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Danse rebelle au musée des Confluences à Lyon

Aller + loin, Danse , Expositions

Lyon. Musée des Confluences. Exposition : Corps Rebelles. D’après un concept du musée de la civilisation de Québec, avec la participation de Moment Factory. Commissaire scientifique de l’exposition : Agnès Izrine. Jusqu au 05 mars 2017.

Laurent PhilippeÀ l’occasion de l’exposition Corps Rebelles présentée au musée des Confluences de Lyon, nous avons arpenté des mètres carrés consacrés à la danse dans toute sa contemporanéité et sa force.

Danses pour tous

L’exposition s’adresse aux néophytes comme aux convaincus, en allant de la virtuosité à la régionalité. En effet, se rebeller pour la danse au XXe siècle, cela ne veut pas dire abandonner la technique, mais plutôt la mettre au service de nouveaux messages, aussi bien politiques que sociologiques, si tant est que cela puisse être séparé. Le parcours s’effectue avec un casque qui associe un son différent à chaque étape, ce qui est fort, et évite la cacophonie, rendant la multitude d’extraits dansés possible.

Corps rebelles s’inspire d’un projet québécois ambitieux et légitime à la fois : apprendre à comprendre la danse contemporaine. Nous marchons donc de la « danse virtuose », illustrée par et sa démarche rigoureuse de chorégraphe engagée, en passant par la « danse vulnérable » que souligne la bosse si marquante sur ce sujet de , et qu’amplifie la réflexion omniprésente sur la Shoah et la représentation d’un corps dont l’objet n’est plus d’être en majesté, mais parlant, affirmant en somme qu’il est important de lutter pour la liberté.

L’explosion du sida et la mortalité arbitraire qui s’en suivit dans les années 80, donna encore à la danse contemporaine des lettres de noblesse, exprimant une conquête de la survie et de la reconnaissance. Ainsi, en s’éloignant de la norme, elle offre infiniment à repenser cette même norme en l’enrichissant, comme l’atteste « danse d’ailleurs. » Il ne s’agit plus de danser pour exulter son exotisme mais de faire valoir la beauté du multiculuralisme comme nous le montre la rayonnante danseuse de l’Opéra de Paris, , devenue égérie des plus grandes compagnies contemporaines. Le fait d’être « noire » ou moins blanche, a été pour elle un poids et une chance, qui lui a permis aussi de « s’approprier cette mémoire et cette histoire » de danse « exotique».

2017-02-13 21_56_26-bADbfCF67_nRbmoINvULou_d3RLcHXCr_zampEwjjKx7tjD-8RVvOSNOvVfBs7WQQB0f4SViKwktZwwSDanse engagée

En « danse politique », c’est Daniel Leveillé qui donne le la en précisant ce que l’intime tisse avec le politique. « Le corps en soi » dit-il dans la vidéo, « est politique ». On peut prendre le pouls notamment d’« Umwelt » (qui signifie « environnement ») de ,  créé à Rillieux-la-Pape, quand elle en dirigeait le Centre Chorégraphique national.

« Danse savante et populaire » rompt le clivage entre le recherché et le pur dansé, au sens du danser pour danser et se faire du bien, en présentant les propositions du duo chorégraphique et , qui explore les pointes sur du dub jamaïcain, par exemple. Christian Rizzo et ses chorégraphies décalées illustre bien aussi la danse contemporaine conquise par la culture de « rue », comme pour « D’après une histoire vraie ».

Lyon est à l’honneur avec le parcours du hip-hoppeur Mourad Merzouki, dont les mises en mouvement de danseurs par troupe, tiennent du prodige. Son Récital est repris en 2010, pour le défilé de la quatorzième de Lyon.

Le Sacre du printemps

Enfin, huit interprétations différentes du même passage du Sacre du printemps sont proposées au promeneur, dans un cercle. La version originale de Nijinski sur la musique d’Igor Stravinski en 1913 a disparu, certes, mais on en voit d’autres versions, éblouissantes. Et surgit encore et toujours la force dépouillée du regard de sur cette pièce maîtresse, tout simplement sublime, encore et toujours bouleversante d’atemporalité.

Corps rebelles expose la danse au cœur de l’humain, donne à voir, à penser, et matière à créer, à inventer encore.

L’atelier « Danser Joe » qui y est proposé en fin de parcours, l’explication de l’écriture de la danse et les artistes en résidence qui se sont succédé depuis la Biennale en septembre participent de la dynamique vivifiante de cette exposition.

Crédits photographiques : Exposition « Corps rebelles » © Laurent Philippe

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