sérieux.

Crédits photographiques : © Wilfried Hösl 

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