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Eugen Jochum, grand chef d’orchestre bavarois

À emporter, CD, Musique symphonique

Eugen Jochum – Intégrale des enregistrements chez Deutsche Grammophon, volume 1. Œuvres orchestrales de Ludwig van Beethoven (1770-1827) dont une intégrale des 9 Symphonies ; Johannes Brahms (1833-1897) dont une intégrale des 4 Symphonies ; Anton Bruckner (1824-1896) dont une intégrale des 9 Symphonies ; Sir Edward Elgar (1857-1934) ; Georg Friedrich Haendel (1685-1759) ; Joseph Haydn (1732-1809) dont une intégrale des 12 Symphonies Londoniennes ; Karl Höller (1907-1987) ; Gustav Mahler (1860-1911) ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) ; Franz Schubert (1797-1828) ; Robert Schumann (1810-1856) ; Jean Sibelius (1865-1957) ; Richard Strauss (1864-1949) ; Richard Wagner (1813-1883) ; Carl Maria von Weber (1786-1826). Johanna Martzy, Nathan Milstein, Wolfgang Schneiderhan, violon ; Ottomar Borwitzky, Alexander Cameron, violoncelle. Emil Guilels, Monique Haas, Maurizio Pollini, piano. Wolfgang Meyer, clavecin ; Michael Schneider, orgue. Clara Ebers, soprano ; Nan Merriman, mezzo-soprano ; Gertrude Pitzinger, alto ; Ernst Haefliger, Walther Ludwig, ténor ; Ferdinand Frantz, baryton. Kammerorchester des Bayerischen Rundfunks, Chor und Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Berliner Philharmoniker, Philharmonisches Staatsorchester Hamburg, Wiener Philharmoniker, Concertgebouworkest Amsterdam, London Philharmonic Orchestra, London Symphony Orchestra, Boston Symphony Orchestra, direction : Eugen Jochum. 1 coffret de 42 CDs Deutsche Grammophon 4796314. Enregistré entre février 1949 et novembre 1982. ADD [stéréo/mono]. Notices de présentation en anglais, allemand et français. Durée : 46 h 48′.

 

dg_orchestral_eugen_jochum_3DEn 2012, EMI-Warner publiait en un coffret « Icon » de 20 CDs l’intégrale des ultimes gravures d’ pour le label anglais, parmi lesquelles il remettait pour la dernière fois sur le métier les symphonies des illustres « Trois B » : Beethoven, Brahms, Bruckner. Dans le coffret Deutsche Grammophon sous rubrique, côtoyant d’autres trésors inestimables dont une admirable et intemporelle intégrale des Symphonies Londoniennes de Haydn, ce sont cette fois les premières moutures de ces mêmes symphonies que nous retrouvons avec le plus grand plaisir, ce qui permet de se livrer à de passionnantes comparaisons.

Toutefois, il semble bien qu’en ce qui concerne les symphonies de Beethoven, l’intégrale n’ait pas été prévue au départ : les enregistrements s’étalent de novembre 1952 à janvier 1961, ils sont partagés entre deux orchestres (comme pour l’intégrale Bruckner, certes), et les Symphonies n°3, 6, 7 et 9 de Beethoven sont en mono, alors que les autres sont en stéréo, ce qui, bien que très estimable, rend la série techniquement quelque peu hétérogène. Par contre, ce n’est pas le cas des symphonies de Brahms qui, bien que toutes en mono (captées de mai 1951 à avril 1956), sont confiées au seul Berliner Philharmoniker ; cette version légendaire est l’une des plus recommandables, si l’on ne tient pas compte de l’omission des reprises, surtout regrettable dans la Symphonie n°3 en fa majeur op. 90. Mais Jochum corrigea plus tard ces omissions dans sa version EMI-Warner avec le Philharmonique de Londres. Quant à son intégrale Deutsche Grammophon des symphonies de Bruckner, la toute première de l’histoire du disque, elle reste une référence essentielle et incontournable dont la réalisation technique, particulièrement soignée à l’époque, est transcendée dans l’édition en CD. Par ailleurs, il était indispensable de retrouver dans ce coffret les premières versions (mono) de certaines de ces symphonies, que d’aucuns estiment supérieures : Symphonie n°4 « Romantique » (octobre 1955), Symphonie n°7 (avril 1952), Symphonie n°9 (novembre 1954), et Symphonie n°8 (février 1949), cette dernière bénéficiant seule de la meilleure édition Robert Haas, contrairement à son « remake » en stéréo (édition ).

En comparaison avec la publication EMI-Warner sus-mentionnée, il va de soi que celle de la DG, avec 42 CDs, donne une idée plus précise et complète du répertoire du grand chef bavarois. Le coffret reste centré sur les œuvres austro-germaniques des grands auteurs classiques et romantiques, mais avec une rareté et deux exceptions. La rareté, c’est le CD consacré à son compatriote et ami (1907-1987), qui comporte deux très belles œuvres : la Fantaisie Symphonique sur un Thème de op. 20, et les Variations Sweelinck sur « Mein junges Leben hat ein End » op. 56, montrant les affinités du compositeur-organiste avec la musique des maîtres anciens. Ce disque fit partie des vinyles de la belle série innovante « Musica Nova » de la Deutsche Grammophon, qui mettait en valeur plusieurs compositeurs allemands contemporains et leurs passionnantes créations.

Les deux exceptions, ce sont les œuvres de Sir (1857-1934) et (1865-1957). De Sibelius, aux côtés des Océanides op. 73 et de l’Ouverture de La Tempête op. 109, voici étonnamment la toute première gravure de Chevauchée nocturne et Lever de soleil, souvent citée comme référence ! Cet enregistrement de novembre 1955 serait-il un souhait de Sibelius, alors toujours vivant ? Quant à Elgar, il n’est guère étonnant que Jochum, si à l’aise dans Brahms, nous offre des Variations Enigma op. 36 une version qui rivalise avec celles des interprètes anglais, renouvelant même le propos par une finesse et une intériorité qui n’excluent en rien la noblesse et la grandeur.

Le concours de grands solistes

Et le reste est à l’avenant : les Mozart et les Schubert de Jochum sont un vrai bonheur, que ce soit avec la Radiodiffusion Bavaroise ou le Symphonique de Boston. On goûtera particulièrement la manière dont la magnifique violoniste hongroise (1924-1979) illumine le Concerto pour violon n°4 en ré K. 218. Une originalité : sont ici présentes les deux gravures (avril 1959 et mai 1962) du Concerto pour violon op. 61 de Beethoven par le violoniste autrichien (1915-2002), qui a rédigé ses propres cadences à partir de celles de la version piano (et timbales !) écrites par Beethoven lui-même. Et que dire des somptueuses versions des deux Concertos pour piano de Brahms avec , ou des deux premiers de Beethoven avec !

Quant aux visuels des CDs, à l’identique des vinyles originaux, on reste sur sa faim : pour les intégrales Beethoven, Bruckner et Haydn, plutôt que de présenter les diverses couvertures originales des parutions successives en vinyles, DG a préféré paresseusement reproduire plusieurs fois la même présentation générique et banale de la dernière édition en album microsillon, ce qui nous prive, pour Haydn, de magnifiques reproductions colorées, et surtout, pour Bruckner, des superbes illustrations architecturales, signées Malte Sartorius, de l’intérieur de la basilique de Saint-Florian près de Linz, où officiait à l’orgue, dit « de Bruckner », le compositeur autrichien. C’est bien dommage, mais cela n’altère en rien les qualités tant musicales que techniques de cet admirable coffret, bel hommage à un chef d’orchestre aussi dévoué à son art qu’il était modeste, totalement étranger au tapage médiatique associé à certains de ses confrères.

On attend pour bientôt un volume 2, consacré cette fois aux enregistrements vocaux, en espérant qu’y soient incluses les Passions et Messe de Bach initialement gravées par Philips.

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